The homesman (VOST)

The homesman (VOST)

Film de Tommy Lee Jones (Etats-Unis - 2014 - 2h02) avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Hailee Steinfeld, Meryl Streep....





The homesman affiche uneEn 1855, trois femmes ayant perdu la raison sont chassées de leur village, et confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, là où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de Georges Biggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.
Ils décident de s'associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.






 

Critique "aVoir-aLire.com"


Trois enterrements, premier essai à la réalisation de Tommy Lee Jones, avait séduit la critique lors de sa présentation en compétition à Cannes, en 2005. Il allait y glaner deux récompenses, l’une pour le scénario, l’autre pour l’interprétation masculine. Une consécration pour le comédien qui montait en grade, mais il lui aura fallu tout de même attendre neuf ans pour monter son projet suivant, faute d’un script qui lui tenait vraiment à cœur et qu’il a trouvé dans l’adaptation du roman de Glendan Swarthout. C’est logiquement à Cannes, en compétition, que son deuxième long a l’honneur de faire sa première mondiale, avec un succès certain puisque le jour même de sa diffusion, la presse s’est vite emballée autour de ce western atypique sur le ciment mythique de l’Amérique du milieu du XIXe siècle, qui en prend pour son grade, comme dans Les Portes du Paradis de Cimino ou Rédemption de Winterbottom, deux autres oeuvres qui ont revisité cette époque en déboulonnant le mythe d’une nation unie autour d’un même rêve symbolisé par une avancée inexorable vers le Grand Ouest.

Dans The Homesman, Tommy Lee Jones pose sa caméra dans les étendues désertiques et les plaines d’Amérique, quelque part entre le Nebraska et l’Iowa. Une fois n’est pas coutume, le western, genre boursouflé de testostérone par excellence, est porté par une femme, puisque c’est Hilary Swank qui tient le rôle principal, celui de Mary Bee Cuddy, vieille fille brisée par la solitude et la frustration, échouée sur les berges du rêve américain. Elle a la lourde charge de partir à dos de cheval récupérer trois femmes ayant perdu la raison, trois victimes broyées par un système patriarcal sans foi ni loi, qui les a chassées de leur village, et qui doivent maintenant être ramenées à Miss Carter, jouée par l’impériale Meryl Streep, présente à peine cinq minutes à l’écran, pour une rédemption méritée.
Sur ce chemin de croix, dans un monde où l’hostilité est faite homme, elle rencontre George Briggs, en la personne de Tommy Lee Jones, brigand minable qui, pour une poignée d’argent, accepte de l’aider dans sa tâche. Le contraste entre les deux personnages est a priori marqué. D’un côté, Jones peint le portrait d’une femme courageuse et investie. De l’autre, il présente un mâle acariâtre et couard, qui n’a d’intérêt que son nombril. Malgré cette différence, ils vont toutefois trouver un terrain d’entente : la solitude qui les ronge et qui va susciter toute la formidable empathie au cœur du film. Dans ce monde de salauds, où l’intérêt personnel a pris le pas sur l’intérêt collectif, ces laissés-pour-compte du bonheur inspirent des sentiments de compassion, voire peut-être de pitié. Briggs en devient presque attachant quand le calvaire infernal de l’héroïne rend cette âme généreuse éminemment pathétique dans son destin. Tommy Lee Jones dresse un portrait impartial de chacun des deux protagonistes, jouant avec les faces sombres et lumineuses de chacun. Ces deux aspects qui marquent les chairs et burinent les peaux, imprègnent son film glacial et douloureux, mais aussi chaleureux et doux, notamment lorsque les personnages apprennent à se dompter et à s’attacher l’un à l’autre, ou virent à la mélancolie.

Dans The Homesman Tommy Lee Jones dresse un portrait sans concession d’une Amérique en construction où l’on fuit ici l’Ouest sauvage pour revenir vers la lumière d’une civilisation oubliée, située à l’Est. Un mouvement contre-nature dans l’histoire américaine, que Tommy Lee Jones accompagne d’une mise en scène élégante mais somme toute classique. Il compte sur la beauté des paysages sublimés par le chef opérateur Rodrigo Prieto et la magnifique composition musicale de Marco Beltrami, pour donner de l’allant à une oeuvre qui ne manque pas de souffle.
Des qualités qui devraient séduire au-delà de Cannes et pourquoi pas emballer l’académie des Oscars où la cohésion de Homesman, film d’auteur indiscutable mais également belle oeuvre populaire, saura trouver sa place.

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Deux jours, une nuit

Deux jours, une nuit

Film de Luc Dardenne et Jean-Pierre Dardenne (Belgique - 2014 - 1h35) avec Marion Cotillard et Fabrizio Rongione....





Deux jours, une nuit affiche uneSandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail.






 

Critique "La Croix"


Déjà auréolés de deux palmes d’or, reconnus dans le monde entier pour la force dépouillée de leur cinéma centré sur l’essentiel, les Belges Luc et Jean-Pierre Dardenne étaient de nouveau en compétition mardi 20 mai à Cannes avec Deux jours, une nuit, en salles dès ce mercredi 21 mai.

L’argument en est simple : Sandra, jeune ouvrière soutenue par son mari et une collègue bienveillante, se laisse convaincre de faire le tour des autres salariés de la société qui l’emploie, en un week-end, pour les convaincre de renoncer à leur prime et ainsi garder son travail. Relevant à peine de dépression, il lui faut surmonter la crainte qu’un contremaître manipulateur lui inspire et surtout, trouver la force de demander.

Nous n’en dirons pas plus car Deux jours, une nuit, porté par une Marion Cotillard transformée, remarquablement dirigée et pleinement investie dans son rôle, est une expérience bouleversante à vivre. L’une des prouesses – non la moindre – de la comédienne tient dans sa capacité à faire passer, avec beaucoup de justesse, toute la complexité d’un état mêlant extrême fragilité intérieure, sentiment de révolte qui ne trouve pas à s’exprimer et profonde dignité face à ce qu’il lui est donné de traverser.

Le cinéma des Dardenne, ancré dans le réel, sobre, économe de ses effets, fuyant toute facilité, atteint ici un degré rare de densité. Sandra sait aussi bien que les autres ce que signifie renoncer à cette prime de 1 000 euros.

Derrière cette trame inspirée par une Europe en crise, à travers les rencontres qui se succèdent, les cinéastes offrent une vertigineuse plongée au cœur de l’humain. Mains tendues, gêne, honte, regrets, excuses, refus agressifs… Un geste inattendu, une parole redonnent un peu d’espoir, mais l’abattement demeure : « Ils ont raison, j’suis rien du tout. »

Solidarité, générosité se brisent sur la dureté de la vie, les factures à payer. Habité de très beaux personnages, Deux jours, une nuit s’interroge aussi sur ce monde qui donne à chacun l’impression qu’il lui faut prendre la place d’un autre s’il veut travailler. On ne sort pas de ce film-là. On le garde en soi.

 

Critique "Critikat.com"


Mille euros ? Selon vos moyens, cette somme, cette question, vous éventre ou ne vous fait pas plus d’effet que le prix d’une nouvelle paire d’escarpins. Mais dans ce dernier cas, vous êtes minoritaire. Il manque 1 000 euros à pratiquement tout le monde aujourd’hui : à la fin de la semaine, du mois, de l’année. Mille euros, pour une écrasante proportion de citoyens, même européens, mêmes belges, c’est énorme, vital, indispensable. C’est une des premières qualités de Deux Jours, une nuit que de pratiquer la vérité de ces prix-là. A Seraing, ville-monde de Luc et Jean-Pierre Dardenne, 1 000 euros, c’est le montant d’un devis pour la construction d’une pauvre terrasse attenante à un pavillon ouvrier. Mille euros, c’est le montant pour un an de la facture de gaz et d’électricité. Dès lors, quand les 1 000 euros deviennent une prime suspendue comme à un hameçon au-dessus du vivier d’une petite entreprise de Wallonie, la déflagration humaine est atomique. Les salariés de la société Solwal doivent choisir par vote entre cette prime et le maintient parmi eux de leur collègue Sandra. Cette dernière, trop fraîchement remise d’une dépression, semble de toute façon avoir perdu les bons globules de la compétitivité aux yeux de son patron. Le choix de la prime est voté à la majorité de la dizaine d’employés, et pour Sandra, mariée, deux jeunes enfants, c’est par ici la sortie.

Dans la réalité de l’Europe en crise, l’histoire, le plus souvent, s’arrêterait là, dans un cul-de-sac en forme de chômage très prolongé. La beauté du geste cinématographique des Dardenne consiste à exercer une sorte de droit de suite. Non, ils ne veulent pas en rester là. Non, la fameuse idéologie capitaliste du «on n’a pas le choix» ne passera pas par eux. Poursuivre, c’est avancer à marche forcée, à temps compté, pister Sandra tout un week-end, au fil d’un porte-à-porte où, VRP d’elle-même, elle doit «vendre» l’invendable : que ses collègues, un par un, renoncent à la prime pour qu’elle puisse conserver son boulot.



Pour incarner cette rebelle du compte à rebours, il fallait une actrice de combat dans un corps de commando. Il n’est vraiment pas exagéré de proclamer que Marion Cotillard est une Sandra exceptionnelle, en donation totale et permanente de tout ce qu’elle est, non seulement pour aider un film à petit budget avec son aura de superstar internationale, mais aussi et surtout, entre incarnation et sublimation, pour faire vivre une personne, lui faire gagner ses galons de personnage, la rendre à la fois singulière et proche.

Comme une petite Rosetta devenue grande, Sandra est l’amie de nos propres tourments, la compagne de nos désarrois et de nos espérances, publics ou privés, la résonance du film propageant son irradiation bien au-delà d’un fait divers social localisé. A cet égard, on peine à imaginer le contraste, la disjonction, entre la présence très officielle du film à Cannes, ce confetti de privilèges au cœur d’un continent en crise, et le monde des Dardenne qui, à l’écran, le contemple.

Deux jours, une nuit ne montre pas du doigt, ne traite personne de salaud, il pousse même l’élégance jusqu’à ne juger personne et surtout pas le patron. Mais le face-à-face avec Cannes se fait sans sommation, et le film est une sorte d’astre Melancholia à lui tout seul : une météorite admirée aussi par ceux sur qui elle fonce. En cela, la liaison presque passionnelle entre Cannes et les Dardenne a quelque chose de déraisonnable et tragique. Entres les palmes d’or, grand prix, prix du scénario et d’interprétation, ce sont les cinéastes les plus récompensés de l’histoire de la compétition. Mais c’est bien là le tour de dingue qu’ils arrivent à renouveler et subjuguer. Dans ce dénuement, cette simplicité, cet atelier de vertus où se croisent et s’équilibrent les diagonales de l’humain, du social, de l’économique, du politique et du physiologique (craindre, trembler, pleurer, exulter), ils cisèlent un cinéma qui n’a rien à envier à la puissance mystificatrice d’un blockbuster. Sans les moindres effets spéciaux et avec un budget costumes extrêmement modéré, Deux jours, une nuit prend aux tripes avec violence, gifle nos sensibilités cognitives et confère à Sandra le charisme et l’aura d’une Wonder Woman.

Mais il ne faudrait pas que l’éloge sincère de la radieuse Cotillard fasse glisser dans son ombre son principal partenaire qu’elle ne domine jamais. Le film ne donne pas autant de place «héroïque» à Manu, le mari de Sandra, mais le fidèle Fabrizio Rongione (présent dès Rosetta, en 1999) occupe la sienne avec une intensité telle que l’union du couple devient une des conditions nécessaires au robuste canevas du film. C’est à deux qu’ils font front, aussi bien pour faire la pause sur un banc public en lapant des glaces en cornet que pour assurer l’intendance des enfants.

C’est une scène de banalité extraordinaire où l’on voit Sandra-Marion veiller au grain des lits bien faits et des peluches chéries disposées comme il faut sur les couvertures. Les enfants, tous les enfants, sont comme une infrapopulation qui grouille dans l’arrière-monde du film : enfants muets, témoins, soutiens, rappels à l’ordre. Comme s’ils jouaient collectivement le rôle de tous les films précédents des Dardenne où, souvent, de Gamin en Fils, l’enfance faisait le titre. C’est quoi un enfant ? Une promesse venue de la nuit, comme dans une chanson de Petula Clark : «Quand je ne dors pas, la nuit se traîne, la nuit n’en finit plus. Et j’attends que quelque chose vienne.»


 

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Barbecue

Barbecue

Film d'Eric Lavaine (France - 2013 - 1h38) avec Lambert Wilson, Franck Dubosc et Florence Foresti....




Barbecue affiche uneOpération à 4 euros pour tous


Pour ses 50 ans, Antoine a reçu un cadeau original : un infarctus. A partir de maintenant, il va devoir "faire attention". Or, Antoine a passé sa vie entière à faire attention : attention à sa santé, à ce qu'il mangeait, attention à sa famille, à accepter les travers de ses amis, et à avaler de trop nombreuses couleuvres… Désormais, il va adopter un nouveau régime. Mais en voulant changer sa vie, on change forcément celle des autres…






 

Critique "aVoir-aLire.com"


Après les improbables Bienvenue à bord, Poltergay et Protéger et servir, Eric Lavaine revient avec son oeuvre la plus aboutie. Il délaisse le loufoque franchouillard, les gags lourds, pour une comédie de potes loquace, douce-amère et attachante, où il est de bon ton de dresser un bilan personnel alors que la cinquantaine est franchie. Cela commence avec l’attaque cardiaque du personnage lisse de Lambert Wilson, joli cœur infidèle qui a passé son existence à vivre sainement, et qui, pour se venger des tours cruels du destin, décide de s’affranchir des anciens codes et de vivre pleinement son existence en se focalisant sur l’essentiel, les amis, la bonne bouffe et les vacances... Quitte à être un peu franc avec tout le monde et donc de déplaire, car, il n’a plus une vie devant lui, mais quelques décennies qu’il ne faut donc pas gâcher par une hypocrisie obséquieuse.

Barbecue est proche d’une bonne pièce de théâtre avec des sorties qui font mouche, des dialogues savoureux qui donnent la dynamique au récit, une quasi unité de lieu revigorante (l’essentiel se déroule dans les magnifiques Cévennes, dans un cadre idyllique baignant dans le soleil) et l’on assiste à de belles entrées d’acteurs qu’on n’avaient pas aimés autant depuis longtemps. Lambert Wilson, avec sa prestance habituelle, est impitoyable, Dubosc et Florence Foresti, en couple séparé, passent leur temps à se tirer à boulets rouges, Guillaume de Tonquedec retrouve la candeur de son personnage dans Le prénom... Il est par ailleurs impossible de ne pas penser à la pièce et au film d’Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, tant l’esprit, entre règlements de comptes et manifestations d’affection par les joutes verbales forgent la charpente d’une comédie bien loin des autres films d’Eric Lavaine que d’aucuns qualifieraient de nanars sympathiques.
Barbecue n’est peut-être pas un dîner de gourmet, mais en tout cas, c’est un morceau de choix dans la comédie française

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Le Promeneur d’oiseau (VF)

Le Promeneur d’oiseau (VF)

Film de Philippe Muyl (France - 2013 - 1h40) avec Li Bao Tian, Yang Xin Yi, Li Xiao Ran, Qin Hao....





Promeneur oiseau affiche une

Opération à 4 euros pour tous


Zhigen, a quitté son village du Guangxi il y a 18 ans pour accompagner son fils Chongyi à Pékin et lui permettre de faire des études à l’Université.
Chongyi est devenu un architecte célèbre, marié à Qianing - riche et belle femme active- ils ont une fille unique Renxing élevée dans le luxe et la modernité d’une grande métropole chinoise.
Pour tenir la promesse qu’il avait faite à sa femme lors de son départ, Zhigen, décide de faire le grand voyage de Pékin à Yangshuo afin de ramener à son village l’oiseau qui a été son seul compagnon durant toutes ces années passées loin de chez lui.
QIANING, sa belle-fille, lui demande d’y emmener sa petite fille Renxing.
Tandis que ces deux personnages cheminent, Zhigen vers ses souvenirs, Renxing vers la découverte de ses origines, Chongyi et Qianing, au bord de la rupture, se penchent sur le sens de leur vie uniquement axée sur la réussite et l’argent.







 

Critique "aVoir-aLire.com"


Tous les chemins mènent en Chine : en effet, le succès colossal du film Le Papillon (sorti sur les écrans français en 2002) auprès du public de l’Empire du milieu permet aujourd’hui au réalisateur Philippe Muyl de filmer une nouvelle histoire, mais cette fois-ci avec des acteurs chinois qui évoluent dans un film tourné exclusivement en chinois au cœur de paysages chinois. Alors que Le Papillon mettait en scène la rencontre entre un septuagénaire joué par Michel Serrault et une petite fille curieuse et espiègle interprétée par Claire Bouanich (qui a également joué dans un téléfilm intitulé La promeneuse d’oiseaux - un signe ?), cette nouvelle production s’intéresse à la transmission du savoir de génération en génération, alors que l’intérêt pour la nature est biaisé au profit des téléphones portables et autres objets électroniques qui remplissent le quotidien.La petite Renxing est une vraie citadine. Âgée de dix ans, elle a un emploi du temps calculé à la minute, entre l’école, ses leçons de danse, de piano, de chant... Ne se séparant jamais de son iPad, elle n’a pas une minute à elle et fait la fierté de ses parents, qui cherchent avant tout à l’occuper pendant qu’ils sont tous les deux au travail. Évoluant dans de grandes entreprises, ils sont tellement accaparés par leurs projets et leurs réunions qu’ils négligent leur fille et leur relation de couple. Ce quotidien réglé comme du papier à musique connaît malgré tout un bémol lorsque les vacances scolaires arrivent et que la nourrisse s’accorde un congé. Entre le père qui s’acharne sur un gros contrat et la mère qui doit partir à Paris pour ses affaires, qui va donc s’occuper de Renxing ?

C’est là que le grand-père fait son apparition. Veuf, pauvre et passionné par les oiseaux, il n’a pas vu sa petite-fille depuis qu’elle a échappé à sa surveillance dans un marché, ce que le père de l’enfant ne lui a jamais pardonné. C’est donc sans prévenir le père de Renxing que la mère de la petite lui confie l’enfant pour une semaine. Traînant au début des pieds, elle va découvrir l’histoire de sa famille, quitter la ville polluée pour visiter la campagne chinoise et créer des liens très forts avec un grand-père qui va lui apprendre l’importance des relations familiales et lui révéler la beauté de la nature, toujours accompagné de son fidèle volatile.

Ce voyage initiatique est l’occasion de mettre en parallèle deux époques et deux manières de penser, afin de mettre en valeur l’évolution des mœurs. Les liens sacrés du mariage sont notamment évoqués : alors que ses grands-parents étaient séparés de nombreux mois, entre sa grand-mère qui restait dans son village natal et son grand-père qui travaillait sur les chantiers dans une ville en construction, la petite fille découvre que le couple n’a jamais pensé à se séparer pour autant. A l’inverse, ses parents évoquent le divorce car ils ne supportent plus le rythme effréné de leurs emplois respectifs. Se voyant pourtant tous les jours ou presque, ils se croisent sans se voir vraiment. L’absence de leur fille est justement l’occasion pour eux de faire une mise au point, bien délicate cela dit car ils parlent d’une décision capitale pour leur famille uniquement au téléphone.
Autre point de divergence : la valeur sentimentale accordée aux animaux, aux maisons ou encore aux objets du quotidien. Alors que le grand-père se contente de peu, il ne peut que constater que sa petite-fille est totalement démunie lorsque, au cœur des rizières, elle ne peut plus utiliser sa tablette ou son téléphone faute de batterie. Lui apprendre à s’amuser avec peu, en profitant de la présence d’autres enfants sans se plonger dans ses écrans est l’objet de tout un apprentissage, bénéfique d’ailleurs puisqu’elle découvre de nouvelles valeurs et de nouveaux jeux qui ont l’air de la combler.

Chaque étape menant de Pékin à la maison familiale, où le grand-père veut se recueillir sur la tombe de sa femme, est l’occasion de découvrir d’autres habitudes, d’autres manières de penser et de revenir sur l’histoire familiale afin d’expliquer à la petite fille d’où elle vient. N’étant qu’une ombre parmi tant d’autres dans une ville grouillante où, du haut de ses dix ans, elle n’a pas de temps à accorder à des loisirs ou à de simples amusements, Renxing oublie pour un temps la pression familiale qui s’abat sur elle en raison de la politique de l’enfant unique. Concentrant d’habitude tous les espoirs de ses parents, elle devient une enfant ordinaire grâce à son grand-père, en multipliant bêtises, jeux et confidences avec d’autres enfants.
De simples vacances, cette semaine avec son grand-père devient rapidement une quête d’identité où elle découvre des valeurs dont elle n’avait pas idée et où elle finit par commettre un acte d’amour envers ce papi qu’elle adore, ce qui montre à quel point elle a changé en seulement quelques jours. Laissant au bord de la route égoïsme, excentricité et sentiment de solitude, elle se rend compte qu’elle fait partie d’une famille et que ce patrimoine ancestral est bien plus précieux que les objets dont elle s’entoure. Fière de ce constat, elle va aider à reconstruire une famille jusque-là éparpillée.

En filmant cette rencontre entre un grand-père et sa petite-fille au cœur des magnifiques paysages chinois, Philippe Muyl permet de s’émerveiller de ce lien qui se crée entre générations mais également de la beauté de la Chine. Forêts, clairières, rizières, lacs... Sa caméra se pose au plus près des éléments pour en distinguer toutes les couleurs, contrastant ainsi avec la grisaille des métropoles. Le film est une invitation au voyage et à la découverte, incitant à respirer l’air pur de la campagne où les oiseaux émettent des sons familiers et poétiques. Véritable renaissance pour un aïeul qui se sentait jusque-là bien seul, cette aventure inattendue incite à partir loin, à la recherche de ses racines et à la conquête de son histoire personnelle. Une chance, vraiment, si cela vous mène dans des contrées lointaines, avec dans les oreilles le chant mélodieux d’un oiseau.

 

Critique "La Croix"


Un père en voyage d’affaires à Tokyo, une mère à Paris, une nounou qui marie son fils dans leur province… Faute d’autres solutions de garde, la jeune Renxing, 8 ans, part pendant les vacances avec son grand-père paternel, Zhigen, qu’elle n’a pas vu depuis quatre ans.

Il veut revenir dans son village avec son oiseau pour tenir une promesse faite à sa femme décédée depuis. Sa petite-fille, citadine ultra-privilégiée de Pékin, ne dissimule pas sa réticence à voyager sans confort avec ce vieil homme, un quasi inconnu pour elle.

Réalisateur comblé par l’accueil public de l’adaptation sur grand écran de la pièce d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Cuisine et dépendances, Philippe Muyl a connu aussi un immense succès en Chine avec Le Papillon en 2002. De sa rencontre avec un producteur français installé sur place, Steve René, est né en 2009 le projet d’y tourner un film.

Philippe Muyl ne parle pas la langue, ne connaît pas la culture. Pourtant, il relève le défi, prend des cours de chinois intensifs, s’imprègne du pays. L’écriture du scénario prend du temps : il faut vérifier chaque détail (se serre-t-on la main pour se saluer ?), chaque ressort de l’intrigue (comment se traduit le conflit entre un père et un fils quand le confucianisme impose le respect des aînés ?). De cette longue immersion dans une Chine aux contrastes saisissants surgit une intrigue universelle.

Quoi de mieux pour rapprocher un grand-père et sa petite-fille que de se passer des parents ? Entre eux deux, le chemin à parcourir est long. Coupable de l’avoir perdue sur un marché aux oiseaux, Zhigen doute de bien savoir s’occuper d’elle. Habituée au cadre luxueux de sa vie à Pékin, où son père est un architecte renommé, Renxing accepte mal les trajets interminables, les moustiques, les pannes de bus…

Peu à peu, elle se détache de son téléphone portable et de sa tablette, ouvre les yeux sur la campagne, les chenilles colorées, les buffles imposants, son grand-père. Vive et futée, elle joue des technologies dont elle est familière depuis toujours pour être en lien avec ses parents ou les mettre à distance.

Malgré ses tâtonnements, Zhigen trouve la voie d’une complicité avec cette enfant unique, enfermée dans une cage dorée. À l’inverse de ces retrouvailles, le couple des parents, accaparés par leur vie professionnelle, menace de voler en éclats.Si le film évite de justesse l’écueil du manichéisme ville-campagne, modernité-tradition, notamment par l’humour, il réussit le récit tendre d’une rencontre entre deux générations qu’une brouille et une ascension sociale fulgurante ont éloignée.

Li Bao Tian interprète un grand-père bourru et chaleureux avec justesse. Yang Xin Yi excelle à faire passer le personnage de Renxing de la petite peste à la fillette dégourdie et attachante.

Ils évoluent ensemble dans une Chine idéale, exemptée de toute critique, loin de celle que montre habituellement le cinéma. Passent d’un Pékin ultramoderne aux campagnes sublimes de la province du Guangxi, avec ses rizières en terrasses et ses villages traditionnels en bois.

À voir en famille, toutes générations confondues.

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X Men: Days of Future Past (2D)

X Men: Days of Future Past (2D)

Film de Bryan Singer (Etats-Unis - 2013 - 2h12) avec Michael Fassbender, James Mcavoy, Jennifer Lawrence....





X-Men-Days-of-Future-Past-Affiche-France-Finale uneLes X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un événement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.









 

Critique "Les Inrockuptibles"


Jamais, peut-être, un blockbuster destiné majoritairement à un public adolescent ne s’était ouvert dans un tel climat de saccage. Sur une terre annihilée, réduite à une montagne de cendres jonchée de cadavres et de crânes évoquant l’apocalypse de Terminator, le nouvel épisode de la saga X-Men débute par un massacre : un affrontement entre les mutants et des robots sentinelles, qui s’achève par la mort brutale de chacun des héros.

Ces images, dont la déflagration inouïe retentira sur tout le film, indiquent bien le nouveau chemin emprunté par Bryan Singer, de retour aux commandes de la franchise : avec lui, X-Men devient une tragédie plus grave et plus amère, le grand mélodrame mutant qui manquait encore à la série.

Situé dans un futur lointain, X-Men – Days of Future Past met en scène un monde ravagé, où le Professeur Xavier et ses acolytes mènent une guerre contre des robots créés pour annuler leur pouvoir. Une seule issue s’offre alors aux superhéros : renvoyer Wolverine dans le passé, direction les années 70, pour empêcher l’invention des machines meurtrières.

Comme dans le précédent volet, la reconstitution d’époque est l’un des charmes pop du film, qui déploie un même esprit de bande très Mission: Impossible et découvre de nouveaux personnages, dont l’ultrarapide Quicksilver, au centre de l’une des scènes d’action les plus sophistiquées de la saga.

Mais la légèreté du pastiche seventies est ici contrariée par la noirceur du film, par la menace d’une catastrophe qui pèse sur ses héros mutants, dont le souci est moins de s’accommoder à leur pouvoir (c’était l’axe teen-movie du précédent volet) que de les sentir disparaître.

Ce sentiment de perte qui travaille tout le film, Bryan Singer le traduit par une idée formelle simple et merveilleuse, selon laquelle la fin des pouvoirs des mutants coïncide avec la fin du numérique. Dans deux scènes, qui ouvrent et clôturent l’épisode, un déferlement d’effets spéciaux et de couleurs laisse ainsi place à des plans nus, vides de toute présence, comme des trouées mélancoliques à l’intérieur d’un blockbuster singulier et gracieux.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


En une semaine se succèdent Godzilla et X-Men : Days of Future Past, deux productions qui s’opposent sur tous les points, tout en essayant de rallier un public large. Le premier est un produit de marketing, qui vend une icone préhistorique aperçue 10 minutes dans un film à la gloire d’effets spéciaux tonitruants, détruisant de façon systématique toutes velléités psychologiques ; le second est un blockbuster total, chef d’oeuvre du genre, avec son lot d’effets spéciaux époustouflants qui ne préexistent jamais sur la psychologie des personnages, puisqu’il est difficile de faire exister davantage des super-héros dans une production de ce genre où les images de synthèse ne viennent que renforcer leurs tourments...
Leur lutte pour la survie de leur évolution, leur combat pour le droit à la différence, sujet cher au cinéaste Bryan Singer, servent de matrice à une oeuvre sombre, qui démarre sur les chapeaux de roues, avec les images douloureuses d’un génocide mutant. On se situe donc loin des scènes de psychologie guimauves de Godzilla où le héros est un militaire, son épouse une infirmière (sic), avec autour deux, régulièrement, des enfants pour niveler le spectacle vers le bas, à savoir un public familial peu exigeant, auquel X-Men ne veut pas se vendre de façon aussi schématique...

Oubliés donc les deux Wolverine maladroits dont ont accouché la Fox et Marvel à l’écran. Hugh Jackman reprend du service pour de bon, en "terminator" envoyé du futur pour corriger la vengeance fatale de Mystique (la mutante protéiforme jouée par Jennifer Lawrence), en l’occurrence un meurtre commis sur un assassin de Mutants, qui va précipiter une guerre sans pitié contre l’espèce d’humains évolués que représentent les mutants. On en découvre notamment les terrifiantes conséquences lors d’une impressionnante séquence d’introduction, où une poignée de mutants sont regroupés, parmi lesquels Tornade, Magneto et Professeur X, tous sur le point d’être éradiqués définitivement de la surface d’un monde de ténèbres, jadis baptisée "Terre"... Le ton est immédiatement donné. Celui d’un miracle artistique dans un genre bouffé par l’esbroufe (Man of Steel) et torpillé par le second degré (la plupart des Marvel, notamment les Iron Man).
Si le réalisateur Bryan Singer revient aux commandes d’une série qu’il propulsa avec deux premiers numéros de qualité, et si l’on croise quelques stars de la première franchise, notamment Tornade/Halle Berry (finalement assez peu exploitée ici), l’on se retrouve surtout face à la suite logique du brillant X-Men : le commencement. Singer se refuse à faire table rase du travail remarquable de son prédécesseur, Matthew Vaughn, et poursuit les efforts de reconquête d’une franchise vraiment mise à mal par un 3e volet médiocre (X-Men l’affrontement final) et des spin-off pathétiques. On y retrouve le même goût pour l’aventure historique, l’action épique, l’émotion pure et saine, et surtout des enjeux personnels et psychologiques qui imprègnent les images d’une dimension inédite. Singer ne cherche par conséquent jamais à copier dans le ton la réussite de la trilogie du Dark Knight par Nolan... Son X-Men vole de ses propres ailes, loin du schéma simpliste des Avengers, rabâché au cinéma depuis trop longtemps, ou de la stérilité adolescente des derniers Spider-Man.

Gagnant sur tous les tableaux, à l’exception de quelques décors du "futur" un peu ringards, et délivrant de vraies scènes d’anthologie (la libération d’Erik d’une prison du Pentagone offre un effet de bullet time bluffant, on n’oubliera pas non plus la séquence parisienne !), X-Men : days of Future Past est la réussite adulte que l’on n’osait plus attendre dans le blockbuster estival hollywoodien. Le glamour sixties de Jennifer Lawrence est surtout infiniment sexy, Jackman peut enfin déployer tout le charisme inhérent à son personnage culte forgé dans la souffrance, James McAvoy et Michael Fassbender apportent de leur côté une maturité essentielle à ce spectacle total qu’il nous tarde déjà de revoir... Courez-y, cela vous réconciliera pour de bon avec le grand spectacle américain après quelques années d’embarras pour une industrie basée sur l’ersatz ronflant.


 

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Conversation animée avec Noam Chomsky (VOST)

Conversation animée avec Noam Chomsky (VOST)

Film de Michel Gondry (France - 2013 - 1h28)avec Noam Chomsky et Michel Gondry


 

CONVERSATION+ANIMEE+AVEC+NOAM+CHOMSKY affiche une- Version Originale Sous-Titrée


Opération à 4 euros pour tous


A travers une série d'entretiens, Michel Gondry illustre, au sens propre comme au figuré, les théories de Noam Chomsky, ainsi que les moments personnels que Chomsky révèle, dans un film d'animation, où la créativité et l'imagination de Gondry se mettent au service de la rigueur intellectuelle de Chomsky.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"



Encore une fois, ce n’est pas exactement là qu’on attendait Michel Gondry. Et pourtant, il y a quelques années, le cinéaste bricoleur avait déjà préparé le terrain : début 2010, entre Soyez sympas, rembobinez (2008) et The Green Hornet (2011), la planète cinéma voyait arriver en salles avec surprise un documentaire minimaliste signé Gondry, portrait poignant de sa tante Suzette intitulé L’Épine dans le cœur. Or, c’est précisément sous cet angle – art du dévoilement qui ne dit pas son nom - qu’il traite Conversation animée avec Noam Chomsky. Ainsi, même si le but du documentaire est bien de présenter Noam Chomsky, à l’automne de sa vie, et de lui rendre hommage, c’est aussi l’occasion pour le réalisateur de dévoiler au spectateur une part de son intimité, de se révéler à travers l’interprétation de l’œuvre du philosophe. De ses autres œuvres, on retrouve avec plaisir la marque de fabrique : l’appétence pour une construction a priori chaotique mais dont la logique en réalité imparable se révèle sur la longueur. Une composition arty qui n’a vraiment rien de la coquetterie et qui montre que Gondry n’est pas un documentariste ordinaire. D’ailleurs, il faut interpréter le titre Conversation animée avec Noam Chomsky de façon littérale : d’un bout à l’autre, le cinéaste se joue du classique champ-contre-champ parsemé d’images d’archives et rompt avec la standardisation. À contre courant, l’ensemble s’apparente à une succession de séquences animées au milieu desquelles émerge de temps à autre en médaillon le visage du linguiste-philosophe.


L’intérêt de Conversation animée avec Noam Chomsky est de tisser une sorte de work in progress via la réflexion du cinéaste sur l’œuvre du philosophe, avec tout ce que cela implique de ratures et de digressions plus ou moins pertinentes. À mesure que le film avance, Michel Gondry décode avec nous les circonvolutions de la pensée de Chomsky, tantôt en forçant un peu les portes, tantôt en mettant le point sur un angle inédit. Or, la force de ce procédé est que même les personnes ne connaissant que très vaguement la trajectoire du penseur ne sont pas désarçonnées, ou à de très rares exceptions. En somme, Gondry parvient à donner un véritable aperçu, personnel et stylisé, de l’un des plus brillants cerveaux de notre époque, à rappeler que l’influence de cet homme ne se limite pas seulement aux bancs de l’université mais s’étend bien au-delà. Quel que soit le sujet abordé, d’Aristote à l’holocauste en passant par Galilée, Newton, l’origine du langage ou Descartes, les illustrations animées du réalisateur ne trahissent ni ne vulgarisent jamais en rien la complexité de sa pensée. Mieux : ces dernières font parfois volontairement faire fausse route au spectateur afin qu’il se heurte empiriquement à la difficulté et à la sophistication des concepts évoqués, souvent loin d’être aussi évidents qu’ils y paraissent. Des cheminements alambiqués révélant par là même, en filigrane, le rapport de Gondry à la créativité, sa façon de caractériser les tréfonds du langage. En superposant ses dessins à la parole du penseur, il s’adonne consciemment ou non au making of de son propre travail, comme s’il s’agissait de divulguer la matière parlée dont sont faites ses expérimentations plastiques, le point zéro de son écriture. À la différence près que le matériau initial utilisé pour donner forme aux animations n’est pas le sien. À ce propos, hormis le fait que Gondry ait toujours eu un penchant pour l’art brut et les formes minimalistes, les dessins enfantins ne sont pas un hasard. Car pour Chomsky, si les enfants intègrent aussi facilement les opérations complexes du langage, c’est parce qu’ils possèdent déjà de façon innée les principes les guidant dans la construction de la grammaire de leur langue. De fait, nos cerveaux seraient selon lui prédisposés à des structures particulières de langage, des principes syntaxiques – comme une grammaire universelle - que l’on retrouverait dans les 5 000 ou 6 000 langues de la planète. Grammaire universelle que Gondry illustre avec brio par le biais de ses dessins enfantins.
Des difficultés, malgré tout, pour comprendre certaines allusions abordées par Chomsky ? Pas d’inquiétude, c’est la même chose pour Gondry, archéologue parfois à la peine. Heureusement, l’animation, moyen de communication hors pair, est là pour rattraper le coche. Au fil de l’échange, l’américain ne manque d’ailleurs pas de prendre le crayon du réalisateur pour expliciter ses interventions. Une technique en laquelle le français, lorsqu’il s’adresse au spectateur, est passé maître puisqu’à aucun moment son regard ne vient cloisonner la réflexion sinon suggérer quelques pistes poétiques, notamment au sujet des mécanismes obscurs de l’imagination. Une dimension onirique qui trouve son point d’orgue au moment où Noam Chomsky parle de sa femme défunte, séquence qui n’est pas sans rappeler les plus beaux instants de la carrière de Gondry. Dense, étonnant, fascinant, amusant : Conversation animée avec Noam Chomsky est un exercice de style comme on en fait peu, une nouvelle pièce maîtresse à classer parmi les œuvres les plus extraordinaires de la filmographie de bric et de broc de son créateur.



Critique "Les Inrockuptibles"


Conversation animée avec Noam Chomsky appartient à la lignée buissonnière – la plus réjouissante – de Michel Gondry, celle qu’il s’autorise à emprunter régulièrement entre deux “gros films”. Après l’exténuant Ecume des jours et avant, espère-t-on, l’adaptation du monumental Ubik, le cinéaste s’est ainsi “offert” – c’est vraiment le terme – une conversation avec Noam Chomsky, le linguiste le plus important du XXe siècle.

Pour Gondry, petit film n’est pas synonyme de moindre ambition : quatre années durant, il a illustré deux longues séances d’entretien de ses propres dessins, animés patiemment, feuille par feuille, dans la solitude de son atelier. Un travail de titan, qui frappe d’abord par son aboutissement plastique : à condition d’être sensible à ce type d’animation artisanale, le film est une splendeur visuelle, d’une densité parfois intimidante (il faut le voir en salle), mais à la hauteur de la complexité du discours de son interlocuteur – peut être trop d’ailleurs, on y revient.

Le savant, de sa voix grave et monocorde (pour tout dire envoûtante), répond ainsi aux questions candides du novice à l’accent frenchy, qui avoue à plusieurs reprises se sentir idiot, ou du moins incompris, du fait de la barrière de la langue… Gondry aurait pu enlever ces ratures, ne laisser entendre que les passages fluides. Or, non seulement il les garde – comme il laissait, par souci de sincérité, les faux raccords et les “erreurs” dans The We and the I –, mais il y revient sans cesse par la voix off : “Voici ce que j’ai voulu dire, voilà ce que je pense.” Si le film est animé, en outre, c’est que le procédé lui paraît moins manipulateur que la simple continuité dialoguée, du fait que le spectateur, selon lui, aurait ainsi conscience d’être devant la vision d’un créateur.

Profession de foi naïve – l’animation finit elle aussi par créer un effet de réel trompeur, ni plus ni moins que les prises de vues –, mais qui dit bien l’ambition de Gondry, la même que dans tous ses films : donner à voir l’intérieur de son propre cerveau. Dans l’opération, la pensée de l’éminent professeur y perd en clarté et finit hélas un peu cannibalisée par le flot d’images.

On peut s’en agacer, regretter que le cinéaste refuse de s’effacer devant son sujet, mais il a au moins la sincérité de ne pas avancer masqué : c’est une conversation, pas un éloge. Surtout, il offre à Chomsky, par des questions personnelles (sur son enfance, sur sa femme) auxquelles ce dernier répond pudiquement, ce qu’il sait le mieux faire : une communion miraculeuse.

 

Critique "Libération"




Michel Gondry est-il un petit, un bon, un grand, un génial cinéaste ? Il est sans doute trop tôt pour trancher. Et, au fond, la question est assez peu intéressante. Ce qui est sûr, c’est que c’est l’un des plus grands modernes dont dispose l’actuel cheptel du cinéma français. Moderne, dans son cas, n’est pas une pose esthétique. Ce n’est pas non plus une obsession de l’avenir, une futurologie. C’est, au contraire, une manière d’empoigner le présent dans l’extraordinaire variété des formes, des occasions et des moyens qu’il a à lui offrir.

La modernité de l’artiste Gondry est de ce point de vue luxuriante. Pas simplement parce qu’elle virevolte d’un clip pour les Daft Punk à une adaptation de Boris Vian, du premier film expérimental de Jim Carrey (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) à un documentaire cévenol sur sa tante institutrice, d’une expo-atelier à Beaubourg à l’adaptation d’un comics pour Hollywood , mais surtout parce que Gondry déploie un talent incomparable pour débusquer sans cesse des solutions contextuelles à chacun de ses projets. Certes, il y a une patte Gondry, un style souvent reconnaissable, mais c’est un style très extensif, souple, adapté aux situations et toujours en quête d’invention, de renouvellement, voire de contradiction.

La modernité de Gondry s’accommode par exemple très bien d’une forme de rusticité, telle que le cinéaste en a pris l’option pour Conversation animée avec Noam Chomsky. Gondry a consacré plus de quatre ans à ce projet, mené en parallèle à ses activités plus mainstream, l’entamant durant le montage du Frelon vert et l’achevant pendant l’écriture de l’Ecume des jours.

Filmé avec une caméra Bolex 16 mm, et au son de son ronronnement peu discret, ce documentaire animé à la main, sans trucage autre que les techniques traditionnelles de l’image par image, est l’une des plus excitantes expériences de cinéma scientifique menées ces dernières années. Les moyens manifestement très modestes de cette production ne sont pas une servitude mais une option libre et personnelle, qui devient le levier même dont le film se sert pour nous propulser, et lui avec, dans un monde presque enfantin de bulles et de gribouillis, de croquis aux couleurs primaires et de dessins tracés d’un trait. Sommaires mais efficaces, ces animations donnent toute sa forme, humble et ludique, au projet. Cette forme, fatalement placée au premier plan de l’image, nous saute aux yeux, mais elle est pourtant tout à fait secondaire au propos, qu’elle ne dévore jamais. Elle vient appuyer, illustrer, exemplifier et parfois chatouiller la parole de Noam Chomsky, fameux électron du MIT, linguiste et logicien, spécialiste en sciences cognitives et militant notoirement engagé à gauche, philosophe se définissant comme «anarchiste pacifiste» et forgeron d’innombrables concepts, dont celui de «grammaire générative», qui donne son morceau de bravoure à ladite conversation.

Que celle-ci soit intellectuelle ne doit pas faire fuir : Gondry est un Candide sincère, qui expose ses fragilités, accusées par son anglais imprécis - et l’accent de Maurice Chevalier… Il bafouille, s’égare, se trompe parfois, empourpré par la timidité (il se figure alors en petit bonhomme tout rouge). On met quelque temps à s’apercevoir qu’il maintient quand même, envers et contre tout, un fil curieux et têtu à cette discussion. Un fil qui veut donner une plateforme aux idées du penseur, les mettre en scène avec fraîcheur pédagogique, et qui cherche en même temps à tracer un profil humain. Chomsky confie ainsi une foule d’informations personnelles et parfois intimes, racontant ses premiers souvenirs, son enfance, sa vie familiale ou ses débuts d’universitaire. Placée sous le signe des premières fois (impressions, émotions, idées ou contacts), la série d’entretiens conduit finalement le cinéaste et son éminent sujet vers une proximité, parfois une émotion, qui, dans les premières minutes, ne semblaient pas du tout gagnées.

Si Gondry reste un créateur si imprévisible et intéressant, c’est peut-être parce qu’il ne développe ni les complexes ni l’arrogance si souvent constatés dans le paysage du cinéma français. Cela n’exclut pas le doute, comme le cinéaste l’exprime lui-même à plusieurs reprises dans Conversation… ajoutant encore une dimension à son singulier travail d’animation documentaire. Gondry estime que cette petite aventure aura au total coûté environ 100 000 euros, prélevés sur sa cassette personnelle. Film bricolé, fauché, intello ? Peut-être, mais quand on lit une connerie aussi énorme et assumée que «la politique, je suis contre», émise par Lisa Azuelos, l’une des meilleures gagneuses du cinéma français (Libération du 22 avril), on se dit qu’il est temps de choisir son camp, et on se rue dans le cabanon de Gondry.




 

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Franz et le chef d’orchestre

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