Les Gardiens de la Galaxie (2D & 3D)

Les Gardiens de la Galaxie (2D & 3D)

Film de James Gunn (Etats-Unis - 2014 - 2h02) avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Karen Gillan, Benicio Del Toro, Lee Pace, John C. Reilly, Dave Bautista...





Gardiens de la galaxie affiche une- Film proposé en 2D ou en 3D selon les séances


Peter Quill est un aventurier traqué par tous les chasseurs de primes pour avoir volé un mystérieux globe convoité par le puissant Ronan, dont les agissements menacent l’univers tout entier. Lorsqu’il découvre le véritable pouvoir de ce globe et la menace qui pèse sur la galaxie, il conclut une alliance fragile avec quatre aliens disparates : Rocket, un raton laveur fin tireur, Groot, un humanoïde semblable à un arbre, l’énigmatique et mortelle Gamora, et Drax le Destructeur, qui ne rêve que de vengeance. En les ralliant à sa cause, il les convainc de livrer un ultime combat aussi désespéré soit-il pour sauver ce qui peut encore l’être …

 

 



 

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Lucy

Lucy

Film de Luc Besson (France - 2014 - 1h30) avec Scarlett Johansson et Morgan Freeman...






Lucy affiche une
A la suite de circonstances indépendantes de sa volonté, une jeune étudiante voit ses capacités intellectuelles se développer à l’infini.
Elle « colonise » son cerveau, et acquiert des pouvoirs illimités.

 




 

Critique "aVoir-aLire.com"


Tout ce qui tourne autour de Luc Besson sombrerait aujourd’hui dans le cliché.
- Cliché 1 : Besson : l’homme qui aime les femmes, avec toutes ces personnalités féminines fortes qui s’accaparent les premiers rôles de ses productions bourrins.
- Cliché 2 : Besson le mal-aimé oeuvre pour le grand public et non pour la critique qui le lui rend bien, d’où une suspicion infernale de la part du service presse, qui de façon désagréable nous a répondu par un persona non grata lors de notre intérêt pour découvrir le film en projection.
- Cliché 3 : Besson détruit désormais toutes ses bébés par un humour frustre, notamment avec une vilaine façon de dépeindre la police française, qui semble toujours issue d’une comédie franchouillarde des années 70. Chez un auteur, ajouter des éléments de bis à la Paul Préboist, c’est sûr que cela n’engendre pas la clémence.
- Cliché 4 : Besson est avant tout un homme d’affaires opportuniste et désormais, ses productions ne sont là que pour rassurer les trésoriers et les actionnaires d’EuropaCorp. La formule et le placement de produits l’emportent donc sur la raison artistique.
- Cliché 5 : Besson est la référence marketing et commerciale française aux USA, le seul à rivaliser d’une certaine manière avec les produits des studios hollywoodiens sans cervelle en baignant ses gourmandises dans des effets spéciaux et des cascades sucrés salés, forcément délicieux pour une séance pop corn calorique.


Tous ces lieux communs se mélangent évidemment comme jamais dans Lucy, que l’on pourrait rebaptiser "Besson’s Samsung-movie" et dont on nous bassine avec les excellents chiffres aux USA. Toutefois, doit-on se laisser aller à un massacre annoncé du dernier film du réalisateur de Léon et de Nikita. Pas forcément. Dès le départ, Lucy a au moins le mérite, de se bâtir sur un postulat de science-fiction frais et exaltant. Et si l’homme, enfin la femme puisque c’est la bombe Scarlett Johansson qui joue aux super-héroïnes de S.F., pouvait utiliser 100% de ses capacités mentales et cognitives, qu’en ferait-elle vraiment ? Et jusqu’où pourrait-elle aller dans un monde où l’humain est limité ?
Le film se déroule en 2 temps, la première partie pose sa toile en Asie, à Hong Kong plus précisément, pour capter l’attention des masses chinoises qui ont fait de Transformers 4 un triomphe (bref, un poncif géographique dont on aurait pu se passer). Lucy, touriste de club qui aime la fête et l’électro se retrouve embarquer dans un cauchemar de sang et de cachetons difficiles à gober. L’autre se déroule en France, pour développer un peu plus le tourisme local, notamment asiatique. Lucy, ex-touriste devenue captive de trafiquants de drogue, a réussi à se défaire de ses bourreaux et, dopée aux amphétamines qu’elle véhiculait secrètement dans le corps, essaie de donner un sens à ses nouvelles facultés mentales et sensorielles, puis à la vie sur Terre. Rien que cela...Libéré de la honte d’un script qui échappe à toutes les difficultés d’écriture grâce aux pouvoirs insensés de son héroïne éponyme (capable de remonter le temps jusqu’aux dinosaures de notre pote Terrence Malick, celui de Tree of life), Besson s’amuse comme un môme, déployant un talent de casseur reconnu lors de scènes de courses poursuites impressionnantes dans la capitale française, et surtout pousse le bouchon du thriller 3.0, entièrement connecté et tactile sans y toucher, à son paroxysme, en le rattachant à un trip philosophique qui vire au grand n’importe quoi. Loin de toute religion rébarbative et d’ésotérisme "new-age", Besson envisage les origines du monde et confronte notre "Lucy Johnasson" internationale, aux mythes de la préhistorique Lucy, bipède de 3 millions d’années, découverte en Ethiopie dans les années 70, à la Lucy in the sky with Diamonds des Beatles sous acide.Finalement, le divertissement d’anticipation, sorte de jumeau récréatif du Her de Spike Jonze, où Johansson incarnait déjà un O.S. métaphysique doué d’ubiquité, est surtout un audacieux blockbuster qui, à l’instar du boulot accompli sur Le Cinquième élément, confirme que Besson, avant d’être un paroissien de la formule qui fâche, est surtout un auteur sacrément barré. Alléluia.

 

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Under the Skin (VOST)

Under the Skin (VOST)

Film de Jonathan Glazer (Grande-Bretagne - 2014 - 1h48) avec Scarlett Johansson, Antonia Campbell-hughes, Paul Brannigan...





Under the skin affiche une- Film proposé en Version Originale Sous-Titrée


Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs



Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

D’après le roman éponyme de Michel Faber.

La Ritournelle

La Ritournelle

Film de Marc Fitoussi (France - 2013 - 1h38) avec Isabelle Huppert, Jean-pierre Darroussin, Pio Marmaï, Michael Nyqvist, Audrey Dana, Anaïs Demoustier, Marina Fois...






Ritournelle affiche une
Brigitte et Xavier sont éleveurs bovins en Normandie. Elle est rêveuse, la tête dans les étoiles. Lui, les pieds ancrés dans la terre, vit surtout pour son métier. Avec le départ des enfants, la routine de leur couple pèse de plus en plus à Brigitte. Un jour, sur un coup de folie, elle prend la clef des champs. Destination : Paris. Xavier réalise alors qu’il est peut-être en train de la perdre. Parviendront-ils à se retrouver ? Et comment se réinventer, après toutes ces années ? La reconquête emprunte parfois des chemins de traverse...

 




 

Critique "Les Inrockuptibles"


La Ritournelle devait initialement s’appeler “Folies Bergères”. C’eût été un beau titre, mais le nouveau n’est pas mal non plus. Est-ce parce qu’il a entre-temps écouté en boucle la chanson de Sébastien Tellier, ou parce qu’il a lu Gilles Deleuze et Félix Guattari (dont la ritournelle est un des plus célèbres concepts), que Marc Fitoussi a décidé d’intituler son film ainsi ?

On ne le sait, et il est d’ailleurs probable que l’explication soit tout autre, mais Tellier comme Deleuze et Guattari résonnent avec ce film : il a le caractère entêtant, dramatique et exaltant de la chanson du premier ; il déploie une philosophie du désir et de la liberté, du territoire et des lignes de fuite, de l’ordre rassurant et du désordre enivrant, comme les seconds. Toutes choses certes assez évidentes pour une comédie de remariage, mais que Fitoussi maîtrise avec une élégance et une précision inouïes.

Sa bergère tentée par les folies, c’est Isabelle Huppert, dont on ne devrait jamais oublier qu’elle est, aussi, une grande actrice comique (notamment dans Copacabana, un précédent film de Fitoussi). Il y a quelque chose dans son jeu de l’ordre de l’évaporation, une façon unique de faire bouillonner (à feu doux) les répliques, pour n’en laisser qu’une écume, une trace à peine visible au fond du plan (ou au fond des yeux), qui prouve, à qui sait regarder, qu’un trouble violent s’est joué là avant de finalement rejoindre l’éther.

Dans le film, elle interprète une paysanne – oui, une paysanne et c’est parfaitement crédible – mariée à un éleveur de bovins joué par Jean-Pierre Darroussin, non moins excellent. Si l’on a plus de facilité à l’imaginer en agriculteur, lui l’acteur fétiche de Guédiguian, bienveillance incarnée devenu au fil du temps le parfait papa poule du cinéma du milieu, il n’en compose pas moins son rôle avec originalité, loin des clichés associés à ce métier.

Fitoussi montre ainsi un monde paysan moderne – c’est la première réussite, disons sociologique, du film – avec wifi à la maison et Austin Mini Break dans le garage (sans doute la seule voiture au monde capable de plaire autant à Guy Roux qu’à Louise Bourgoin). Huppert et Darroussin forment un couple dont on ne doute pas qu’il s’est follement aimé, mais qui, en toute logique, a laissé la poussière se déposer sur leur désir, jusqu’à ce qu’il en soit presque entièrement recouvert. Prémisse naturelle pour une comédie de remariage. Un jour, elle décide de filer à l’anglaise, à Paris, laisser le hasard épousseter son quotidien… Sous la forme d’un beau dentiste danois, par exemple.

Dès la première séquence, qui voit l’éleveur et sa femme brosser le pelage d’un Charolais pour un concours, et tout au long du film, Fitoussi accumule les signes d’opposition – elle veut mettre un diadème sur la tête de la vache, lui s’en agace ; elle lui fait des beignets au tofu à déjeuner, lui préférerait de la barbaque, etc. – avec un volontarisme qui pourrait passer pour un manque de subtilité. C’est qu’à la subtilité, ce mal de la comédie du milieu, justement, qui veut que rien ne soit tranché et tout également réparti, Fitoussi préfère la générosité.

Générosité vis-à-vis des personnages secondaires pour commencer – l’ouvrier agricole, la voisine, la belle-sœur, l’amant, le fils, tous existent par-delà leur fonction scénaristique, ce à quoi on reconnaît presque toujours les bonnes comédies –, générosité de trait ensuite.

Fitoussi a une façon de styliser le réel (aidé ici par Agnès Godard, ou, dans son précédent film Pauline détective, par Céline Bozon, deux des meilleures chef op françaises) qui évoque la comédie américaine classique (Leo McCarey, toute proportion gardée) ou certains francs-tireurs français (Pierre Salvadori, Axelle Ropert, les frères Larrieu du Voyage aux Pyrénées). Soyeuse, son image enrobe sans étouffer, au diapason d’un film qui invite à jouer quelques fausses notes dans la petite musique répétitive rythmant nos vies. Imparable.

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Passé le moment d’accoutumance où l’on attend de voir ce qu’Isabelle Huppert donne dans le rôle assez inattendu d’éleveuse de bovins en Normandie, ce qui frappe c’est sa joie d’être actrice. Soit cette façon de nous attendre tout sourire au seuil d’un film où justement on ne l’attendait pas. Ce n’est pas tant le coup un peu foireux du contre-emploi, mais au contraire celui plus flamboyant et excitant du plein-emploi d’elle-même.

Ce qui rend plausible Isabelle en Brigitte, femme de Xavier, champion du bœuf charolais, c’est tout autant son réalisme quand elle met la main à la pâte d’un concours agricole, voire d’un vêlage, que le léger mystère qui la parfume. Or, le quant-à-soi est un des sujets réussis du film. Celui de Brigitte qui a toujours l’air de n’en penser pas moins, surtout quand on lui demande son avis, mais aussi celui de son mari (Jean-Pierre Darroussin), pourtant a priori préposé aux pieds sur Terre.

Le récit est celui d’un week-end à Paris où Brigitte a prétendument rendez-vous avec un dermato pour soigner une plaque d’eczéma tenace qui lui barre la gorge. A l’occasion de cette échappée se profile le jeu d’un quitte ou double conjugal.

D’Elle s’en va, d’Emmanuelle Bercot, à Suzanne, de Katell Quillévéré, cela devient presque un genre dans le cinéma français que ces portraits de femme «installée» qui mise tout d’un coup sur la fuite, sinon la rupture. Pas la peine de déclencher pour autant le dossier «signe des temps» ou celui encore plus lourdingue du «phénomène de société». Derrière son motif féminin, le sujet de fond est celui de l’émancipation. Ici, elle est tardive et ne passe pas nécessairement par la case «j’irai comme une jument folle».

Ce qui pousse Brigitte vers Paris, à la façon d’une main, par forcément amie, qui vous pousse dans le grand bain sans savoir si on sait nager, c’est la tentation du petit jeune : ici incarné par Stan, beau gosse un rien tête à claques (Pio Marmaï, idoine), croisé dans une surboum chez des voisins. Pour Brigitte, une forte envie de réveiller sa séduction, mais aussi d’activer un désir sans but. Ainsi de sa villégiature à Paris où après avoir soldé, presque au sens commerçant du terme, son amourette avec Stan, Brigitte profite de tout, accueillant aussi bien les clichés du tourisme (bateaux-mouches, cabaret, amant danois d’un soir), cadrés avec malice par la virtuose Agnès Godard, que l’infra-population des vendeurs de fruits à la sauvette.

Le retour de la «petite bergère» à sa bergerie, citation du fameux retour de la Pomponnette dans la Femme du boulanger, a tout l’air d’un retour à l’ordre. N’était, insistante, de fait comme une ritournelle, cette histoire de plaque d’eczéma qui nous gratte la curiosité autant qu’elle démange Brigitte. Si un jour les eaux de la mer Morte, vantées comme miraculeuses par l’amant danois, font disparaître cette disgrâce, Brigitte sera-t-elle pour autant «guérie» ? Le film se clôt dans l’entre-deux-eaux de cette question non résolue qui instille dans ces nombreux fous rires une belle mélancolie.


 

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Planes 2 (2D & 3D)

Planes 2 (2D & 3D)

Film D'animation de Bobs Gannaway (Etats-Unis - 2014 - 1h24) avec les voix de Fred Testo et Audrey Lamy





Planes 2 affiche une- Film proposé en 2D ou en 3D selon les séances


Dusty est au sommet de sa gloire quand il apprend que son moteur est endommagé et qu’il ne pourra peut-être plus jamais participer à une course… Il se lance alors le défi de devenir pompier du ciel. Il suivra sa formation auprès de l’élite du genre en charge de la protection du parc national de Piston Peak. Cette équipe de choc est menée par Blade Ranger, un hélicoptère vétéran charismatique et est composée de Dipper, une grande fan de Dusty qui en pince pour lui, Windlifter, un hélicoptère de transport lourd en charge de larguer sur les lieux de l’incendie les intrépides et déjantés parachutistes du feu. Au cours de sa lutte contre le feu, Dusty va apprendre qu’il faut beaucoup de courage et ne jamais baisser les bras pour devenir un vrai héros.

 

 




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Le Conte de la princesse Kaguya (VF)

Le Conte de la princesse Kaguya (VF)

Film D'animation d'Isao Takahata (Japon - 2013 - 2h17)





Conte de la princesse affiche une- Film proposé en VF ou en VOST selon les séances


Un vieux coupeur de bambou trouve une mystérieuse et reluisante plante de bambou. En la coupant, il tombe nez à nez sur un bébé minuscule, une petite fille de la taille d'un pouce. Il l'emmène chez lui et l'élève avec sa femme, ils la surnomment Kaguya-hime. Depuis ce jour, le vieux coupeur de bambou trouve une pépite d'or chaque fois qu'il coupe un bambou, et devient très riche. Kaguya-hime grandit et devient une belle jeune femme, si bien que les rumeurs sur sa beauté sont difficiles à cacher et se répandent. Cinq jeunes princes viennent la voir pour la demander en mariage, mais celle-ci leur réserve des tâches ardues...

 

 





Critique "Critikat.com"




Toujours dans l’ombre de son compère largement plus médiatisé Hayao Miyazaki, Isao Takahata s’est, de plus, fait rare ces dernières années – sa dernière apparition sur les écrans français date de 2003, avec un délicieux segment du film omnibus Jours d’hiver. Plus de dix ans après, donc, le réalisateur poursuit le virage formel amorcé dans Mes voisins les Yamada, avec une adaptation visuellement bouleversante du traditionnel Conte du coupeur de bambou, qui suit les pas d’une étrange princesse miniature dans le Japon féodal.

D’où vient-elle, cette princesse miniature, découverte dans un étrange pied de bambou scintillant au milieu d’une forêt nourricière ? Recueillie par le vieux coupeur de bambous et sa femme, elle se transforme en gros bébé goulu. Le merveilleux s’installe alors chez ce couple simple. Pousse de Bambou grandit, grandit à vue d’œil. À la faveur d’un changement de plan, elle prend plusieurs centimètres. C’est la première et délicieuse idée de cinéma de ce film : plutôt que d’employer l’ellipse pour traduire le passage du temps, Takahata choisit le merveilleux.

Entourée de parents aimants et d’une troupe d’amis emmenée par Sutemaru, Pousse de Bambou grandit, donc, au sein d’une nature prodigue et bienveillante. Il n’y a qu’à se baisser pour cueillir des melons ou attraper un faisan. Pourtant, le coupeur de bambous pense sa fille adoptive vouée à un destin princier et choisit d’employer le trésor découvert dans le creux de l’arbre magique pour édifier dans la capitale un palais où elle pourra recevoir la meilleure éducation.

Si le film fonctionne en rejetant dos à dos le monde de la civilisation et celui de la nature, la rigueur de la formation princière et la fougue de l’apprentissage de la liberté, cette opposition n’est pourtant jamais manichéenne. La ville est le décor des faux semblants. L’habit et le masque que revêtent les parents, la transformation physique qui est imposée à la jeune fille pour coïncider avec son statut de princesse lorsqu’elle est rebaptisée Princesse Kaguya, en sont les signes les plus superficiels. Les mensonges des prétendants qui se bousculent pour épouser la princesse témoignent, eux, d’une plus profonde turpitude. Le monde de la ville est aussi celui de l’art savant (la calligraphie, le koto) que Kaguya assimile en un clignement de cils, alors que dans la forêt, l’attention était portée sur l’artisanat comme dans la très belle scène de la fabrication des bols.

Bien sûr, la préférence de Takahata va à cette seconde forme de création et l’on sent qu’il range son activité de cinéaste du côté du travail manuel bien plus que de celui d’un art de salon. Car dans Le Conte de la princesse Kaguya, le travail du dessin est tantôt d’une finesse extrême, tantôt jeté à gros traits. Takahata choisit de faire cohabiter au sein d’un même film des styles différents afin de traduire au mieux les sentiments. L’exemple le plus frappant est la course effrénée de Kaguya pour rejoindre sa forêt perdue. La vitesse de son déplacement et sa fureur sont traduites par de gros traits apparents. Bien différent du travail de son comparse du studio Ghibli, Hayao Miyazaki, Takahata ne cherche pas la perfection de la représentation par le dessin, mais bien davantage l’évocation. Souvent, les décors ne sont qu’esquissés, avec une finesse de trait exceptionnelle. C’est là la seconde et bouleversante idée de cinéma : le dessin peut tout exprimer, à moins de le considérer avec humilité.

 

Critique "La Croix"


Un chef-d’œuvre… On hésite parfois à employer le terme tant il est galvaudé, mais c’est le premier mot qui vient à l’esprit après la vision du dernier long métrage d’Isao Takahata. Le Conte de la princesse Kaguya est d’une splendeur rarement égalée dans le cinéma d’animation. Ce film éclate de beauté, émerveille par sa grâce, émeut par sa douce mélancolie. Une œuvre à la puissance d’évocation comparable à celle d’un autre sommet de l’animation, Le Roi et l’Oiseau (1980), de Paul Grimault, à l’origine des vocations du cinéaste japonais et de son compatriote Hayao Miyazaki, avec lequel il a fondé les studios Ghibli.

Le Roi et l’Oiseau, coscénarisé par Jacques Prévert, sublimait le réalisme poétique cher à l’auteur de Paroles. Riche de ces influences culturelles francophones, Isao Takahata s’inscrit à son tour dans ce courant cinématographique et adapte à sa manière l’un des plus anciens textes nippons.

Écrit au Xe siècle, Le Conte du coupeur de bambous raconte l’histoire d’un couple vieillissant qui vit heureux au fin fond de la forêt. Un seul regret est niché au fond de leur cœur, celui de ne pas avoir eu d’enfants. Un jour, le coupeur de bambous découvre un bébé à l’intérieur d’un tronc, une adorable petite fille qu’il recueille avec son épouse et chérit comme une princesse.

Kaguya (« lumineuse » en japonais) grandit en harmonie avec la nature luxuriante et généreuse qui l’entoure. Elle devient une magnifique jeune femme que les plus grands princes convoitent. Mais elle les repousse les uns après les autres, en exigeant d’eux qu’ils relèvent d’impossibles défis. L’empereur lui-même est séduit par la beauté de Kaguya. Pour s’en défaire, elle finira par expliquer à ses parents les raisons de son mal-être.

Ce sont les motivations de ce personnage aussi gracieux que mystérieux qui ont intéressé Isao Takahata. Le cinéaste a d’ailleurs dit, lors de son passage au Festival du cinéma d’animation d’Annecy, tout le mal qu’il pensait du titre français de son œuvre.

« Il ne s’agit pas d’un conte, mais d’une histoire. Celle, ancrée dans le réel, qui se cache derrière le conte originel », a déclaré le réalisateur du Tombeau des lucioles (1988), récit bouleversant et très réaliste de la lutte de deux orphelins japonais pour leur survie, en 1945. Beaucoup moins sombre, Le Conte de la princesse Kaguya cultive ce même souci de la véracité qui contribue à la poésie visuelle des films des studios Ghibli en général et de Takahata, en particulier.

Pour restituer comme il le souhaitait l’atmosphère du Moyen Âge nippon et accentuer l’impression de symbiose, le cinéaste a souhaité unifier les dessins des décors et des personnages, contrairement à ce qui se fait habituellement en animation. Il faut ici rendre hommage à deux génies du genre animé, Kazuo Oga et Osamu Tanabe, qui ont su recréer avec une égale délicatesse les frémissements de la majestueuse bambouseraie, les gestes gracieux et gauches des nouveau-nés et les fastes de la Cour impériale.

Le tout filmé en plan souvent fixe sur un fond blanc dans un style proche de l’esquisse. Une audace graphique qui culmine lors d’une séquence fulgurante de fuite de la princesse, qui frise l’abstraction. Cette merveille visuelle donne envie par instants de découper l’écran et de le ramener chez soi pour l’encadrer, à l’instar d’estampes japonaises auxquels Isao Takahata fait référence. Aperçus brièvement dans les mains de la princesse qui les déroule avec une joie enfantine comme une bobine de film, les emakis, rouleaux peints au système narratif horizontal de l’époque Héian, sont considérés comme l’ancêtre des mangas et de l’animation nippone.

Car ce dernier – et peut-être ultime – long métrage d’Isao Takahata est aussi une façon pour lui de rendre hommage au cinéma et de dresser le bilan de sa carrière, en reprenant tous les thèmes qui ont émaillé sa filmographie : les rapports entre la nature et les hommes évoqués dans Pompoko, l’impermanence des choses et la fuite du temps, dans Souvenirs goutte à goutte, les défis de la filiation et de la transmission, dans Mes Voisins les Yamada. Mélancolique, le film n’en est pas moins une ode à la vie, entre joies et renoncements, faiblesses et rébellions. Comme le chante Kazumi Nikaido, nonne bouddhiste et interprète du thème musical principal : « Tout dans l’instant présent/Est espoir pour l’avenir/J’en garde la mémoire à jamais/En mon souvenir de la vie. »

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Bien moins prolifique qu’Hayao Miyazaki, son associé au sein
du studio Ghibli, Isao Takahata revient à la réalisation après une éclipse de quinze ans. Si dans son précédent film, Mes voisins les Yamada, il brocardait avec poésie les citadins modernes, cette fois il illustre un conte du Xe siècle écrit par une courtisane impériale, Murasaki Shikibu.

Un modeste coupeur de bambous trouve un nouveau-né dans une pousse et, avec sa femme, il a l’intuition du destin prestigieux de cet être quasi surnaturel… Grâce à une fortune providentielle découverte dans le même bois de bambous, l’homme pourra réaliser ce vœu. Mais avant, la future princesse vivra la vie libre et buissonnière d’un enfant de la campagne…

Si Le Conte de la princesse Kaguya est le film le plus moralement et politiquement correct du cinéaste, prônant le libre arbitre au détriment des diktats sociaux, donc d’une certaine manière à l’encontre des valeurs traditionnelles nipponnes, il se singularise par son style et son ton.

Takahata qui, rappelons-le, n’est pas dessinateur lui-même et change souvent de style visuel, s’est affranchi depuis longtemps des rigueurs de la ligne claire que Miyazaki a continué à cultiver jusque dans son dernier film (Le vent se lève). Ici, un peu comme dans Mes voisins les Yamada, Takahata a opté pour un tracé d’esquisse, irrégulier et crayonné, et des couleurs à l’aquarelle, qui confèrent de la légèreté au dessin, et donc au récit. Cette décontraction formelle est au diapason du ludisme et du rapport à la nature de la future princesse et de ses compagnons de jeu.

A ce vert paradis des distractions enfantines, on oppose la rigueur de la haute société, la vie de palais et les rituels millimétrés, infligés à la princesse qui cesse de s’appartenir pour devenir une icône. Elle est, in fine, l’instrument de l’ascension sociale, style Bourgeois gentilhomme, du coupeur de bambous. Mais Takahata n’est nullement manichéen. Il sait célébrer également les splendeurs de la civilisation. Mais cet univers de beauté, de libertés ou de contraintes, est oblitéré par une fatalité transcendantale, que le cinéaste exprime avec une poésie infinie mêlée d’amertume.

Car Le Conte de la princesse Kaguya n’est pas une simple fable pour enfants, mais une œuvre philosophique à plusieurs niveaux. Comme Le Tombeau des lucioles, il traite de la mort, mais sur un mode presque surréel. La fable mélancolique conserve de bout en bout une grâce et une légèreté euphorisantes.

 



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