Dragons 2 (2D & 3D)

Dragons 2 (2D & 3D)

Film D'animation de Dean DeBlois (Etats-Unis - 2014 - 1h43)





Dragons-2-affiche une- Film proposé en 2D ou en 3D selon les séances


La vie s’écoule paisiblement sur l’île de Beurk...
Astrid, Rustik le Morveux, Varek, Kranedur et Kognedur se défient lors de courses sportives de dragons devenues très populaires tandis qu’Harold et Krokmou, désormais inséparables, parcourent les cieux à la conquête de territoires inconnus et de nouveaux mondes.

Au cours de l’une de leurs aventures, ils découvrent une grotte secrète qui abrite des centaines de dragons sauvages, rotégés par un mystérieux dragonnier...
Harold et Krokmou vont alors se retrouver au centre d’une lutte visant à maintenir la paix et vont devoir défendre leurs valeurs pour préserver le destin des vikings et des dragons.

 




 

Critique "Les Inrockuptibles"


Dans les années 2000, le cœur battant de l’animation grand public n’était pas dur à trouver. Il avait même un nom, Pixar, qui enchaînait alors des projets originaux tous plus réussis les uns que les autres.

Le studio logeait ainsi entre les deuxième (2001) et troisième (2010) volets de Toy Story six films remarquables pour et sur l’enfance, ou plutôt justement quelque part entre l’enfant et l’adulte (Le Monde de Nemo, Monstres & Cie, Là-haut, etc.), y projetant des méandres d’angoisses primales et d’émerveillements candides.

Cet âge d’or est plus ou moins révolu, néanmoins une question reste : où le cinéma d’animation palpite-t-il désormais ? Heureusement au moins une franchise, signée DreamWorks, déploie aujourd’hui cette sorte d’envergure indicible, de feu sacré que Pixar, donc, détenait il y a peu, ou encore que Disney détenait au XXe siècle.

Soit Dragons, bijou insoupçonné lancé quelques mois après Avatar dans le sillon de la 3D. On y découvre des Vikings de carte postale (barbus, bourrus) vivant à flanc d’îlots sur un océan désert à perte de vue, et s’adaptant comme ils le peuvent à la présence de voisins au tempérament assez volcanique – voir le titre.

Le précédent volet était affaire d’apprivoisement : celui de Krokmou (Toothless) par Harold (Hiccup), jeune et pataud fils de chef se toquant de domestiquer les dragons plutôt que de les chasser. Quatre ans après, Dragons a, à la façon d’un Toy Story, pris de l’âge, et accompagne donc le vieillissement de ses héros autant que de son public. Ici, c’est l’âge adulte qui pointe le bout de son nez, avec la douleur des séparations, le poids des responsabilités.

Harold explore le vaste monde ; trouver sa petite place au village n’est plus suffisant, puisqu’il n’est pas à l’abri de devoir bientôt le diriger, c’est-à-dire de prendre la place de son père (on devine les résonances intimes que cela augure). Entre-temps, Dragons 2 a fait de son binôme central (le garçon et la bête) un couple fusionnel, où l’un sert pour l’autre de béquille. Une aile estropiée d’un côté, une jambe amputée de l’autre, font que le déplacement se compose forcément à deux. Et de déplacement, il en est toujours fortement question dans les Dragons, blockbusters chorégraphiques par excellence.

Les deux films semblent tout droit sortis de la turbine encore brûlante de l’animation, taillés pour le relief : on n’y bouge que par explosions et par saccades, dans des déflagrations d’éléments (les airs bien sûr, mais aussi le feu, très présent, et mêmes les lames de l’océan qui entraînent les drakkars). C’est tout le rythme délicieusement enlevé d’une telle série où, enfin, les motifs traversent en un éclair la largeur de l’écran, laissant loin derrière eux les piétons du cinéma live.

Confirmation donc du très bon pressentiment perçu il y a quatre ans, à savoir celui d’une prise de relais avec le chef-d’œuvre du cinéma d’animation des années 2000, Toy Story. A bien des égards, l’un et l’autre se rapprochent. Ils déploient un foisonnement similaire à partir du programme qu’annonce leur titre (sachant que pour l’un comme pour l’autre il y a bien sûr du merchandising à la clé), où un dragon et un jouet, c’est sensiblement la même chose : une déclinaison de couleurs et d’attributs, à partir d’un ADN commun.

Surtout, la proximité de Dragons et de Toy Story repose sur une certaine stature romanesque, une ampleur cachée qui survole de bien haut le règne du pitch et des “personnages secondaires rigolos” (une tare pourtant très connotée DreamWorks) qui ne cessent d’accroître leur emprise sur le cinéma d’animation.

Ici, il y a bien sûr de l’humour (avec Jay Baruchel, Jonah Hill ou encore Christopher Mintz-Plasse, un casting ouvertement apatowien en VO), mais il y a aussi et surtout ce qui manque à tant de films adressés au jeune public :
une vraie sérénité, une tenue qui ne trompe pas son ennui en enfilant les références pop et les parodies (coucou Shrek) ; un véritable esprit de conte initiatique, candide et poignant, qui jaillit somptueusement dans les airs.


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Jimmy’s Hall (VF & VOST)

Jimmy’s Hall (VF & VOST)

Film de Ken Loach (Grande-Bretagne - 2014 - 1h49) avec Barry Ward, Simone Kirby, Jim Norton...





jimmys-hall affiche une- Version française ou Version Originale Sous-Titrée selon les séances


1932 - Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale.
L'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, s'est dotée d'un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis…
Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le "Hall", un foyer ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

 




 

Critique "La croix"


Sélectionné – pour la 17e fois ! – par le festival de Cannes, en mai dernier, Ken Loach était venu y présenter son deuxième film consacré à l’histoire irlandaise, huit ans après Le Vent se lève qui lui avait valu la palme d’or en 2006. S’il n’a cette fois remporté aucun prix, le cinéaste britannique, 78 ans depuis le mois dernier, plus que jamais fidèle à ses engagements, n’en a pas moins livré une œuvre forte, centrée sur la figure de Jimmy Gralton, seul Irlandais à avoir été expulsé de son pays sans procès, en 1933.




Le Vent se lève évoquait, au début des années 1920, la lutte des « Volunteers », bientôt constitués en Armée républicaine irlandaise (IRA), contre les bataillons de « Black and Tans » anglais venus, par bateaux entiers, mater les velléités d’indépendance. Jimmy’s Hall se déroule une douzaine d’années plus tard, en 1932, alors qu’Eamon de Valera et le Fianna Fail ont remporté les élections, séduisant les classes ouvrières et rurales les moins favorisées tout en jurant fidélité à la couronne d’Angleterre.

Dans ce climat incertain, un temps apaisé, les libertés politiques s’entrouvrent. Jimmy Gralton, né en 1886 dans une famille rurale de sept enfants, profite de l’occasion pour revenir travailler dans la ferme de ses parents, dans le comté de Leitrim. Commis ayant quitté l’école à 14 ans, barman devenu soldat dans l’armée britannique, emprisonné suite à son refus de servir aux Indes, déserteur, docker à Liverpool, engagé dans l’IRA en 1921, il s’était embarqué dix ans plus tôt pour New York, où il s’était investi dans la vie politique et syndicale, et avait obtenu la nationalité américaine tout en soutenant à distance les républicains irlandais.

Lorsque le film débute, les jeunes du comté sollicitent Jimmy, homme engagé et bon orateur, pour rouvrir un foyer, lieu de vie communautaire où l’on pourra venir danser, écouter de la musique, étudier, s’initier à toutes sortes d’activités – y compris sportives –, échanger et débattre du sort réservé aux paysans pauvres par les propriétaires de grands domaines. Le gramophone de Jimmy, ses disques de jazz ramenés de New York, enchantent l’auditoire. De nouveaux pas de danse frappent le rustique parquet, au grand dam du prélat local, qui voit dans cette initiative une dangereuse offensive communiste, doublée d’une pernicieuse « los-angelesisation » de la culture.

Le contexte historique de cet affrontement est complexe – au développement des idées communistes répondent des groupes fascisants, comme l’Association des Camarades de l’Armée. En dépit de cet obstacle qui demandera un effort au spectateur français non spécialiste de l’Irlande, on sait gré au réalisateur et à son fidèle scénariste, Paul Laverty, d’avoir traité avec un salutaire sens de la nuance cette opposition idéologique entre progressistes et tenants d’un ordre social placé sous la prééminence de l’Église catholique d’Irlande.

Bien sûr, Ken Loach, connu pour ses engagements politiques dénués d’ambiguïtés, ne manque pas de relever la collusion d’intérêts qui fit se placer la hiérarchie de l’Église aux côtés du pouvoir et des possédants : « Nos adversaires n’ont pas changé, maîtres et prêtres », entend-on au détour d’une réplique. Évidemment, c’est bien d’une emprise morale au service d’une lutte politique dont il est question dans cette Irlande des années 1930.

On retiendra, entre autres scènes marquantes – presque digne de Don Camillo si elle était moins triste et accusatoire –, cette arrivée au dancing de grappes de familles ou de jeunes gens, dont le prêtre constitue la liste rigoureuse en les désignant du doigt ! Pour autant, les personnages principaux sont dessinés avec suffisamment de finesse pour ne pas sombrer dans un manichéisme stérile et les échanges entre « ennemis » ne manquent pas d’une certaine considération pour l’autre, ni de mains tendues – et refusées.

Moins violent que Le Vent se lève, tour à tour grave, drôle, enlevé, inquiet, tragique ou emmené sur les berges d’une romance inaccomplie, Jimmy’s Hall, avec ses paysages magnifiques, est avant tout un beau film, inspiré et inspirant, travaillé par cette question de l’amour et de la haine, de la justice et de l’émancipation des faibles.

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes, Jimmy’s Hall, du propre aveu de Ken Loach, est sans doute son film ultime. Une dernière fois, Loach apporte une nouvelle pierre à l’édifice politique qu’il a patiemment construit, notamment dans ses films historiques : les rares victoires des forces populaires (ouvrières, paysannes) leur ont toujours été volées par une gauche centriste attirée par le seul pouvoir.

C’était déjà le sujet du Vent se lève, le film qui lui valut la Palme d’or en 2006, où Loach montrait que les nouveaux maîtres de l’Irlande (en gros, les dirigeants de l’IRA), après l’indépendance de 1922, avaient utilisé les même méthodes que les Anglais pour mater les extrêmes.

C’était aussi celui, dans un autre pays, de Land and Freedom (1995), où Loach rendait responsables les communistes espagnols des luttes intestines et sanglantes avec les anarchistes qui avaient entraîné la défaite des forces républicaines pendant la guerre d’Espagne de 1936.

Dans Jimmy’s Hall, l’action se déroule à nouveau en Irlande, en 1932, dans le comté de Leitrim. Une salle de danse, sorte de patronage ou de centre culturel avant l’heure, devient l’enjeu d’un conflit. D’un côté, l’évêque, qui y voit un lieu de débauche, de “communisme” et surtout d’acculturation qui risquerait de menacer la mainmise du catholicisme sur la population. De l’autre, le propriétaire et fondateur du lieu, Jimmy Gralton (Barry Ward), un activiste de retour au pays pour s’occuper de sa mère et de leur ferme (l’histoire est inspirée de faits réels), après dix ans d’exil aux Etats-Unis.

Or le gouvernement, par intérêt, a fait alliance avec l’Eglise et les propriétaires terriens et voit ce conflit d’un mauvais œil. Jimmy (et Ken Loach…) va réveiller et concentrer toutes les contradictions de l’Etat irlandais.

Comme souvent dans les films historiques de Loach, la direction d’acteurs est assez figée, les dialogues très didactiques. Mais au milieu de ce théâtre un peu engoncé, le film prend vie à plusieurs occasions. D’abord dans les séances de danse et de musique (jazz et folk irlandais – que l’Eglise réprouvait alors). Et puis dans cette scène bouleversante où la mère de Jimmy Gralton propose du thé aux policiers venus arrêter et expulser une nouvelle fois son fils du pays.

Elle les connaît tous depuis qu’ils sont nés. La suite prouvera que l’hospitalité de la vieille dame était très retorse, mais cette scène à elle seule sent le vrai, l’intime, la réalité d’un peuple où les liens affectifs peuvent être très ambivalents entre les membres d’une communauté tiraillée depuis des siècles. On retrouve dans ces moments le Loach qu’on a toujours aimé. Nous lui souhaitons longue vie.

 



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On a failli être amies

On a failli être amies

Film d'Anne Le Ny (France - 2013 - 1h30) avec Karin Viard, Emmanuelle Devos, Roschdy Zem...






On a faillie etre amies affiche uneMarithé travaille dans un centre de formation pour adultes. Sa mission : aider les autres à changer de métier et à trouver leur vocation. Se présente alors Carole, qui vit et travaille dans l’ombre de Sam, son mari, énergique et talentueux chef étoilé. Ce n’est cependant pas tant de métier, dont Carole semble avoir besoin de changer, mais de mari. Marithé se donnera à fond pour aider Carole à se projeter dans une nouvelle vie.

Mais quelle est la nature profonde de ce dévouement, quand Marithé ne semble pas insensible au charme de Sam, ni à sa cuisine ? …

 





 

Critique "Libération"


On est à Orléans. Il y a d’un côté Marithé, la blonde (Karin Viard) qui déménage, employée très investie et efficace d’un centre de formation pour adultes, mère divorcée et a priori très bien dans ses baskets. De l’autre, Carole, la brune chic (Emmanuelle Devos) mais à eczéma, épouse d’un chef étoilé en pleine ascension, dans l’ombre duquel elle dépérit, aussi solaire soit Sam (Roschdy Zem). Carole, en catimini, tente de trouver une porte de sortie en prenant conseil auprès de Marithé la formatrice. Or, Marithé découvre que Sam n’a rien de l’ogre envisagé, hé hé.

Si On a failli être amies commence sur du labeur, images de toutes sortes de métiers, la suite se concentre sur les relations humaines. Au travail et en dehors, dans le couple, dans l’amitié, dans la solidarité, dans l’ambiguïté, dans la sincérité et dans le mensonge. L’option est ici comique, comédie amico-sentimentale autour du fameux triangle deux femmes-un homme, mais Anne Le Ny distille ce qu’il faut de mélancolie existentielle (sur la mère qui peine à couper le cordon, sur le couple qui se crashe irrémédiablement, sur «l’argent ne fait pas le bonheur, mais y contribue»…). Et personne ne sort tout blanc de cette lessiveuse, aussi fortes et affirmées soient ses convictions de départ. Marithé la pro-prolos, par exemple, succombe autant à Sam qu’à sa ravissante baraque. Et Carole s’avère moins évaporée que prévu, très zen quand la messe est dite, elle qui ne sait pas (se) conduire. Au cœur de l’affaire, Karin Viard et Emmanuelle Devos, qui n’avaient jamais joué ensemble, oscillent idoinement entre complicité et bras de fer.



 




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Xenia (VOST)

Xenia (VOST)

Film de Panos Koutras (Grèce - 2014 - 2h08) avec Kostas Nikouli, Nikos Gelia...





Xenia affiche une- Version Originale Sous-Titrée


A la mort de leur mère, Dany et son frère Odysseas, 16 et 18 ans, prennent la route d’Athènes à Thessalonique pour retrouver leur père, un Grec qu’ils n’ont jamais connu. Albanais par leur mère, ils sont étrangers dans leur propre pays et veulent que ce père les reconnaisse pour obtenir la nationalité grecque. Dany et Ody se sont aussi promis de participer à un populaire concours de chant qui pourrait rendre leur vie meilleure. Ce voyage mettra à l’épreuve la force de leurs liens, leur part d’enfance et leur amour des chansons italiennes

 





 

Critique "aVoir-aLire.com"


Comment dire adieu à sa jeunesse ? Le trublion cinéaste grec Panos H. Koutras répond à sa manière, en réalisant un film autour d’une certaine jeunesse grecque abattue par la crise économique et autres crises existentielles. Koutras s’est intéressé tout particulièrement à ces adolescents apatrides ou étrangers, maltraités par un gouvernement grec aux abois et persécutés par les mouvements nationalistes florissants tel le parti néonazi « Aube dorée ». Un parti déchaîné contre toute forme d’immigration et qui de plus se déclare ouvertement antisémite, islamophobe – et bien sûr homophobe. Militant donc pour le « droit du sang » et une « Grèce aux Grecs », sous l’égide exclusive des valeurs chrétiennes orthodoxes. On reconnaît ici même la chanson du Front national sur « les vrais Français »…

C’est sur cet arrière-fond politique que Panos H. Koutras a réalisé un film engagé et très courageux autour de deux jeunes Albanais en mal d’existence en Grèce, pays où ils sont pourtant nés, d’un père grec les ayant abandonnés sans les reconnaître alors qu’ils étaient encore bébés. Après le décès de Jenny, leur mère, immigrée albanaise, dévorée par l’alcool et devenue chanteuse en Grèce, le jeune Dany, 16 ans (ou, plus exactement, « 15 ans, 9 mois et demi » !), au look néo-punk efféminé, tout en mèches peroxydées, piercing aux oreilles, fringues et bracelets fluos, et aux faux airs de Xavier Dolan, quitte la Crète pour rejoindre à Athènes son frère aîné Odysseas (Ody) qui, lui, a presque 18 ans. Dany, homo affirmé, se prostitue à l’occasion pour vivre. Volontiers excentrique, il a toujours des sucettes en bouche et son lapin « Dido » comme compagnon. Son frère Ody, qui travaille dans un fast-food, hétéro convaincu, est, lui, plus calme et réservé. Ils sont tous deux fans de chansons italiennes, notamment celles que chantaient leur mère et Pati Pravo, célèbre diva italienne des années 1970.
Les retrouvailles entre les deux frères sont d’abord difficiles et tendues. Dur, pour Ody et Dany, d’être reconnus et insultés en tant qu’Albanais venant manger le pain des Grecs – et davantage encore comme « pédé ». Koutras reconstitue parfaitement les « ratonnades » et autres « casses de pédés » perpétrées à Athènes par les fachos d’Aube dorée, de même que la complaisance des policiers à l’égard de ces militants fascistes. Les homos pestiférés sont obligés de se planquer dans des boîtes gays souvent sinistres et les étrangers de vivre dans des squats sordides, en cherchant un peu d’aide auprès d’associations et d’avocats dévoués, telle la pulpeuse avocate Antigone du film.

Un climat que les deux frères, une fois leurs tensions et règlements de compte un peu retombés, préfèrent fuir pour partir à la recherche de leur père biologique qui, s’il les reconnaissait, pourrait leur assurer la nationalité grecque. Ainsi, Ody va finalement se joindre à Dany dans un périple, précipité par une bagarre qui tourne mal, en direction de Thessalonique. Il s’agit de retrouver d’abord le cabaret où a officié leur mère, de rencontrer leur père, mais aussi de se qualifier pour participer à un concours de chant. Ody rêve en effet, sans doute en souvenir de sa mère, de participer à la prochaine « Greek star », un télé-crochet façon « Nouvelle star ».
Au cours de cette épopée, véritable quête initiatique aux multiples desseins, les deux frères se retrouvent dans un hôtel dévasté en pleine forêt. Ils vivent ici pleinement comme deux gamins une complicité qui leur a tant manqué. Cet hôtel appartenait à la chaîne de luxe Xenia, célèbre du temps de la supposée prospérité de la Grèce. Mais Xenia, c’est surtout le mot grec désignant l’hospitalité que chacun doit aux étrangers – un principe majeur de la Grèce antique. Xenia sonne un peu bizarrement aujourd’hui dans ce pays où le droit du sang prime désormais sur le droit du sol. Un pays qui de plus n’accorde aucun secours ni droit aux demandeurs d’asile, contrairement aux directives européennes et aux accords de Dublin !
Lors de ce road movie au rythme endiablé, Dany et Ody découvrent effectivement le cabaret où leur mère se produisait du temps de sa gloire. Ils retrouvent ainsi le patron Tassos, un personnage haut en couleur, sorte de « vieille folle ratée », selon Dany. Tassos est superbement campé par Aggelos Papadimitriou. Ce Tassos les met sur la piste du père, qui serait un certain Lefteris Christopoulos, devenu un militant d’extrême droite.
Le film s’achève – sans se terminer – par la prestation d’Ody à la « Greek star » et les retrouvailles plutôt trashs avec un père supposé. Peu importe d’ailleurs, l’aventure continue… Dans leur quête, peuplée de fantasmes véhiculés par des effets spéciaux oniriques et humoristiques, seul compte au fond pour Dany et Ody leur chemin parcouru avec leur volonté de ne jamais se résigner. L’important pour eux est de poursuivre leurs chimères, qu’il s’agisse d’un grand lapin blanc en peluche, d’une chanteuse ringarde ou d’une figure paternelle.
Après ses précédents – et décapants – films, L’attaque de la moussaka géante (2000) et Strella (2009), et au-delà du message politique délivré dans Xenia, Panos H. Koutras nous offre ici une fable flamboyante à l’humour corrosif, flirtant parfois avec un certain fantastique, et pourtant bien ancrée dans la réalité contemporaine. Xenia est également une ode à l’amour fraternel, qu’il soit de sang ou spirituel. Un sujet rarement aussi bien traité au cinéma.
Le cinéaste a choisi pour incarner les deux frères des comédiens non professionnels, ayant affronté dans leur vie les problèmes évoqués dans le film et bien représentatifs de leur communauté. Il ne pouvait pas en être autrement pour Koutras, qui a par ailleurs la volonté dans ses films de faire jouer ensemble acteurs professionnels et non professionnels : « Pour moi, le casting est un véritable choix politique. » Kostas Nikouli et Nikos Gelia sont absolument époustouflants, ils ont mis tout leur être et leur sincérité dans cette belle odyssée et ses superbes moments d’altérité.

 

Critique "Critikat.com"




Après le délire super kitsch (L’Attaque de la moussaka géante, 1999) et la tragédie trans (Strella, 2009), le réalisateur grec Panos H. Koutras poursuit, pour son quatrième long-métrage (Real Life, le deuxième, n’ayant pas été distribué en France), l’exploration de ses thèmes de prédilections avec un voyage queer, une fantaisie sucrée à la trame narrative et aux motifs plus traditionnels que ses deux premiers ovnis. Un film, sélectionné à Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, qui semble promettre par cet aspect relativement classique de toucher une plus large audience.

Et c’est tant mieux. Depuis le début de la crise grecque en effet, on ne cesse de voir dans le renouveau de la cinématographie du pays des représentations plus ou moins surréalistes et sombres du quotidien sociopolitique hellène. Avec Xenia, l’ancrage naturaliste de la fiction se retrouve à un autre niveau : dans le processus de financement et de production du film même, dont le tournage a été mis en stand-by à l’automne dernier après le démantèlement, par le gouvernement, de la chaîne publique ERT, principal financeur des films dans le pays.

Voilà heureusement Xenia, ce film qui a failli ne jamais voir le jour mais a tenu grâce à la persévérance d’un cinéaste, cherchant à incarner ses obsessions et son imaginaire à l’écran. Fidèle à ses thèmes de prédilection : ambiance queer assumée voire délirante – cette fois un peu atténuée par rapport à la galerie de personnages des deux autres longs – mais aussi inlassable quête du père, et bien sûr disparités et inégalités de la société grecque, entre laissés-pour-compte (ces immigrés et marginaux par le prisme desquels les fictions sont toujours données) et grands bourgeois aux villas luxuriantes, Panos H. Koutras leur donne corps avec Xenia par l’intermédiaire de l’irrépressible énergie de la jeunesse.

Deux frères, Dany et Ody, se retrouvent à Athènes après la mort de leur mère, l’Albanaise Jenny. Elle avait perdu son titre de séjour et Ody, qui approche de sa majorité, risque l’expulsion vers un pays qu’il ne connaît pas. Les deux ados se lancent dans un road trip, de la capitale à Thessalonique, où un vieil ami de leur mère croit avoir retrouvé la trace de « l’Innommable » (leur père déserteur) – ironiquement devenu homme politique proche de l’Aube Dorée. Grâce à cette subtile concentration, dans la figure du père, des problèmes de nationalité comme d’identité des deux protagonistes, le réalisateur parvient à offrir une représentation assez rare du climat délétère ambiant dans le pays – ratonnades fascistes résumées en une scène d’une violence folle et saisissante, représentations des rues d’Athènes peuplées de clodos et de junkies... Mais aussi tableau plus qu’appréciable de ces communautés de marginaux qui s’associent – un monde où homos, Ukrainiens, Arabes, Albanais, se mélangent ou s’entretuent – en une scène de bagarre à la West Side Story moderne qui achève de montrer l’ambiguïté de cette situation, sans jamais chercher à en tirer des propositions politiques concrètes ou accablantes. L’idéal est ailleurs.

Le propos de Panos H. Koutras en effet est autre part, et si on lui sait gré de représenter avec bon sens ces dérives modernes, il en fait avant tout une toile de fond réaliste à partir de laquelle va déborder l’audace de sa fantaisie. Véritable traversée, au sens le plus littéraire du terme (le grand frère, Odysseas, porte le nom originel d’Ulysse, en grec ancien), Xenia est un film d’apprentissage à la trame narrative assez traditionnelle – la quête du père va bien sûr mener ces deux jeunes garçons de l’enfance à l’âge adulte – qui capte avec un plaisir fou et communicatif la liberté de l’adolescence.

Véritable éloge de cet âge dont on retrouve toute l’impertinence grâce au personnage de Dany, la fiction est racontée à travers le prisme de son regard : celui d’un chien fou libre comme l’air, qui passe son temps à sucer des bonbons sucrés... Il n’a pas de père (ne le cherchant que par intérêt : droit du sang et argent), plus de mère (dont la figure est joliment incarnée par son idole Patty Pravo, dont les chansons hantent tout le métrage), et figure à lui seul le sel de cette allègre fantaisie. Peu importe que les deux personnages trouvent ou non leur père : le voyage, la traversée se valent bien sûr en eux-mêmes.

Xenia est aussi et surtout un éloge de l’imagination – les décrochages de la fiction, qui tranchent notamment avec la radicalité des productions grecques actuelles, sont moins des décrochages surréalistes que des plongées dans l’imaginaire du personnage. Des plongées qui d’abord ne se donnent pas pour telles (voir l’excellent motif du lapin Dido, qui symbolise – c’est un peu facile, mais si bien amené… – la banale transition de l’enfance à l’âge adulte) et tranchent avec la tristesse du quotidien de ces inadaptés en tous genres. À l’hostilité de notre monde contemporain ils opposent, avec le sourire, une atmosphère récréative et salutaire, une ambiance très « couleur locale » – qui est en fait moins celle d’un lieu donné (la Grèce) que d’un monde personnel, imaginaire, délirant, qui revendique par-dessus tout la force des liens fraternels – au-delà même des liens du sang.

 



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