La Planète des singes : l’affrontement (2D & 3D)

La Planète des singes : l’affrontement (2D & 3D)

Film de Matt Reeves (Etats-Unis - 2014 - 2h10) avec Andy Serkis, Judy Greer, Gary Oldman, Keri Russell, Jason Clarke...





Planete des singes affrontement affiche une- Film proposé en 2D ou en 3D selon les séances


Une nation de plus en plus nombreuse de singes génétiquement évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui ont survécu au virus dévastateur qui s’est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui imposera l’espèce dominante sur Terre.

 

 



 

Critique "Cinéma Teaser"


LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES était l’une des seules grosses productions modernes de studio (la Fox) à rester mesurée en termes de spectacle. Le film préférait parier sur le pouvoir hypnotique de ses quelques images choc (les attaques de singes, en gros) et la portée inouïe de son sentimentalisme rappelant le poignant PROJET X de Jonathan Kaplan (1987). Il était nécessaire que L’AFFRONTEMENT soit plus impressionnant pour s’imposer comme une franchise-phare de l’époque. Et bien qu’on n’ait pas eu la larme à l’œil de tout le film (contrairement à son prédécesseur qui nous fait chouiner à tous les coups), cette suite est d’une efficacité absolument redoutable. Tout commence par l’harmonie régnant chez la communauté de primates qui, en dix ans, ont appris à communiquer en signant et, pour le cas des plus « évolués », en parlant. Ce calme va être mis à mal par l’arrivée surréaliste d’un groupe d’hommes et de femmes, survivants du rétrovirus ALZ- 113, cherchant à rallumer la centrale électrique locale. Problème, le bâtiment est sur le territoire des singes. Si César est diplomate, ses congénères n’ont pas vraiment un bon souvenir de l’être humain. Patriarche, César va jouer la carte de la réconciliation en pactisant avec Malcolm, émissaire autoproclamé de la partie adverse (Jason Clarke). Mais dans chaque camp, le consensus déplaît. La peur panique de l’inconnu, le passif douloureux et la haine vont surgir. De l’étude désenchantée du leadership aux dérives des révolutions (desquelles l’extrémisme profite parfois), L’AFFRONTEMENT dresse un portrait radical mais très pertinent de ce qu’est le chaos social post-révolution. Film sur le langage et la communication, mais aussi brûlot sur l’effet pervers de la démocratisation des armes à feu, ce nouveau volet va encore plus loin que LES ORIGINES quand il faut mettre l’Homme face à sa propre violence et à sa faculté toute singulière de s’éliminer lui- même. Et quitte à faire une grande tragédie, autant y inclure les passages obligés : les intrigants, les trahisons, les « coups d’état »… Matt Reeves a insufflé à son film une grandiloquence étrange, passant par de très solennels dialogues, une gravité oppressante, un sentiment de désolation bouleversant. Avec un scénario très simple (voire classique) et des sentiments complexes, Reeves parle de tous les conflits, de tous les actes fratricides, de toutes les tentatives avortées de paix. Il a extrait son histoire hors du temps. C’est pourquoi formellement, il se permet quelques audaces : parfois, sans avoir l’air d’y toucher, il rend hommage aux maquillages originaux – et somme toute pittoresques – de John Chambers ; d’autres fois, au détour d’un plan où un singe, défiguré et démantibulé par la haine, attaque sur fond de flammes de l’enfer, survient la réminiscence de l’effroi provoqué par les vieux films fantastiques ; enfin, alors que les primates surveillent les hommes du sommet d’un immeuble en ruines, comme des Indiens épieraient des cowboys du haut d’une falaise, un vieil air malicieux rappelant Lalo Schifrin retentit (ce dernier a d’ailleurs travaillé sur la série LA PLANÈTE DES SINGES en 1974). Mais ne vous y trompez pas, sous ses airs spectaculaires, voire ludiques, L’AFFRONTEMENT, entre film politique et film d’épouvante, fait régner la terreur.

 

Critique "Libération"




L’exaspérante propension du cinéma américain à gros budget d’exploiter jusqu’à la dernière goutte les sujets supposés plaire au plus grand nombre a, parfois, quelque chose de bon. Plutôt que de recycler inlassablement les mêmes vieilles recettes, certains essaient, timidement mais quand même, des formules un peu plus osées. C’est le cas de ce second volet du grand reboot de la Planète des singes, énorme succès de Franklin J. Schaffner en 1968, dans lequel Charlton Heston et ses considérables pectoraux passaient du statut d’astronaute gentiment paumé à celui d’esclave livré aux caprices de primates anglophones, bipèdes et puissamment armés. Adapté du roman de Pierre Boulle, le film avait marqué l’époque, notamment grâce à un ultime plan dans lequel le héros découvrait qu’il n’avait pas dérivé jusqu’à une planète inconnue dominée par les singes, mais qu’il était revenu, à la faveur d’une fausse route spatio-temporelle, sur sa bonne vieille Terre défoncée entre-temps par une guerre nucléaire.

Tout l’objet de cette nouvelle série de films, lancée en 2011, consiste à faire le lien entre le monde contemporain et celui décrit dans le roman de Boulle. Autrement dit, de remplir l’ellipse qui provoquait le frisson de la fameuse apocalypse dont le spectateur n’avait sous les yeux que le sinistre accomplissement.

Dans le premier épisode, judicieusement intitulé la Planète des singes : les origines, le propos tentait à rendre crédible une épidémie provoquée par une maladresse de scientifiques qui, en testant un remède contre la maladie d’Alzheimer, réussissaient d’un coup d’un seul à répandre un virus mortel à travers le globe mais aussi à rendre les singes de laboratoire au moins aussi futés que leurs maîtres.

Le second volet aujourd’hui sur les écrans, signé Matt Reeves (jadis auteur du convaincant Cloverfield, faux film fauché et vrai blockbuster en mode found footage), reprend le récit dix ans après que les primates ont pris la poudre d’escampette, laissant les humains à leurs (gros) problèmes de survie. Son parti pris tient en une seule idée, toute simple : les personnages principaux, ce sont les singes. A vue de nez, une bonne moitié des scènes se déroulent intégralement dans la communauté simiesque et les personnages humains sont, souvent pour ne pas dire systématiquement, relégués à une distance respectable du statut de héros de l’histoire. Ecrit comme ça, sur une feuille de journal qui emballera le poisson ce soir même, ça n’a l’air de rien, mais on peut aisément imaginer quels débats enflammés une telle initiative a dû susciter quand il a fallu signer les premiers chèques de cette machine estivale à 120 millions de dollars (90 millions d’euros).

Cette société en pleine création a sauté la case primitive chère à Kubrick et s’organise à grande vitesse, grâce aux nouvelles facultés cognitives de leurs membres, à la manière d’un état de nature plutôt séduisant, même si on n’est pas loin d’une monarchie absolue et que la question du droit des guenons ne semble pas à l’ordre du jour avant un bon moment. Tandis que les mâles chassent, les femelles font la popote et les petits vont à l’école dirigée par Maurice, l’orang-outan, qui leur apprend à lire et à écrire. Et le soir, tout le monde se retrouve dans une chouette cabane nichée dans un grand arbre. Un vrai rêve de singe donc, en route vers une société idéale, le tout sous la direction de César, dictateur éclairé qui fut, dix ans auparavant, l’instigateur de la révolte.

Or, en gagnant en intelligence, les sympathiques quadrumanes font également l’apprentissage des passions. Ce qui est plus délicat. Ils découvrent la jalousie (le fils aîné de César ne peut pas piffer son frère nouveau-né), la vengeance (un vieux borgne veut exterminer les humains), l’exercice du pouvoir et, donc, la tentation de la tyrannie. Affirmer que la Planète des singes : l’affrontement relève de la tragédie serait un poil excessif, mais l’ambition est bien là.

Côté humains, la situation n’est pas plus reluisante, du moins selon les standards en vigueur aujourd’hui. Les survivants de l’épidémie, mal habillés et d’une hygiène douteuse, survivent dans des bâtiments en ruines, même pas foutus de trouver une source d’énergie. C’est d’ailleurs au cours d’une mission consistant à remettre en état de marche un vieux barrage hydraulique que se produit le choc des civilisations entre primates en pleine ascension évolutive et humains sur la pente abrupte de la déliquescence. Et la confrontation, d’autant plus tendue que les hommes ont conservé leurs manies de sortir des flingues à tout bout de champ, anéantit l’hypothèse d’une paix durable.

Certes, le cahier des charges de la série impose quelques passages obligés pas très passionnants, dont une débauche réglementaire de destructions diverses dans un torrent de flammes. Comme, de surcroît, il faut que tout cela retombe sur ses pattes arrière de la continuité des épisodes, la toute fin du film a plutôt des allures de pré-bande annonce du troisième volet dont la Fox a d’ores et déjà annoncé la date de sortie, le 29 juillet 2016, toujours avec le duo Matt Reeves et le scénariste Mark Bomback aux manettes.

Pour autant, le scénario pas si bête aux accents shakespeariens a ouvert en grand la porte à une utilisation des effets spéciaux qui, pour une fois, servent vraiment à quelque chose. Il est ici évident que les efforts ont surtout porté sur les visages, les yeux et les expressions des singes, afin de traduire de manière convaincante les tourments intérieurs dont les personnages sont le jouet. Même si le comédien Andy Serkis, décidément abonné à ce genre de performances (le garçon a fait Gollum puis King Kong chez Peter Jackson avant d’hériter du rôle de César), y est forcément pour quelque chose, le trouble suscité chez le spectateur au moment de déceler, sur les visages velus, où s’achève sa condition d’animal et où commence celle d’humain - la grande question du film -, est surtout à mettre au crédit des équipes techniques. Ainsi, cet épisode de la Planète des singes est, d’une certaine manière, davantage un film d’animation, sombre et porteur d’une belle énigme formelle, qu’une simple étape sur le chemin des sommets du box-office.






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Les Francis

Les Francis

Film de Fabrice Begotti (France - 2014 - 1h25) avec Lannick Gautry, Medi Sadoun, Cyril Guei, Thierry Neuvic, Alice David, Thomas Vdb, Jenifer Bartoli, Elie Semoun, Claudia Cardinale...






Les Francis affiche unePour respecter la dernière volonté de son grand-père, Jeff décide de partir en Corse à la recherche d’un secret de famille, accompagné de ses 3 amis d’enfance : Medi, Willy et Seb.
Suite à un quiproquo impliquant la ravissante Vanina, les 4 amis se mettent à dos une famille Corse un peu particulière, Les Campana, qui, pour venger l’honneur de leur sœur, vont déclarer ouverte la chasse aux « Francis » : les Français du continent.
Les vacances tournent rapidement à la course poursuite infernale mêlant gendarmes dépressifs et chasseurs à la gâchette facile.
Bienvenue du côté obscur de la Corse !

 






 

Critique "le Parisien"


Depuis « l'enquête corse » avec Christian Clavier et Jean Reno, on avait eu peu l'occasion de rire de l'Ile de Beauté, du caractère ombrageux de ses habitants et des clichés que véhicule la Corse vue du continent. La comédie « les Francis » s'y essaie avec une certaine audace, jouant la carte de la caricature dans un registre humoristique qui, s'il ne fait pas dans la dentelle, se révèle efficace. L'histoire met aux prises une bande de quatre copains de la région parisienne, les Francis comme les surnomment les gars du cru, venus sur l'île à la recherche d'un secret de famille pour respecter la volonté du grand-père de l'un d'eux. Mais un plan drague en boîte de nuit fait capoter l'affaire, et les voilà bons pour prendre le maquis, poursuivis par une famille de furieux armés de fusils qui ne rigolent pas avec le sens de l'honneur. On découvre au passage des paysages de l'île -- moyenne montagne, rivière à rapides -- qui changent des habituelles cartes postales.

Thierry Neuvic, le ténébreux caïd de la série « Mafiosa », s'offre un rôle de chasseur de sanglier au sang chaud et à l'accent rocailleux qui l'a ravi. « J'avais envie de me frotter à la comédie, et puis de montrer une autre facette de l'île que Mafiosa », dit-il. Résidant de longue date à Monticello et régional de l'étape, Jacques Dutronc, qu'on n'avait plus vu au cinéma depuis quatre ans, incarne un berger madré qui prend sous son aile les fugitifs quand les hordes les menacent. Il forme avec la toujours pétillante Claudia Cardinale un tandem drôle et attachant. « Pour jouer un berger, j'ai eu juste à m'inspirer de copains », sourit l'acteur. « Le genre de situations que décrit le film est assez crédible ici, les quiproquos sont fréquents, c'est une terre insoumise, à la fois meurtrière et gentillette », approuve-t-il. Dutronc adore notamment les gendarmes tels qu'on les dépeint ici. L'irrésistible Elie Semoun campe le chef de brigade, le désastreux lieutenant Martineau. Chacune de ses apparitions est hilarante. Avec sa casquette, il fait tache dans le paysage. C'est un Francis de tout premier ordre.


 

Critique "aVoir-aLire.com"


Mettre en scène une comédie estivale n’est pas toujours chose facile. Si, en plus, celle-ci se déroule en Corse, le risque de sombrer dans les clichés les plus tenaces semble encore plus grand (avec notamment le souvenir de l’adaptation ratée d’une BD de Pétillon avec un certain Christian Clavier). Néanmoins, le tournage en Corse avait fait l’objet il y a quelques mois d’un certain engouement parmi les habitants de l’île de Beauté.

Alors, comment s’en sort Fabrice Begotti, dont c’est le 1er long métrage, et ses compères insulaires ? Pas si mal… Le casting, pourtant hétéroclite, est le 1er atout du film : Lannick Gaudry, Medi Sadoun, JiB Pocthier (déjà repérés dans Les Kaïra) Alice David, Jenifer (la chanteuse, donc), Thierry Neuvic, Thomas VDB, Pierre-Marie Mosconi (également scénariste), Michel Ferracci, sans oublier des stars comme Jacques Dutronc, Claudia Cardinale et une apparition de Francis Perrin. Dans l’ensemble, force est de constater que l’alchimie fonctionne assez bien. Certaines apparitions sont particulièrement réjouissantes même si déjà aperçues ailleurs (celles d’Elie Semoun, dans le rôle d’un gendarme tenace venant d’arriver dans l’île et qui entend faire respecter la loi). Qui dit film se déroulant en Corse, dit accent corse : pour les non-insulaires, un effort a particulièrement été fait sur ce point même si certains excès peuvent prêter à sourire et constituent l’une des limites du film.
Côté scénario, rien de bien nouveau sous le soleil local (un groupe d’amis pris dans une aventure qui les dépasse) mais une volonté de jouer l’efficacité, de faire la place aux clichés (la famille, les « étrangers » en Corse) mais pour mieux s’en amuser. Ces Francis (appellation imaginaire désignant les Français) rencontrent toutes sortes de péripéties, prétextes à une série de gags qui font plus ou moins mouche. Si plusieurs répliques sont assez drôles, certains moments (notamment autour de l’un des personnages amateur de voitures et de tunning) sont plus poussifs. Le rythme du film est parfois assez inégal, pas toujours convaincant, et la réalisation sans doute trop tournée vers le clip et ses codes (mouvements de caméra en accéléré). Du coup, Les Francis est plutôt à situer du côté de Very Bad Trip que de La Chèvre (Francis Veber), 2 références revendiquées par les auteurs.

Lors de la projection en avant-première à Ajaccio au mois de juin dernier, le producteur Jean-Charles Felli a précisé au public qu’il s’agissait d’un film « sur les Corses d’origine » (ceux qui ne sont pas nés dans l’île) et qu’il fallait voir cette fiction par ce prisme là. La sincérité d’un tel projet n’est sans doute pas à remettre en cause, tout comme la volonté de susciter le rire en montrant une certaine image de la Corse, pleinement assumée. Sur ce point, Les Francis réussit là où L’enquête Corse avait lamentablement échoué. Tel est le seul credo de ce qui apparaît comme un divertissement estival ensoleillé, pas plus, pas moins, mais un antidote plutôt sympa à la morosité ambiante… et aux blockbusters américains.



 




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Jimmy’s Hall (VF & VOST)

Jimmy’s Hall (VF & VOST)

Film de Ken Loach (Grande-Bretagne - 2014 - 1h49) avec Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton...





jimmys-hall affiche une- Version française ou Version Originale Sous-Titrée selon les séances


1932 - Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale.
L'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, s'est dotée d'un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…
Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le "Hall", un foyer ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

 




Critique "La croix"


Sélectionné – pour la 17e fois ! – par le festival de Cannes, en mai dernier, Ken Loach était venu y présenter son deuxième film consacré à l’histoire irlandaise, huit ans après Le Vent se lève qui lui avait valu la palme d’or en 2006. S’il n’a cette fois remporté aucun prix, le cinéaste britannique, 78 ans depuis le mois dernier, plus que jamais fidèle à ses engagements, n’en a pas moins livré une œuvre forte, centrée sur la figure de Jimmy Gralton, seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.




Le Vent se lève évoquait, au début des années 1920, la lutte des « Volunteers », bientôt constitués en Armée républicaine irlandaise (IRA), contre les bataillons de « Black and Tans » anglais venus, par bateaux entiers, mater les velléités d’indépendance. Jimmy’s Hall se déroule une douzaine d’années plus tard, en 1932, alors qu’Eamon de Valera et le Fianna Fail ont remporté les élections, séduisant les classes ouvrières et rurales les moins favorisées tout en jurant fidélité à la couronne d’Angleterre.

Dans ce climat incertain, un temps apaisé, les libertés politiques s’entrouvrent. Jimmy Gralton, né en 1886 dans une famille rurale de sept enfants, profite de l’occasion pour revenir travailler dans la ferme de ses parents, dans le comté de Leitrim. Commis ayant quitté l’école à 14 ans, barman devenu soldat dans l’armée britannique, emprisonné suite à son refus de servir aux Indes, déserteur, docker à Liverpool, engagé dans l’IRA en 1921, il s’était embarqué dix ans plus tôt pour New York, où il s’était investi dans la vie politique et syndicale, et avait obtenu la nationalité américaine tout en soutenant à distance les républicains irlandais.

Lorsque le film débute, les jeunes du comté sollicitent Jimmy, homme engagé et bon orateur, pour rouvrir un foyer, lieu de vie communautaire où l’on pourra venir danser, écouter de la musique, étudier, s’initier à toutes sortes d’activités – y compris sportives –, échanger et débattre du sort réservé aux paysans pauvres par les propriétaires de grands domaines. Le gramophone de Jimmy, ses disques de jazz ramenés de New York, enchantent l’auditoire. De nouveaux pas de danse frappent le rustique parquet, au grand dam du prélat local, qui voit dans cette initiative une dangereuse offensive communiste, doublée d’une pernicieuse « los-angelesisation » de la culture.

Le contexte historique de cet affrontement est complexe – au développement des idées communistes répondent des groupes fascisants, comme l’Association des Camarades de l’Armée. En dépit de cet obstacle qui demandera un effort au spectateur français non spécialiste de l’Irlande, on sait gré au réalisateur et à son fidèle scénariste, Paul Laverty, d’avoir traité avec un salutaire sens de la nuance cette opposition idéologique entre progressistes et tenants d’un ordre social placé sous la prééminence de l’Église catholique d’Irlande.

Bien sûr, Ken Loach, connu pour ses engagements politiques dénués d’ambiguïtés, ne manque pas de relever la collusion d’intérêts qui fit se placer la hiérarchie de l’Église aux côtés du pouvoir et des possédants : « Nos adversaires n’ont pas changé, maîtres et prêtres », entend-on au détour d’une réplique. Évidemment, c’est bien d’une emprise morale au service d’une lutte politique dont il est question dans cette Irlande des années 1930.

On retiendra, entre autres scènes marquantes – presque digne de Don Camillo si elle était moins triste et accusatoire –, cette arrivée au dancing de grappes de familles ou de jeunes gens, dont le prêtre constitue la liste rigoureuse en les désignant du doigt ! Pour autant, les personnages principaux sont dessinés avec suffisamment de finesse pour ne pas sombrer dans un manichéisme stérile et les échanges entre « ennemis » ne manquent pas d’une certaine considération pour l’autre, ni de mains tendues – et refusées.

Moins violent que Le Vent se lève, tour à tour grave, drôle, enlevé, inquiet, tragique ou emmené sur les berges d’une romance inaccomplie, Jimmy’s Hall, avec ses paysages magnifiques, est avant tout un beau film, inspiré et inspirant, travaillé par cette question de l’amour et de la haine, de la justice et de l’émancipation des faibles.

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes, Jimmy’s Hall, du propre aveu de Ken Loach, est sans doute son film ultime. Une dernière fois, Loach apporte une nouvelle pierre à l’édifice politique qu’il a patiemment construit, notamment dans ses films historiques : les rares victoires des forces populaires (ouvrières, paysannes) leur ont toujours été volées par une gauche centriste attirée par le seul pouvoir.

C’était déjà le sujet du Vent se lève, le film qui lui valut la Palme d’or en 2006, où Loach montrait que les nouveaux maîtres de l’Irlande (en gros, les dirigeants de l’IRA), après l’indépendance de 1922, avaient utilisé les même méthodes que les Anglais pour mater les extrêmes.

C’était aussi celui, dans un autre pays, de Land and Freedom (1995), où Loach rendait responsables les communistes espagnols des luttes intestines et sanglantes avec les anarchistes qui avaient entraîné la défaite des forces républicaines pendant la guerre d’Espagne de 1936.

Dans Jimmy’s Hall, l’action se déroule à nouveau en Irlande, en 1932, dans le comté de Leitrim. Une salle de danse, sorte de patronage ou de centre culturel avant l’heure, devient l’enjeu d’un conflit. D’un côté, l’évêque, qui y voit un lieu de débauche, de “communisme” et surtout d’acculturation qui risquerait de menacer la mainmise du catholicisme sur la population. De l’autre, le propriétaire et fondateur du lieu, Jimmy Gralton (Barry Ward), un activiste de retour au pays pour s’occuper de sa mère et de leur ferme (l’histoire est inspirée de faits réels), après dix ans d’exil aux Etats-Unis.

Or le gouvernement, par intérêt, a fait alliance avec l’Eglise et les propriétaires terriens et voit ce conflit d’un mauvais œil. Jimmy (et Ken Loach…) va réveiller et concentrer toutes les contradictions de l’Etat irlandais.

Comme souvent dans les films historiques de Loach, la direction d’acteurs est assez figée, les dialogues très didactiques. Mais au milieu de ce théâtre un peu engoncé, le film prend vie à plusieurs occasions. D’abord dans les séances de danse et de musique (jazz et folk irlandais – que l’Eglise réprouvait alors). Et puis dans cette scène bouleversante où la mère de Jimmy Gralton propose du thé aux policiers venus arrêter et expulser une nouvelle fois son fils du pays.

Elle les connaît tous depuis qu’ils sont nés. La suite prouvera que l’hospitalité de la vieille dame était très retorse, mais cette scène à elle seule sent le vrai, l’intime, la réalité d’un peuple où les liens affectifs peuvent être très ambivalents entre les membres d’une communauté tiraillée depuis des siècles. On retrouve dans ces moments le Loach qu’on a toujours aimé. Nous lui souhaitons longue vie.

 



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Blue ruin (VOST)

Blue ruin (VOST)

Film de Jeremy Saulnier (Etats-Unis - 2014 - 1h32) avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves, Kevin Kolack, Eve Plumb, David Thompson...





Blue ruin affiche une- Film proposé en VOST


- Interdit aux moins de 12 ans


Dwight Evans est un mystérieux vagabond dont la vie en marge de la société va se retrouver bouleversée par la libération d'un meurtrier. Dwight va être entrainé dans une spirale de violence dont personne ne sortira indemne.

 

 



 

Critique "Les Inrockuptibles"




C’est une “maison” bleue, échouée sur une plage de Virginie. On y vient à pied, mais la comparaison avec l’autre, adossée à une colline de San Francisco, s’arrête là. Nettement moins accueillante, criblée de balles (on saura pourquoi après une heure de film), délabrée, rouillée, mais surtout dotée d’un moteur et de quatre roues, cette Pontiac bleue en ruine appartient à Dwight Evans, hobo hébété qui en fit son home sweet home après l’assassinat (manifestement traumatique) de ses parents. Lorsqu’il apprend que le meurtrier sort de prison après vingt ans de réclusion, il décide de se venger. Evidemment, rien ne se passe comme prévu.

En revanche, tout se passe comme il se doit, in real life. Car si tuer quelqu’un peut être d’une stupéfiante facilité pour qui y est exercé – la vague de tueries post-Aurora aux Etats-Unis le rappelle presque tous les mois –, ce peut être une tannée pour un type pas très habile. Une victime, ça résiste, ça saigne, ça s’enfuit, ça se débat – et ça débat aussi, parfois, comme dans cette scène de négociation absurde dans le coffre d’une voiture, plus goguenarde qu’hilarante, à l’image du film dans son ensemble. Jeremy Saulnier, dont c’est le deuxième long métrage après l’inédit, en France, Murder Party en 2007, filme le parcours vengeur comme un long cauchemar éveillé, une descente aux enfers grotesque et titubante.

Il y a à l’évidence du Coen (Blood Simple et Fargo, surtout) dans cette férocité tragi-comique, dans cette fascination pour le ratage implacable, et dans cette Amérique détraquée où l’innocence finit dévorée par le désespoir. Mais on reconnaît également là un geste très contemporain, partagé par nombre de jeunes cinéastes indépendants remarqués lors de festivals (Sundance, mais pas seulement) depuis quelques années : Sean Durkin (Martha Marcy May Marlene ), David Robert Mitchell (The Myth of the American Sleepover, mais surtout It Follows), Matthew Porterfield (I Used to Be Darker, dont Jeremy Saulnier a justement signé la très belle photo), et d’autres encore. Tous, pour le dire vite, filment avec une douceur trompeuse un pays engourdi, un pays de zombies où les cris (et les SOS) ne semblent plus porter (et partent dans les airs).

Ce n’est pas un hasard si Macon Blair, fabuleux comédien au regard ahuri et à la démarche droopyesque, passe tout le film à squatter de maison en maison (celle qu’il cambriole, la sienne, celle de sa sœur, celle des assassins) sans réussir à se fixer nulle part : il n’y a nulle part où demeurer. La ruine bleue – expression peu courante qui signifie aussi “débâcle” en anglais – est celle du drapeau américain, dont les étoiles ne sont plus en vérité que des trous de mites, et les bandes rouges des traînées de sang.

Dans les seventies, au retour du Vietnam, l’impression dominait que la maison était en flammes ; depuis, on l’a reconstruite, elle tient à peu près debout, mais elle est invivable. Et tout ce qui reste à partager, finit par constater Saulnier, ce sont des cartes postales, clichés d’un ancien temps qui de toutes les façons arriveront trop tard dans la boîte aux lettres.

Critique "aVoir-aLire.com"


Remarqué par une comédie horrifique déjantée intitulée Murder Party (2007) – également diffusée dans le cadre de l’Etrange Festival – le jeune cinéaste Jeremy Saulnier sort de l’ornière du cinéma de genre avec son second opus, l’excellent Blue Ruin qui risque bien de lui apporter une belle notoriété. Présenté avec succès à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes puis au festival de Locarno, ce thriller fait preuve de très grandes qualités dans la description d’un milieu marqué par un atavisme familial toujours prégnant. A travers l’histoire linéaire d’une vengeance, Jeremy Saulnier décrit avec beaucoup de justesse la spirale infernale que constitue la loi du talion. Comme dans les films italiens des frères Taviani, ou encore certaines œuvres ibériques de Carlos Saura, la haine entre deux familles pour des raisons que l’on n’arrive plus vraiment à identifier débouche sur une violence extrême totalement nihiliste.


Si le début du long-métrage nous met sur la voie d’une vengeance conjoncturelle, la suite nous révèle progressivement les liens qui unissent les différents protagonistes. Dès lors, le personnage principal – admirable Macon Blair au regard de chien battu – passe dans l’esprit du spectateur du statut de victime à celui de bourreau. Dans un beau renversement des valeurs, le cinéaste en profite également pour souligner l’absurdité de ces vendettas qui finissent par toucher des innocents au lieu de punir les coupables. Dès lors, ce jeu de massacre s’apparente plus à un western contemporain qu’à un véritable thriller. On se retrouve face à un cinéma archétypal où chaque personnage lutte pour sa survie dans un monde sauvage, alors même que l’intrigue se situe de nos jours aux States.

Dans sa propension à mettre en scène avec aisance la violence, dans sa thématique familiale et ses personnages qui veulent en découdre sans jamais faire appel aux autorités, Blue Ruin s’inscrit pleinement dans un cinéma américain traditionnel dont il renouvelle seulement quelques figures grâce à un humour bienvenu. A la fois tétanisant dans ses moments de pure violence et drôle dans ses dérapages volontaires, l’ensemble est porté par une excellente réalisation qui devrait faire de Jeremy Saulnier l’un des plus beaux espoirs de cette année.




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Planes 2 (2D & 3D)

Planes 2 (2D & 3D)

Film D'animation de Bobs Gannaway (Etats-Unis - 2014 - 1h24) avec les voix de Fred Testo et Audrey Lamy





Planes 2 affiche une- Film proposé en 2D ou en 3D selon les séances


Dusty est au sommet de sa gloire quand il apprend que son moteur est endommagé et qu’il ne pourra peut-être plus jamais participer à une course… Il se lance alors le défi de devenir pompier du ciel. Il suivra sa formation auprès de l’élite du genre en charge de la protection du parc national de Piston Peak. Cette équipe de choc est menée par Blade Ranger, un hélicoptère vétéran charismatique et est composée de Dipper, une grande fan de Dusty qui en pince pour lui, Windlifter, un hélicoptère de transport lourd en charge de larguer sur les lieux de l’incendie les intrépides et déjantés parachutistes du feu. Au cours de sa lutte contre le feu, Dusty va apprendre qu’il faut beaucoup de courage et ne jamais baisser les bras pour devenir un vrai héros.

 

 




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Minuscule – La vallée des fourmis perdues

Minuscule – La vallée des fourmis perdues

Film D'animation de Thomas Szabo et Hélène Giraud (France - 2013 - 1h29)






Minuscule affiche uneDans une paisible forêt, les reliefs d’un pique-nique déclenchent une guerre sans merci entre deux bandes rivales de fourmis convoitant le même butin: une boîte de sucres! C’est dans cette tourmente qu’une jeune coccinelle va se lier d’amitié avec une fourmi noire et l’aider à sauver son peuple des terribles fourmis rouges...

 

 




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