Les combattants

Les combattants

Film de Thomas Cailley (France - 2014 - 1h38) avec Adele Haenel et Kévin Azaïs...






Combattants affiche uneEntre ses potes et l’entreprise familiale, l’été d'Arnaud s’annonce tranquille… Tranquille jusqu'à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques.
Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire.
Il se laisse porter, se marre souvent. Elle se bat, court, nage, s’affûte.
Jusqu'où la suivre alors qu'elle ne lui a rien demandé ?
C’est une histoire d’amour. Ou une histoire de survie. Ou les deux.

 



 

Critique "Les Inrockuptibles"


Dans la reconquête de la comédie française par ses forces vives, observée depuis deux ou trois ans (notamment dans les sections parallèles du Festival de Cannes), Les Combattants fait figure de tête de pont. Non pas l’éclaireur qui part seul en pointe, mais plutôt celui qui consolide une brèche, dans laquelle tous les autres vont, espérons-le, pouvoir s’engouffrer.

Cette ouverture, on la doit à Thomas Cailley, diplômé récent de la Fémis (2011, section scénario, la plus prolifique en cinéastes), remarqué il y a quelques années avec un beau court métrage buissonnier, Paris Shanghai. L’aventure, avec un grand A, y apparaissait déjà comme le contrepoint d’un réel un peu terne, garant d’une vérité (des hommes, des paysages, des sentiments) prétendument étouffée par le monde moderne – une quête dont Cailley soulignait au passage, avec humour, le caractère illusoire.

Les Combattants poursuit cette réflexion, en l’amenant sur le terrain du sentiment amoureux, puis sur celui de la survie en environnement hostile (ce qui est au fond la même chose).

Ça commence par une rencontre. Madeleine et Arnaud ont la vingtaine, la beauté, le muscle saillant et le regard un peu flottant des gens de leur âge. Ils vivent en Aquitaine, région à la fois sauvage et très réglée, à l’instar, on ne tardera pas à s’en rendre compte, de la mise en scène de Thomas Cailley.

A la mort de son père, Arnaud doit reprendre avec son frère aîné l’entreprise familiale de menuiserie, tâche à laquelle il ne s’emploie qu’à contre-cœur. Ce d’autant plus que son cœur, justement, s’est mis à battre pour Madeleine, tomboy un peu hirsute, obsédée par l’apocalypse, la survie, l’armée. “Parce que tout va péter” (elle le sait, c’est dans l’air), Madeleine s’entraîne dur, leste son sac à dos de briques avant de plonger dans la piscine, gobe des bestioles passées au mixeur ou au micro-ondes, et rêve d’intégrer les meilleurs commandos.

C’est dans ce décor, où la langueur estivale et l’ennui attisent les désirs, que se noue la première partie d’un film moins programmatique qu’il n’y paraît. Cailley, brillant scénariste et metteur en scène précis, y déploie un art du récit, du dialogue comique et de la situation burlesque remarquable, surtout pour un premier film. On y sent à chaque instant bouillonner une sève, affleurer une tension qui ne demande qu’à exploser, mais qu’il s’agit de contenir, pour quelque temps encore. Comme le conseille, dans une scène très drôle, un militaire à Arnaud, il faut viser non pas la cible mais vingt centimètres derrière, concentrer sa force, se projeter.

C’est ainsi que les enjeux de ce premier acte, très drôle mais encore un peu sur la réserve, se déversent dans une seconde partie magnifique, où Thomas Cailley libère toutes les forces telluriques, jusqu’à un étonnant (et terrifiant) climax. Lâchés dans la nature – mais une nature, nous le disions, civilisée, ce qui crée tout un tas de décalages comiques –, les deux survivalistes cessent de se toiser et mettent enfin en pratique leur engagement jusqu’ici théorique.

Pour les interpréter, Kévin Azaïs, inconnu au bataillon, est parfait en gaillard gauche à la virilité contrariée, tandis qu’Adèle Haenel, dans un registre hawksien (dominante, rusée, sensuelle), s’affirme tranquillement comme
l’une des actrices françaises qui comptent le plus aujourd’hui.

L’inversion des genres sexuels opérée ici se double d’un jeu sur les genres cinématographiques, que Cailley manie avec insolence. Dans un pays où l’assignation est la règle (une place pour chaque chose et chaque chose à sa place), faire se succéder librement comédie romantique, chronique provinciale, film d’aventure et film d’apocalypse, envoyer valdinguer les identités prédéfinies, et offrir à ses personnages la possibilité de choisir leur place, a quelque chose de profondément réjouissant. Débordant de désirs, Les Combattants s’affirme comme un phénoménal cri de rage, qui, à n’en pas douter, va porter loin et longtemps.

 

Critique "Critikat.com"




Ces combattants du titre, symboles d’une génération en proie au désarroi qui occupe le cinéma français depuis peu, sont autant faits de poings serrés que de boules d’émotions. Ce sont deux jeunes gens perdus à l’heure de la crise, du manque de débouchés et du chômage. Diplômée en macroéconomie (car le mot en impose, et surtout ancre le personnage dans une obsession savante pour l’anticipation), Madeleine ne jure que par le régiment spécial de l’Armée de Terre qu’elle souhaite intégrer à la rentrée de septembre. Arnaud de son côté s’apprête à embarquer derrière son frère dans l’entreprise de menuiserie qu’ils ont hérité de leur père. Le film s’ouvre d’ailleurs sur ce gag, façon de rappeler que quelque chose dans ce regard et ce geste autonomes ne nous prendra pour une fois pas pour des pigeons : les deux frères, aux pompes funèbres où ils viennent préparer l’enterrement de leur père, hallucinent sur les tarifs pratiqués pour la qualité du bois vendu et décident de construire le cercueil de leurs propres mains.

C’est l’été et Arnaud, très vite fasciné par la jeune femme qu’il rencontre dans une situation qui les lance immédiatement dans un rapport inhabituel (il ne peut pas exprimer sa virilité et c’est de ces codes de la séduction et de la comédie romantique que Les Combattants va se jouer du début à la fin pour proposer une romance hors des évidences battues et rebattues), va remettre en question ses projets pour la suivre dans un stage qui mettra à l’épreuve les corps et émotions de ces deux personnages singuliers.

Le combat ? Ne pas se laisser faire. Prendre sa vie en mains pour ne plus compter que sur soi-même (allégorie, teintée d’apocalypse, de la dureté de la société qui rejette cette génération). Madeleine est hantée par un danger à venir, qu’elle ne nomme pas, et par l’impératif de lutte pour sa survie. Si Thomas Cailley tourne ouvertement en dérision le discours excessif (donc drôle) de la belle Madeleine, c’est que le réalisateur a choisi d’atténuer, de diluer la pesanteur de son thème (le désarroi d’un âge) et son obsédante angoisse derrière une salutaire autodérision. De la bande de potes d’Arnaud au camp d’entraînement, en passant par le constant décalage apporté par le personnage de la jeune femme entêtée jusqu’à vider son propos de toute cohérence – comme dans un premier temps le Curtis du Take Shelter de Jeff Nichols dont la santé mentale était sans arrêt mise en doute – le film réfugie et apaise son malaise dans la comédie.

À partir de ce mouvement de balancier entre le sérieux de son anxiété et le jeu renouvelé sur les canons (de genres : cinématographiques et sexuels) qu’il oppose à cette gravité, Les Combattants cristallise son énergie instable mais vigoureuse dans l’excellent personnage de Madeleine. Il est excellent car hors du commun et déjoue nos attentes par l’humour ; mais surtout porté par la tout aussi excellente Adèle Haenel, qui donne forme à ce corps balourd mais séduisant, fort et gauche à la fois. Une scène de maquillage entre les deux protagonistes, sorte d’intermède délicat et sensuel dans l’anecdote virile, est portée tout entière par le visage ébloui et presque ému de Kévin Azaïs, en gros plan, et celui de sa partenaire peu à peu recouvert d’une couche noire qui en efface les formes, donc l’attrait, au moment même où il les souligne… Une scène dont la tension est totalement dégonflée par la maladresse de Madeleine à répéter les mêmes gestes sur le visage de son acolyte. Un rappel tout à coup du prénom féminin presque suranné du personnage que l’intrigue s’évertuait à fondre dans les conventions du masculin souligne que le film prend les codes à l’envers (des genres, de la romance, de l’amour formaté par le monde et le cinéma : ici c’est l’homme qui accepte patiemment les lubies de l’autre, tandis que celle-ci n’y oppose qu’une indifférence plus neutre que cruelle.), y confrontant une vision personnelle, donc assez authentique.

Par entêtement pour l’un, coup de cœur pour l’autre, Arnaud et Madeleine se retrouvent donc en stage d’entraînement – qui permet notamment aux scénaristes de déployer une palette de gags sur l’armée, et plus subtilement de confronter le désir de dépassement de la jeune femme à la docile soumission imposée par l’armée, et surtout aux limites de son propre corps. C’est que Les Combattants se donne du point de vue masculin de ses auteurs et de son protagoniste, résumant somme toute la plus grande partie de son intrigue à la trajectoire suivante : comment conquérir ce bloc de muscles et d’indifférente camaraderie qu’est pour lui Madeleine ? S’il s’agit en fin de compte et comme d’habitude de sauver la jeune femme de quelque chose (en l’occurrence elle-même), le regard est moins neuf qu’audacieux et libre.

Il s’accompagne d’une rare et louable finesse. Voyons par exemple cette scène au cours de laquelle, du couple naissant, c’est Madeleine qui est sommée par Arnaud de prouver qu’elle n’a pas un cœur de pierre. « J’aime les chiens » lui dit-elle comme par hasard, et elle décide d’apprivoiser un chien de garde muselé, assis là dans une station-service aux pieds de son maître. Elle finit visiblement touchée par la douceur de l’animal qu’elle attire à elle. Dans une amusante analogie, qui confirme cette dynamique joueuse et subtile qui est celle de tout le film, le rapprochement amoureux au bord d’un lac s’accomplit en reproduisant ce motif de l’apprivoisement – gros plan sur les visages, Madeleine s’approche d’Arnaud… à la manière d’un chien qui flaire d’abord l’autre, laissant le timide Arnaud désemparé, n’osant pas y croire.

La faiblesse de ce premier film, qui nous arrive auréolé de son grand succès à Cannes cette année, où il était sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs et a gagné le Label Europa Cinema, l’Art Cinema Award et le prix SACD – cette faiblesse donc s’efface sous la vigueur, l’énergie et l’humour du propos. Mais elle demeure bien dans ce mouvement de balancier entre deux tonalités qui ne tranche jamais, donc ne trouve jamais son équilibre. La scène finale est à l’image de ce non-choix : les deux protagonistes (Arnaud avec Madeleine) se renferment dans l’absurdité de leur anticipation somme toute un peu creuse du futur. Il est dommage que Thomas Cailley ne regarde lui-même pas, en fait, au-delà de cette cible qu’il touche en plein mile : la romance générationnelle dont les enjeux sociopolitiques sont incarnés, fantasmatiquement, dans une angoisse apocalyptique très tendance ; mais aussi l’énergie libre voire libertaire qui se confronte à son pire antagonisme : l’armée et l’acquiescement stupide qu’elle impose.

Malheureusement le réalisateur et son coscénariste se bornent à réduire leur discours politique à une dérision gentille et policée qui ne colle pas avec l’audace de ses personnages, ni même celle du regard téméraire porté par l’anecdote. L’angoisse de ce qui arrive, d’abord incarnée avec brio dans une issue surprenante de l’aventure (l’arrivée dans le village désert, la vision apocalyptique enfin prise au sérieux, comme il y a peu par Jeff Nichols dans Take Shelter, auquel les volutes de fumées des Combattants font rapidement écho) ; cette issue donc est dégonflée par la scène finale qui canalise l’énergie loufoque et indépendante de ses personnages dans une conversation qui semble réduire leur intrépidité à celle de deux ahuris qui tournent à vide. Elle enferme le film dans une posture naturaliste et polie qui ne colle pas avec le propos – il nous dit en même temps de rester sur nos gardes…

Le film reste en-deçà de ses perspectives, se donne tout entier dans l’accomplissement de son anecdote amoureuse seulement. Il est toutefois important dans sa revendication joueuse et ensoleillée en faveur d’un cinéma d’une singularité (des caractères, des regards) et d’une énergie quotidiennes, terre-à-terre, encore trop peu représentées en France. Mais ça change, Les Combattants est un des meilleurs exemples à ce jour. Restons avec lui sur nos gardes.



 

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Winter Sleep (VOST)

Winter Sleep (VOST)

Film de Nuri Bilge Ceylan (Turquie - 2014 - 3h16) avec Melisa Sozen et Haluk Bilginer...





Winter sleep affiche une- Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


 

Palme d'or du 67ème Festival International Du Film De Cannes 2014


Prix Fipresci de la critique internationale

Aydin, comédien à la retraite, tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa jeune épouse Nihal, dont il s’est éloigné sentimentalement, et sa sœur Necla qui souffre encore de son récent divorce. En hiver, à mesure que la neige recouvre la steppe, l’hôtel devient leur refuge mais aussi le théâtre de leurs déchirements..

 

 


 

Critique "La Croix"


Sur les hauteurs lointaines de l’Anatolie, au sommet d’un site austère et somptueux de la Cappadoce, Aydin, ancien comédien d’Istanbul, tient un hôtel troglodyte, dénommé Otello. L’hiver approche. Les touristes se font rares.

Rivé à son ordinateur, dans le refuge d’un bureau tapissé de livres, d’affiches et de masques, vestiges de son ancienne vie, Aydin tente d’écrire une histoire du théâtre turc. Exutoires de son désenchantement, il peaufine aussi des éditoriaux pour un journal local, Le Vent des steppes.

Le maître des lieux vit là avec Nihal, sa femme, jeune, belle et délicate, absente et discrète, qui s’active pour des causes sociales, engagement dont il prend ombrage. Leurs liens se sont distendus. Necla, la sœur d’Aydin, qui les a rejoints après son divorce, traîne un amer ressentiment et un vide existentiel que son repli dans cette contrée isolée ne comble pas.

Tous trois se retrouvent pour les repas, prétextes à des joutes oratoires et de longues discussions argumentées où se devinent des tourments recouverts par la personnalité de cet homme, de prime abord ouvert et accueillant.

Propriétaire de quelques biens dont il abandonne la gestion à son homme de main, Aydin est en butte à un locataire récalcitrant et menaçant. Pour éviter l’expulsion, le frère de l’impécunieux, imam obséquieux et insistant, tente d’amadouer le créancier.

Ce conflit, dont Aydin ne veut pas entendre parler, rejoint le drame qui se joue dans le huis clos de cet hôtel où trois personnes vont se déchirer. Sans concession. Se servant des mots, les armes dont elles disposent, avec une sophistication rhétorique et une fascinante montée en puissance.

Necla a pris l’habitude de s’étendre sur le canapé d’Aydin pendant que son frère écrit. Elle commente ses articles, lance insidieusement ses flèches de plus en plus empoisonnées, au risque de se voir asséner en retour ses quatre vérités.

Le même sort attend Aydin lors d’une longue explication, orageuse, avec sa femme, frustrée, humiliée, lassée de ses postures d’intellectuel aux grandes idées, de ses accès de jalousie, de son indifférence à tout ce qui n’est pas lui. Chacun est renvoyé, meurtri, au gouffre de ses propres failles, à l’impasse de ses névroses.

L’épilogue, incertain, ouvert, amorce l’ombre d’un espoir que résume le jeu de regards (adouci ? compréhensif ?) entre Nihal et Aydin. Elle, derrière une fenêtre à l’étage ; lui, dans la cour, engoncé dans son manteau. Des flocons tourbillonnent dans l’air froid. La neige bientôt recouvrira tout. Linceul de leur amour ou nouvelle page de leur couple ? Fragile lueur, inhabituelle dans le cinéma de Nuri Bilge Ceylan, ce grand pessimiste…

Depuis une quinzaine d’années, il était hanté par ce sujet que lui avait inspiré la lecture de trois nouvelles de Tchekhov. Mais il ne se sentait pas prêt, malgré la reconnaissance internationale de son immense talent. Ces scènes de la vie conjugale en Anatolie, si proches de l’univers de Bergman par l’âpreté des situations feutrées, la maîtrise éblouissante et la tension de dialogues qui dévoilent la vérité des êtres, Nuri Bilge Ceylan les a écrites avec sa femme, Ebru, sa coscénariste depuis Les Climats, en 2006. Leurs disputes dans le travail ont d’ailleurs nourri l’œuvre.

En dépit de la rudesse des relations de ses personnages, reclus sur leur piton, dont l’isolement est rompu par la visite d’amis, de voisins ou de fâcheux, ce film, d’une infinie subtilité, est un enchantement. Une perfection de mise en scène qui décape les âmes, en jouant sur les apparences. Baigné par une lumière automnale pour les intérieurs, hivernale pour les extérieurs, ce film, au rythme envoûtant, ponctué d’échappées, est éclairé avec soin par un cinéaste venu de la photographie, attentif à la composition des cadres et grand connaisseur de la peinture. L’andantino de la 20e sonate pour piano de Schubert enveloppe ces affrontements de sa douceur déchirante.

Winter Sleep s’affirme comme une œuvre profonde et grave, d’une intense beauté, servie par l’interprétation exceptionnelle de comédiens impressionnants de justesse et de retenue : Haluk Bilginer, Melisa Sözen, Demet Akbag, Serhat Kilic, Nejat Isler.

Un futur classique du cinéma, reparti de Cannes, en mai dernier, avec la Palme d’or. Jane Campion, la présidente du jury, en conférence de presse, avait résumé le sentiment général : « J’avais peur de ce film, de son sujet comme de sa durée. Son rythme est tellement merveilleux que j’aurais pu rester deux heures de plus dans la salle. » .

 

Critique "Télérama"



Un gamin aux yeux sombres jette une pierre sur la vitre de sa voiture et Aydin se demande pourquoi. Oui, bon, d'accord : quelque temps auparavant, il avait fait saisir par un huissier les maigres biens du père de l'enfant, pour cause de loyers trop longtemps impayés. Mais quoi, il avait, pour lui, le droit et la loi. Devait-il, sous prétexte qu'il était riche, se faire plumer par un provocateur alcoolo, tout juste sorti de prison ?... Aydin est un homme qui se dit, se veut, se croit raisonnable. Logique. Juste. Dans cette petite ville de Cappadoce, en Anatolie centrale, où les maisons, encastrées à même la roche, ressemblent à un étrange et inquiétant décor de théâtre, il tient un hôtel pour touristes, fans d'exotisme : l'Othello. Car, de longues années, il a été comédien célèbre et, selon lui, talentueux. Fier, en tout cas, de n'avoir jamais accepté de se compromettre dans de stupides séries télévisées. Et voilà que cet homme fait, bien fait, peut-être surfait, va, sous nos yeux, doucement se défaire. Avec ce film long et dense, dont l'intensité ne faiblit pas une seconde, Palme d'or incontestable du récent festival de Cannes, Nuri Bilge Ceylan poursuit — comme pouvait le faire Ingmar Bergman, l'un de ses maîtres — une oeuvre de moraliste. « Je m'intéresse à tout ce qui se dérobe, dit-il, au monde intérieur des individus, à leur âme, à la manière dont ils se lient ou s'opposent. Les questions que se pose le grand mélancolique que je suis sont celles qui nous travaillent de toute éternité. »


Dans Les Climats (2007), il scrutait, déjà, un couple en pleine rupture et l'on avait l'impression, par la méticulosité de sa mise en scène, de n'avoir jamais contemplé d'aussi près l'éclatante lumière des corps et l'inexorable étiolement du désir. Dans Winter Sleep, ce sont les âmes qu'il fouille, qu'il fouaille avec une lucidité, une dextérité qui pourraient passer pour du sadisme, si son regard n'était constamment éclairé par la bienveillance. Tout ce que l'on tait, tout ce que l'on cache, tout ce que l'on sait de l'autre sans vouloir le dire, tout ce que l'on pense de soi sans pouvoir se l'avouer, il nous le révèle, là, peu à peu...


Notamment lors des deux grands affrontements (une vingtaine de minutes chacun) du héros avec sa soeur, puis sa jeune femme, que Nuri Bilge Ceylan filme le plus simplement du monde : de simples champs-contrechamps dans une pénombre où seuls les visages deviennent des taches de lumière. C'est la leçon des plus grands — Bergman, encore, mais aussi Alain Resnais : pas besoin de faire les pieds au mur avec la caméra quand ce qu'on dit est essentiel, quand ce qu'on montre devient primordial. L'épouse (lire encadré) reproche à Aydin sa condescendance. La soeur, sa suffisance. « Ah, si seulement j'avais ta capacité d'aveuglement ! » lui lance-t-elle. Elle a longtemps cru en lui, désormais, la voilà moqueuse devant les fausses valeurs morales qu'il prône, avec bonne conscience, dans les articles pontifiants qu'il écrit dans la feuille de chou locale. Elle s'amuse : « Tu continues de creuser là où d'autres ont déjà tout trouvé... »


La plus grande faute d'Aydin — mais c'est une faiblesse très répandue — est d'avoir considéré ses partenaires de vie comme les figurants d'une pièce écrite à sa gloire. De les avoir méprisés s'ils tenaient mal leur rôle. Et de s'être replié en lui-même à la suite de cette déception. Toute sa vie, il s'est tenu résolument à l'écart. A côté des autres. Non par lâcheté, mais par dédain : pourquoi se mêler à des vies indignes de lui ? C'est sa suffisance que dénonce son épouse lorsqu'elle lui reproche de l'avoir, peu à peu, réduite à l'insignifiance. Et sa soeur, quand elle remarque le mépris tapi dans ses écrits. « Tu faisais notre admiration, lui dit-elle. Nous pensions tant que tu ferais de grandes choses... »


On dirait Les Trois Soeurs... Tche­khov, bien sûr. Tchekhov, partout. Tchekhov, toujours. Dans Il était une fois en Anatolie, il s'était glissé dans l'un des personnages, un médecin comme lui, qui, insensiblement, accueillait en lui la miséricorde. Winter Sleep, inspiré par plusieurs de ses nouvelles, est tout imprégné de son désenchantement, de sa malice, de sa compassion. Même si, par moments, lorsque la violence s'y fait plus explicite, Tchekhov s'efface au profit d'un de ses confrères, russe lui aussi : la scène des billets de banque dans le feu évoque, évidemment, Dostoïevski (L'Idiot), Nastassia Philippovna et son geste d'orgueil qui lui permet — comme au père du gamin aux yeux sombres, ici — de retrouver une dignité et une pureté perdues.


Ce film superbe, dont on ne sort pas indemne, qu'on emporte avec soi pour ne le quitter jamais, provoque, en nous, de la peur et de la mélancolie : angoisse totale à l'idée d'être liés, même de loin, à tous ces personnages en perte d'eux-mêmes. Et tristesse infinie de savoir qu'un jour ou l'autre, on ne leur ressemblera que trop.


 

Critique "Les Inrockuptibles"


Petit paradoxe : on n’aurait pas donné la Palme d’or à Winter Sleep, alors que c’est un très beau film. Pourquoi ? Parce que si le film de Ceylan est superbe, il est d’une beauté déjà vue (chez lui ou chez quelques grands des années 1960 tels Bergman, Antonioni…), moins novatrice ou galvanisante que chez d’autres prétendants à la Palme (Bonello, Godard, Dolan…). On prend un réel plaisir immersif à dérouler les quelque trois heures de Winter Sleep mais c’est un plaisir du “même”, une réactivation un peu proustienne du goût du grand cinéma d’auteur d’il y a quarante ans.

Dans un bel hôtel troglodyte d’Anatolie profonde vivent Aydin, le propriétaire et par ailleurs comédien retraité, sa jeune et belle épouse Nihal, et sa sœur Necla, récemment divorcée. Les paysages sont fabuleux, les clients sont rares, la vie semble douce mais un brin monotone pour ces bourgeois cultivés. Cette tranquillité engourdie par l’arrivée de l’hiver va être perturbée par un incident : un gosse du village jette une pierre sur la voiture d’Aydin. On apprendra que le gamin voulait “venger” son père, locataire d’une maison appartenant à Aydin et victime d’une saisie d’huissier pour cause de loyers impayés.

Cet embryon de lutte des classes déstabilise l’hôtelier comédien, démocrate éclairé qui se fait brutalement renvoyer à son statut de propriétaire et d’exploiteur. Telle une onde sismique (phénomène bien connu en Turquie), l’incident se propage au sein du trio hôtelier, Aydin, Nihal et Necla finissant par se dire leurs mille vérités, manière comme une autre de tuer l’ennui et le désœuvrement nanti.

Nuri Bilge Ceylan pèle couche par couche l’hypocrisie et la bonne conscience bourgeoises en procédant par longs blocs de battles verbales entre Aydin et Necla, Necla et Nihal, puis Aydin et Nihal. Les dialogues sont de haute volée, à la fois intimistes, politiques et philosophiques, les acteurs impressionnent par leur souffle et leur subtilité, donnant à ces longs échanges l’intensité de scènes d’action. On a déjà vu ce genre de joutes rhétoriques chez Tchekhov, Bergman, Chéreau… et chez Ceylan aussi, mais c’est la première fois qu’elles constituent la matière première d’un film chez cet adepte de la stase contemplative et du non-dit, sans doute parce qu’elles valent aussi comme bilan introspectif de la part du cinéaste.

Si le huis clos des macérations bourgeoises forme l’armature de Winter Sleep, Ceylan fait aussi jaillir des éclairs saisissants : un électrique galop de chevaux sauvages, un enfant qui s’évanouit sous la pression du rapport de classe, un homme humilié et révolté qui jette un paquet de billets au feu… A la fin de Winter Sleep, une joie, celle de la plénitude d’un film dans le présent de sa projection, et un doute, celui de l’après : la critique du confort intellectuel et matériel n’est-elle pas une spécialité de l’art bourgeois qui contribue à maintenir l’ordre en place ? Winter Sleep penche-t-il vers l’académisme de la modernité des années 60 ou vers l’éternité du classicisme ? Beau film, oui, à ces quelques interrogations près.


 


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Sils Maria (VOST)

Sils Maria (VOST)

Film d'Olivier Assayas (France - 2014 - 2h04) avec Chloe Moretz, Kristen Stewart, Juliette Binoche...





Sils maria affiche une- Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena...

 

 


 

Critique "Télérama"



On lui a toujours trouvé un air adolescent. La jeunesse s'accroche à lui, et elle est au coeur de ses films, du premier (Désordre, 1986) au dernier en date (Après mai, 2012). Mais le temps passe, fait son oeuvre, et Olivier Assayas, 60 ans dans quelques mois, en prend aujourd'hui toute la mesure. Tout en prenant de la hauteur : dans la région des sommets alpins de l'Engadine, il pose sa caméra à Sils Maria pour nous parler des chemins de la création et de la vie. Magnifiquement.


Le film commence dans un train, où la comédienne Maria Enders ­(Juliette Binoche) apprend la mort du dramaturge et metteur en scène Wilhelm Melchior, qu'elle partait rejoindre en Suisse. Ces circonstances révèlent d'emblée le personnage de Maria : forte de sa célébrité — la présence de son assistante personnelle, Valentine (Kristen Stewart), en est un des signes —, elle va de l'avant. Comme le train qui file. Tout en revenant en ­arrière, puisque la mort de Wilhelm Melchior la renvoie à leur passé commun. A Sils Maria, elle va habiter la maison de cet absent et répéter, aidée par Valentine, une de ses pièces de théâtre. Celle qui l'avait révélée, vingt ans plus tôt : elle jouait une jeune fille troublant une femme mûre, jusqu'au suicide, elle sera désormais la femme mûre troublée. Le temps redistribue les rôles. Mais Maria Enders comprend-elle à quel point ?


Olivier Assayas trace le portrait d'une comédienne douée, passionnée par son travail et peut-être aveuglée par sa passion : le fil rouge du film. Dialoguer avec un metteur en scène, parler d'un personnage, discuter avec l'agent artistique chargé de négocier des contrats : le film célèbre la beauté et la valeur de cette vie guidée par l'amour de la création, et emporte son héroïne dans un mouvement constant. La pièce de théâtre se prépare, d'autres projets se dessinent, elle est sur sa lancée. Pourtant, on devine des impasses. La vie privée, sacrifiée, n'est plus qu'un à-côté fastidieux (régler une séparation de biens avant un divorce). La solitude est en embuscade.


En s'appuyant sur les personnages secondaires, tous féminins, Olivier Assayas apporte de nouveaux éclairages sur Maria Enders. Valentine, son assistante, offre non seulement sa discrétion, son efficacité, mais une intelligence à laquelle la comédienne reste sourde, incapable de lâcher ses certitudes pour les intuitions d'une jeune femme qu'elle n'essaie pas de comprendre. Un décalage qui s'accentue encore face à la jeune actrice qui sera sa partenaire au théâtre : Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz) est une ministar dont le charme s'étale sur Internet et la vie amoureuse, dans les magazines people. Maria Enders la découvre dans un film de science-fiction au programme d'un petit cinéma de Sils ­Maria. Sur l'écran sévit, donc, l'industrie mondiale du divertissement. Alors que plane sur la petite ville suisse, bercée par le souvenir de Nietzsche, de Proust et de beaucoup d'autres visiteurs illustres, la culture la plus noble, dont Maria Enders est l'héritière. Une femme du monde d'hier.


S'il y a de la dureté dans ce constat, il est fait avec une profondeur méditative, presque une douceur. Le film a l'ampleur d'un tableau d'ensemble où les personnages changent peu à peu de place, portés par un changement plus grand : le temps qui passe. Pour le matérialiser, Olivier Assayas a trouvé un film documentaire de 1924, Le Phénomène nuageux de Maloja. On y voit les nuages entrer dans la vallée de Sils Maria en s'y déroulant à la manière d'un serpent. Maria Enders fera tout pour découvrir de ses propres yeux ce phénomène, dont les images en noir et blanc la fascinent. Mais comment pourrait-elle regarder en face ce serpent ? Ces nuages qui avancent, c'est le temps qui efface ce qui a été sa vie, sa façon d'être actrice, d'aimer faire des films et du théâtre. Cette mélancolie, Olivier Assayas l'affronte avec son actrice, Juliette Binoche. Ensemble, ils nous la font partager, avec lucidité autant que délicatesse.




Critique "aVoir-aLire.com"


Superbe variation autour des thèmes du métier de comédienne, du temps qui passe et des relations professionnelles, Sils Maria est l’une des meilleures réussites d’Olivier Assayas, cinéaste inégal mais ici très inspiré. On songe à Patrice Chéreau dans une première partie se déroulant dans le train où se trouve Maria (Juliette Binoche) et son assistante, Valentine (Kristen Stewart, échappée de Twilight). « Ceux qui m’aiment prendront le train ». La mort de l’écrivain alors même que Maria n’était pas encore arrivée à destination place subitement le film sur la trame du deuil, deuil que Maria assume, elle dont l’existence n’est pas de tout repos. Ses entretiens téléphoniques avec son notaire, ses échanges avec Valentine laissent entrevoir une actrice qui a connu son heure de gloire, à la carrière encore florissante, mais quelque peu au creux de la vague, à moins qu’il ne s’agisse des prémices d’un inexorable déclin, la quarantaine étant ici l’âge de tous les possibles. Dans la seconde partie, Assayas suit les traces du Mankiewicz de All about Eve et du Bergman de Persona. C’est d’abord le rapport trouble qu’entretient Maria avec Valentine. Tour à tour confidente, secrétaire, dame de compagnie ou camarade de beuverie, celle-ci est aussi répétitrice et semble se complaire dans cette fonction, tout en manifestant une sollicitude qui oscille entre la bienveillance et la jalousie.L’irruption dans le récit du personnage de Jo-Ann Elis, jeune star hollywoodienne, au tempérament fantasque et d’une inculture flagrante, plonge l’histoire dans une autre dimension. On décide que la jeune femme sera la nouvelle interprète de Sigrid, au nom du potentiel commercial de son nom sur l’affiche. Maria découvre alors sur Internet des vidéos peu flatteuses sur sa future partenaire, qui s’avère pourtant très douce et admirative lors de leur première rencontre... Plus qu’un film sur la rivalité entre deux actrices (on est loin de l’esprit de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?), Sils Maria excelle à décrire le malaise d’une femme marquée par une pièce et un rôle emblématiques dans son parcours et pour sa personnalité, et envahie par l’angoisse et le doute au moment où elle doit affronter sous un autre angle un passé qui ressurgit. « Il ne s’agit pas tant du théâtre et de ses illusions, ni des méandres de la fiction, que de l’humain, le plus intime aussi » , a déclaré le cinéaste. La tension distillée par le récit n’en est que plus forte, surtout dans les séquences se déroulant dans un cadre alpin qui évoque La Montagne magique de Thomas Mann, ainsi que le court métrage Phénomène nuageux de Maloja (Arnold Fanck, 1924), références explicites du réalisateur. Après Copie conforme, Juliette Binoche, émouvante et mesurée comme à son habitude, trouve un autre bon rôle de maturité qui aurait pu lui permettre de décrocher un second prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes.

Critique "Critikat.com"


Film dialectique, Sils Maria tricote plusieurs niveaux de réalité (et/ou de fiction) : les échanges complices entre Maria Senders (Juliette Binoche) et son assistante (Kristen Stewart), la préparation de la pièce de feu Wilhelm Melchior (ombre masculine de l’absence) et le travail sur scène avec la jeune Jo-Ann (Chloë Grace Moretz). Dans ce récit aux dimensions poreuses, le jeu est permanent, la répartition des rôles loin d’être évidente, la mise en abyme enivrante. Maria Enders abandonne le rôle de la jeune Sigrid au profit de Jo-Ann, pour endosser celui d’Helena, femme mûre, bouleversée dans la pièce par l’énergie de l’ambitieuse et vénéneuse jeune femme jusqu’à la mort. Le travail de préparation ramène l’actrice à ses débuts sans pour autant lui offrir la cure de jouvence espérée. Dans l’écrin naturel de Sils Maria, point culminant des Alpes suisses prisé par Nietszche comme lieu d’élévation artistique et intellectuel, la boucle se fait tourbillon et le destin d’Helena se confond avec celui de Maria, même si sa Sigrid n’est pas celle qu’on croit. Dans le berceau de l’éternel retour, la donne a changé et les polarités s’avèrent mouvantes, comme les nuages serpentins de ce ciel où les phénomènes météorologiques confinent au fantastique. Il faut du temps pour déployer cette boucle complexe et Olivier Assayas le prend, au risque d’une langueur parfois pesante.

Réflexion sur le temps, son écoulement intarissable et son acceptation inévitable, Sils Maria est de fait une oeuvre de cinéma. Assayas y met en scène des comédiennes sur le plateau d’un théâtre – art de la performance éphémère et donc du souvenir –, pour mieux parler de cinéma – art illusoire d’un temps à jamais maîtrisé et figé. Le cinéaste explore l’importance étouffante du temps dans l’identité même d’une actrice, dont le corps et la psyché constituent un spectacle changeant, inscrit dans la durée. Mais il creuse aussi le sillon d’une réflexion sur l’objet « film » en lui-même. Voir un film, c’est éprouver le temps de ses propres souvenirs cinématographiques, c’est raviver les braises d’une mémoire aujourd’hui brouillée par l’accumulation d’images et de sons, en provenance des salles de cinéma mais aussi des écrans multiples peuplant notre quotidien. Dans un monde où tout va de plus en plus vite, où les faits s’évanouissent dans le temps de leur exécution, où les mots meurent dès qu’ils sont prononcés, dans un univers hyper connecté où la vérité est un mythe bâti par tweets, le réalisateur de Demonlover (2002) construit un bloc métaphysique, sculpté de résurgence et de citation. L’auteur de Conversation avec Ingmar Bergman y convoque le spectre de Persona par l’intermédiaire de ses personnages, présents et absents. Alors que le souvenir d’Identification d’une femme (M. Antonioni, 1982) n’est pas loin, la filiation avec Eve (Joseph L. Mankiewicz, 1950) s’affirme au fil des séquences dans la construction du récit comme dans l’emploi des fondus au noir – autant résurgence stylistique d’un genre qu’effet écranique pour simuler le mouvement d’une paupière à la recherche d’un souvenir.

L’élégance plastique de Sils Maria vient dévoiler la force d’interprètes mises en scène avec une grande précision. Si le film interroge la violence des désirs féminins (d’être, de demeurer, de devenir, de posséder…), il expose aussi le désir délicat d’un cinéaste pour ses actrices. Le film est certes né de l’envie de Juliette Binoche de travailler avec lui : six ans après L’Heure d’été et trente ans après Rendez-vous, réalisé par André Téchiné et écrit par Assayas. Binoche, vingt ans, y jouait alors une jeune comédienne, une autre Sigrid…. La boucle n’en finit pas de tourner dans ce métafilm protéiforme. Enfin, Sils Maria révèle le potentiel subtil de Kristen Stewart, que certaines de ses interprétations pour le cinéma indépendant laissaient deviner (revoir Welcome to the Rileys). Olivier Assayas, loin du démiurge kéchichien, laisse éclore une énergie brute dans un film dense, épais, parfois pesant, mais toujours enivrant.


 


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Lucy

Lucy

Film de Luc Besson (France - 2014 - 1h30) avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman...






Lucy affiche une- Film proposé en Version Française ou en Version Originale Sous-Titrée selon les séances
A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini.
Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

 




 

Critique "aVoir-aLire.com"


Tout ce qui tourne autour de Luc Besson sombrerait aujourd’hui dans le cliché.
- Cliché 1 : Besson : l’homme qui aime les femmes, avec toutes ces personnalités féminines fortes qui s’accaparent les premiers rôles de ses productions bourrins.
- Cliché 2 : Besson le mal-aimé oeuvre pour le grand public et non pour la critique qui le lui rend bien, d’où une suspicion infernale de la part du service presse, qui de façon désagréable nous a répondu par un persona non grata lors de notre intérêt pour découvrir le film en projection.
- Cliché 3 : Besson détruit désormais toutes ses bébés par un humour frustre, notamment avec une vilaine façon de dépeindre la police française, qui semble toujours issue d’une comédie franchouillarde des années 70. Chez un auteur, ajouter des éléments de bis à la Paul Préboist, c’est sûr que cela n’engendre pas la clémence.
- Cliché 4 : Besson est avant tout un homme d’affaires opportuniste et désormais, ses productions ne sont là que pour rassurer les trésoriers et les actionnaires d’EuropaCorp. La formule et le placement de produits l’emportent donc sur la raison artistique.
- Cliché 5 : Besson est la référence marketing et commerciale française aux USA, le seul à rivaliser d’une certaine manière avec les produits des studios hollywoodiens sans cervelle en baignant ses gourmandises dans des effets spéciaux et des cascades sucrés salés, forcément délicieux pour une séance pop corn calorique.


Tous ces lieux communs se mélangent évidemment comme jamais dans Lucy, que l’on pourrait rebaptiser "Besson’s Samsung-movie" et dont on nous bassine avec les excellents chiffres aux USA. Toutefois, doit-on se laisser aller à un massacre annoncé du dernier film du réalisateur de Léon et de Nikita. Pas forcément. Dès le départ, Lucy a au moins le mérite, de se bâtir sur un postulat de science-fiction frais et exaltant. Et si l’homme, enfin la femme puisque c’est la bombe Scarlett Johansson qui joue aux super-héroïnes de S.F., pouvait utiliser 100% de ses capacités mentales et cognitives, qu’en ferait-elle vraiment ? Et jusqu’où pourrait-elle aller dans un monde où l’humain est limité ?
Le film se déroule en 2 temps, la première partie pose sa toile en Asie, à Hong Kong plus précisément, pour capter l’attention des masses chinoises qui ont fait de Transformers 4 un triomphe (bref, un poncif géographique dont on aurait pu se passer). Lucy, touriste de club qui aime la fête et l’électro se retrouve embarquer dans un cauchemar de sang et de cachetons difficiles à gober. L’autre se déroule en France, pour développer un peu plus le tourisme local, notamment asiatique. Lucy, ex-touriste devenue captive de trafiquants de drogue, a réussi à se défaire de ses bourreaux et, dopée aux amphétamines qu’elle véhiculait secrètement dans le corps, essaie de donner un sens à ses nouvelles facultés mentales et sensorielles, puis à la vie sur Terre. Rien que cela...Libéré de la honte d’un script qui échappe à toutes les difficultés d’écriture grâce aux pouvoirs insensés de son héroïne éponyme (capable de remonter le temps jusqu’aux dinosaures de notre pote Terrence Malick, celui de Tree of life), Besson s’amuse comme un môme, déployant un talent de casseur reconnu lors de scènes de courses poursuites impressionnantes dans la capitale française, et surtout pousse le bouchon du thriller 3.0, entièrement connecté et tactile sans y toucher, à son paroxysme, en le rattachant à un trip philosophique qui vire au grand n’importe quoi. Loin de toute religion rébarbative et d’ésotérisme "new-age", Besson envisage les origines du monde et confronte notre "Lucy Johnasson" internationale, aux mythes de la préhistorique Lucy, bipède de 3 millions d’années, découverte en Ethiopie dans les années 70, à la Lucy in the sky with Diamonds des Beatles sous acide.Finalement, le divertissement d’anticipation, sorte de jumeau récréatif du Her de Spike Jonze, où Johansson incarnait déjà un O.S. métaphysique doué d’ubiquité, est surtout un audacieux blockbuster qui, à l’instar du boulot accompli sur Le Cinquième élément, confirme que Besson, avant d’être un paroissien de la formule qui fâche, est surtout un auteur sacrément barré. Alléluia.

 

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SMS

SMS

Film de Gabriel Julien-laferrière (France - 2013 - 1h24) avec Guillaume De Tonquedec, Géraldine Pailhas, Anne Marivin, Franck Dubosc, Naidra Ayadi, Julien Boisselier...






Sms affiche une9h00. Laurent reçoit un SMS.
9h01. Il se fait voler son portable en lisant ce SMS.
9h30. Son fils disparaît.
10h00. Sa maison brûle.
10h15. Sa femme le quitte.
10h30. Son entreprise est liquidée.
11h00. Il est en garde à vue...
Laurent est alors persuadé d'avoir touché le fond. S'il avait la moindre idée de la façon dont va se dérouler la suite de sa semaine, il prendrait ça pour un échantillon du bonheur.

 



 

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Capelito et ses amis

Capelito et ses amis

Film D'animation de Rodolfo Pastor (Espagne - 2009 - 0h40)


Capelito et ses amis affiche une- Film "Ciné-Mômes" : Tarif unique : 4 €


Capelito revient entouré de tous ses amis dans huit nouvelles histoires inédites et pleines de surprises. Retrouvez notre cher champignon, toujours aussi astucieux et plein d’humour !

 

 




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