Se battre (en présence du réalisateur)

Se battre (en présence du réalisateur)

Documentaire de Jean-pierre Duret et Andrea Santana (France - 2013 - 1h33)




Se battre affiche une- Séance en présence du réalisateur


Aujourd’hui, pour plus de 13 millions de Français, la vie se joue chaque mois à 50 euros près. Derrière ces statistiques, se livrent au quotidien des combats singuliers menés par des hommes et des femmes qui ont la rage de s’en sortir et les mots pour le dire. À leurs côtés, des bénévoles se donnent sans compter pour faire exister un monde plus solidaire.







 

Critique "Le Nouvel Observateur"


Avec ses poings, avec ses pieds, avec ses coudes et ses genoux, sur le ring Eddie se bat. Il le dit, dans la vie comme pour la boxe, il faut avoir une stratégie. Eddie est encore presque un gamin, c'est à lui qu'il revient d'ouvrir ce film qui montre des gens en lutte. Sans crier, sans faire de bruit, sans se plaindre, tous gens de Givors, 20 000 habitants, 450 kilomètres de Paris, du côté de Lyon. Tous en situation difficile, comme cette femme qui se sent "exclue de tout", qui depuis deux mois ne peut plus lire - pas d'argent pour s'acheter de nouvelles lunettes - et dont le seul plaisir désormais est de donner du pain rassis aux canards, aux cygnes, aux ragondins, elle qui se nourrit de patates, de pâtes… "Et puis le reste, on ne le dit pas, ce qu'on mange."

Voilà, on ne le dit pas, peut-être les mots manquent-ils, vu que "des travailleurs pauvres, avant, ça n'existait pas". En ce début de xxie siècle ça existe. Ce sont eux que filment Duret et Santana, leurs gestes, leurs regards, leurs sourires, comme ils filment ceux qui les aident. La misère qu'ils ont captée naguère au Brésil, ils l'observent aujourd'hui en France, elle ne cesse de grandir, et ça va vite, très vite. La misère, vraiment ? Non, sourit une femme employée à trier des poireaux, "la misère, c'est les gens qui dorment dehors". Au cinéma, trop loin ou trop près, c'est fou, on ne voit rien, on n'entend pas. Jean-Pierre Duret, l'ingénieur du son des plus grands, de Pialat aux Dardenne, et sa compagne Andrea maintiennent en permanence la bonne distance. Ils donnent à voir et à entendre, ils n'expliquent rien et on comprend tout, on voudrait que le film dure encore des heures et en même temps qu'il s'arrête, pas faute de combattants, non, mais faute de ces malheurs-là à combattre.

Entre Pierre et Pomme, ça va si mal que souvent il leur arrive de rire quand tout les porte à pleurer. Tout, c'est-à-dire essentiellement la lassitude qu'ils éprouvent l'un de l'autre, dont Sophie Fillières fait son miel, au gré de dialogues souvent brillants, servis avec éclat par Mathieu Amalric et Emmanuelle Devos, tous deux plus que parfaits. Tant qu'ils sont ensemble, "Arrête ou je continue" va bien. Las, c'est une comédie de la rupture que l'auteur entend réaliser, donc ils se séparent, elle dans les bois et lui qui n'y est pas. Ainsi, plus d'échanges, et alors le film, doucettement, pique du nez.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


La crise fait du cinéma documentaire d’aujourd’hui le miroir d’une société qui aime fustiger les blessés au sol, toutes les victimes d’un système dont on tend à essayer de nous convaincre aujourd’hui qu’il est fait pour fabriquer de l’emploi et non pour le détruire à force de réduction de personnel et de délocalisation. Après l’expérience émotionnelle et le choc esthétique Au bord du monde, qui réfléchissait l’image des sans-abris au cœur des splendeurs de la capitale française, voici que sort un mois après Se battre.

Ce documentaire de Andréa Santana et Jean-Pierre Duret s’intéresse aux autres laissés-pour-compte de la société de consommation, ceux qui sont bannis du système, stigmatisés car dépendant de l’Etat. Or, si ce n’est pas dit dans le film, il est important de rappeler qu’il est de bon ton, en 2014, voire même politiquement correct, de taper sur les doigts des dits assistés, dépeints parfois comme des fainéants qui profitent du labeur des autres, des êtres inutiles, des bons à rien, des parasites... Sur les plateaux de télévision, l’on entend beaucoup souhaiter rendre obsolète le concept d’Etat-providence qui ne peut plus subvenir aux besoins grandissants des précaires. La dette de l’Etat est une obsession... Tout en soulignant qu’il faut mieux armer les entreprises. On connaît le discours.
Se battre montre une situation réelle. Des Français que les plaintes silencieuses n’envoient pas au sport d’hiver, quand d’autres sont amers de voir les impôts ou les charges grimper, mais continuent de jouir de tous les avantages de la société.
Les huit précaires de Givors suivis par les deux documentaristes sont dans l’immobilité, comme 13 millions de Français, d’après des dernières statistiques. Ils voient la société filer très vite. Ils l’aperçoivent d’une rive où ils ont échoué à nourrir des oiseaux... Ces voitures qui vont et viennent entre lieu de consommation, de travail et de domiciliation, ils les observent, mais ne prennent pas vraiment part à cet élan collectif. Avec quelques euros pour subvenir à leurs besoins par jour, leur vie sociale est inexistante, ils se sont soustraits progressivement de la socialisation que permet le statut d’actif. Ils se replient dans la solitude la plus lugubre, avec clairvoyance quant à la vie qu’ils auraient pu avoir ou qu’ils ont jadis eu.

L’échantillon de protagonistes du film se veut représentatif de l’état de délabrement d’un certain modèle industriel. Certes on n’y exprime pas toutes les aigreurs, les rancœurs que l’on peut très bien entendre chez les malheureux également, mais on y démontre une réalité qui met à mal les théories insupportables sur ces chômeurs ou assistés qui sont dans cette situation de précarité parce qu’ils le veulent bien. Dans une ville qui dysfonctionne, la quête d’un emploi devient ici chose impossible, alors que le coût de la vie, lui, grimpe. L’épicerie sociale où l’on est soulagé de trouver quelques produits essentiels exprime une misère intolérable. Les petits boulots rustiques qui abîment le corps pour quelques sous participent à cette métaphore globale de combat pour sa survie, utilisée par les auteurs du film, jusque dans le titre, avec notamment le cas d’un adolescent qui exprime sa colère sociale ou ses angoisses quant à l’avenir à travers des compétitions de boxe.
Le déterminisme transpire évidemment à l’écran ; on imagine mal l’école servir d’ascenseur social dans ces tourbières. Mais l’on nous met également en garde contre les accidents de la vie qui peuvent du jour au lendemain nous faire tout perdre.
Avec dignité, Se battre porte un message universel qu’il faut savoir entendre. En filigrane, les auteurs semblent vouloir nous dire, qu’être citoyen, c’est aussi avoir une conscience sociale. La forme documentaire, assez terre-à-terre, convient bien à ce message qui reste entier et parfaitement recevable sur grand écran.

 

Critique "La Croix"


Jean-Pierre Duret, ingénieur du son et documentariste, compagnon de route – entre autres – des frères Dardenne, et Andrea Santana, architecte urbaniste venue du Brésil et passée au cinéma, livrent avec Se battre l’un des films les plus forts et dignes qu’il nous ait été donné de voir sur le thème de la pauvreté. Guidés par un ancien prêtre-ouvrier, ils ont posé leur caméra à Givors, cité industrielle de la banlieue sud de Lyon, ville ayant reçu beaucoup d’immigrants au fil des décennies et perdu nombre d’emplois.

En ce lieu encore marqué par son passé ouvrier et par les solidarités qui en découlent, le couple a pris le temps de se porter à la rencontre de ceux que l’on ne voit ni n’entend. Jeunes et pleins d’espoir, comme Eddy le boxeur, moins jeunes et en reconquête d’eux-mêmes, comme Dénia qui « apprend la patience » en récoltant des choux, âgés comme Élisabeth, qui fut éditrice, ou Agnès, qui nourrit les canards et les ragondins, lève les yeux vers un pont embouteillé et confie : « Je suis exclue de tout, je ne fais plus partie du monde qui bouge. »

Film essentiel centré sur l’essentiel – la considération de l’autre, fût-il dans le dénuement – Se battre offre d’inoubliables rencontres, filmées à très juste distance. Ce beau film, tout en délicatesse et respect de la personne humaine, ne vient rien dérober mais accueille une parole impressionnante de noblesse et de retenue. Il capte tous ces gestes qui disent le combat quotidien pour ne pas sombrer, mais aussi le sens profond du secours porté à leur prochain par ceux qui n’ont souvent pas beaucoup plus.

L’un de ces bénévoles tente d’aider une famille rom. « Ma vie serait trop irrespirable si je n’avais pas le souci de faire quelque chose, glisse-t-il. Ce que je fais ne va rien bouleverser, cela se joue au niveau humain, dans les relations de personnes à personnes. C’est toujours ça de pris sur l’indifférence, la bêtise et les difficultés. »

Il en va de même pour cette œuvre remarquable, bouleversante. On pense au Camus de Misère de la Kabylie, au James Agee de Louons maintenant les grands hommes. Au message des Évangiles.


Jean-Pierre Duret et Andrea Santana, qui ont travaillé par le passé avec Pialat, les frères Dardenne et sur les pauvres du Nordeste brésilien, redonnent des mots, une parole à tous les sans-voix. A ceux qui ont le sentiment, comme cette femme croisée sur les bords du Gier, de «ne plus faire partie du monde qui bouge, celui des voitures qui avancent, des gens qui partent tôt le matin, qui se dépêchent de rentrer le soir.» Des vies à mille lieux de l’univers des prospectus commerciaux et des centaines de millions d’euros qui surgissent parfois d’un poste de radio.



Financé avec 70.000 euros sans l’appui de la télévision, ce film soutenu par le Secours populaire et la Ligue des droits de l’Homme met aussi en valeur les bénévoles, ces militants de la solidarité qui donnent de soi, reçoivent des autres et connaissent la richesse de l’entraide. Le bonheur, c’est «d’être à deux», raconte un couple qui a grandi à la DDASS. C’est aussi de «vivre en HLM», dira Eddy, le jeune boxeur qui a soif de victoires.

On comprend pourquoi ce film, précieux et salutaire, a fait le plein lors des projections en avant-première. On en sort avec la rage et une idée fixe. Se battre.

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X Men: Days of Future Past (2D & 3D)

X Men: Days of Future Past (2D & 3D)

Film de Bryan Singer (Etats-Unis - 2013 - 2h12) avec Michael Fassbender, James Mcavoy, Jennifer Lawrence....





X-Men-Days-of-Future-Past-Affiche-France-Finale uneLes X-Men envoient Wolverine dans le passé pour changer un événement historique majeur, qui pourrait impacter mondialement humains et mutants.









Critique "Les Inrockuptibles"


Jamais, peut-être, un blockbuster destiné majoritairement à un public adolescent ne s’était ouvert dans un tel climat de saccage. Sur une terre annihilée, réduite à une montagne de cendres jonchée de cadavres et de crânes évoquant l’apocalypse de Terminator, le nouvel épisode de la saga X-Men débute par un massacre : un affrontement entre les mutants et des robots sentinelles, qui s’achève par la mort brutale de chacun des héros.

Ces images, dont la déflagration inouïe retentira sur tout le film, indiquent bien le nouveau chemin emprunté par Bryan Singer, de retour aux commandes de la franchise : avec lui, X-Men devient une tragédie plus grave et plus amère, le grand mélodrame mutant qui manquait encore à la série.

Situé dans un futur lointain, X-Men – Days of Future Past met en scène un monde ravagé, où le Professeur Xavier et ses acolytes mènent une guerre contre des robots créés pour annuler leur pouvoir. Une seule issue s’offre alors aux superhéros : renvoyer Wolverine dans le passé, direction les années 70, pour empêcher l’invention des machines meurtrières.

Comme dans le précédent volet, la reconstitution d’époque est l’un des charmes pop du film, qui déploie un même esprit de bande très Mission: Impossible et découvre de nouveaux personnages, dont l’ultrarapide Quicksilver, au centre de l’une des scènes d’action les plus sophistiquées de la saga.

Mais la légèreté du pastiche seventies est ici contrariée par la noirceur du film, par la menace d’une catastrophe qui pèse sur ses héros mutants, dont le souci est moins de s’accommoder à leur pouvoir (c’était l’axe teen-movie du précédent volet) que de les sentir disparaître.

Ce sentiment de perte qui travaille tout le film, Bryan Singer le traduit par une idée formelle simple et merveilleuse, selon laquelle la fin des pouvoirs des mutants coïncide avec la fin du numérique. Dans deux scènes, qui ouvrent et clôturent l’épisode, un déferlement d’effets spéciaux et de couleurs laisse ainsi place à des plans nus, vides de toute présence, comme des trouées mélancoliques à l’intérieur d’un blockbuster singulier et gracieux.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


En une semaine se succèdent Godzilla et X-Men : Days of Future Past, deux productions qui s’opposent sur tous les points, tout en essayant de rallier un public large. Le premier est un produit de marketing, qui vend une icone préhistorique aperçue 10 minutes dans un film à la gloire d’effets spéciaux tonitruants, détruisant de façon systématique toutes velléités psychologiques ; le second est un blockbuster total, chef d’oeuvre du genre, avec son lot d’effets spéciaux époustouflants qui ne préexistent jamais sur la psychologie des personnages, puisqu’il est difficile de faire exister davantage des super-héros dans une production de ce genre où les images de synthèse ne viennent que renforcer leurs tourments...
Leur lutte pour la survie de leur évolution, leur combat pour le droit à la différence, sujet cher au cinéaste Bryan Singer, servent de matrice à une oeuvre sombre, qui démarre sur les chapeaux de roues, avec les images douloureuses d’un génocide mutant. On se situe donc loin des scènes de psychologie guimauves de Godzilla où le héros est un militaire, son épouse une infirmière (sic), avec autour deux, régulièrement, des enfants pour niveler le spectacle vers le bas, à savoir un public familial peu exigeant, auquel X-Men ne veut pas se vendre de façon aussi schématique...

Oubliés donc les deux Wolverine maladroits dont ont accouché la Fox et Marvel à l’écran. Hugh Jackman reprend du service pour de bon, en "terminator" envoyé du futur pour corriger la vengeance fatale de Mystique (la mutante protéiforme jouée par Jennifer Lawrence), en l’occurrence un meurtre commis sur un assassin de Mutants, qui va précipiter une guerre sans pitié contre l’espèce d’humains évolués que représentent les mutants. On en découvre notamment les terrifiantes conséquences lors d’une impressionnante séquence d’introduction, où une poignée de mutants sont regroupés, parmi lesquels Tornade, Magneto et Professeur X, tous sur le point d’être éradiqués définitivement de la surface d’un monde de ténèbres, jadis baptisée "Terre"... Le ton est immédiatement donné. Celui d’un miracle artistique dans un genre bouffé par l’esbroufe (Man of Steel) et torpillé par le second degré (la plupart des Marvel, notamment les Iron Man).
Si le réalisateur Bryan Singer revient aux commandes d’une série qu’il propulsa avec deux premiers numéros de qualité, et si l’on croise quelques stars de la première franchise, notamment Tornade/Halle Berry (finalement assez peu exploitée ici), l’on se retrouve surtout face à la suite logique du brillant X-Men : le commencement. Singer se refuse à faire table rase du travail remarquable de son prédécesseur, Matthew Vaughn, et poursuit les efforts de reconquête d’une franchise vraiment mise à mal par un 3e volet médiocre (X-Men l’affrontement final) et des spin-off pathétiques. On y retrouve le même goût pour l’aventure historique, l’action épique, l’émotion pure et saine, et surtout des enjeux personnels et psychologiques qui imprègnent les images d’une dimension inédite. Singer ne cherche par conséquent jamais à copier dans le ton la réussite de la trilogie du Dark Knight par Nolan... Son X-Men vole de ses propres ailes, loin du schéma simpliste des Avengers, rabâché au cinéma depuis trop longtemps, ou de la stérilité adolescente des derniers Spider-Man.

Gagnant sur tous les tableaux, à l’exception de quelques décors du "futur" un peu ringards, et délivrant de vraies scènes d’anthologie (la libération d’Erik d’une prison du Pentagone offre un effet de bullet time bluffant, on n’oubliera pas non plus la séquence parisienne !), X-Men : days of Future Past est la réussite adulte que l’on n’osait plus attendre dans le blockbuster estival hollywoodien. Le glamour sixties de Jennifer Lawrence est surtout infiniment sexy, Jackman peut enfin déployer tout le charisme inhérent à son personnage culte forgé dans la souffrance, James McAvoy et Michael Fassbender apportent de leur côté une maturité essentielle à ce spectacle total qu’il nous tarde déjà de revoir... Courez-y, cela vous réconciliera pour de bon avec le grand spectacle américain après quelques années d’embarras pour une industrie basée sur l’ersatz ronflant.


 

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Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?

Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?

Film de Philippe De Chauveron (France - 2013 - 1h37) avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Ary Abittan, Frédérique Bel, Medi Sadoun, Frédéric Chau, Noom Diawara, Julia Piaton, Emilie Caen, Elodie Fontan....





qu'est qu'on a fait affiche uneClaude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie provinciale, sont des parents traditionnels. Mais charité chrétienne avant tout, ils se sont toujours obligés à faire preuve d'ouverture d'esprit.

Quand leurs filles chéries ont pris l'une après l'autre pour époux des hommes d'origines et de confessions diverses, les pilules furent bien difficiles à avaler. Mais pour rien au monde ils ne s'avoueraient racistes... d'ailleurs ils ne le sont pas, c'est contre leurs valeurs !

Leurs espoirs de voir enfin l'une d'elles se marier à l'église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique.

Catholique, certes, mais d'origine ivoirienne...



May In The Summer (VOST)

May In The Summer (VOST)

Film de Cherien Dabis (Jordanie - 2013 - 1h39) avec Cherien Dabis, Hiam Abbass, Nadine Malouf, Alexander Siddig...


 

May in the summer affiche une- Version Originale Sous-Titrée


May, jeune jordanienne installée à New York, vient passer l’été en famille à Amman. Chrétienne de confession, elle s’apprête à épouser un musulman, au grand dam de sa mère pratiquante. May peut néanmoins compter sur le soutien de ses deux sœurs cadettes, aux mœurs plus libérées…

 

 

Critique "Métro"


"Je suis chez moi partout et nulle part », constate Cherien Dabis en rajustant une mèche de son imposante chevelure de jais. Cette nouvelle Shéhérazade du cinéma mondial a poussé son premier cri en 1976 à Omaha, une petite ville du Nebraska. Palestinienne de père, jordanienne de mère et new-yorkaise de cœur, elle a dû faire face très tôt aux regards racistes de certains Américains, notamment pendant la première guerre du Golfe. "Mon père était médecin et y a perdu de nombreux patients", explique-t-elle. Un constat glaçant auquel elle fait en partie référence dans Amerrika, son magnifique premier film en tant que réalisatrice, salué à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2009. "Il y avait par ailleurs certaines rumeurs farfelues concernant ma mère, poursuit-elle. On lui reprochait d’arracher les rubans de soutien aux G. I. Mais le meilleur du pire, c’est le jour où les services secrets ont débarqué au lycée pour enquêter sur ma sœur de 17 ans sous prétexte qu’elle voulait tuer le président des Etats-Unis."


C’est pour " faire taire les stéréotypes" que Cherien, longtemps fascinée par la télévision et le pouvoir des images, a décidé de se lancer dans le septième art. Une carrière qui lui permet aussi, au quotidien, de s’interroger sur sa propre identité. Alors qu’Amerrika racontait l’histoire d’une Arabe en terre américaine, son nouveau long métrage, May in The Summer, relate les pérégrinations d’une Américaine sur le sol arabe. "Ces deux films peuvent être perçus comme un diptyque", précise l’intéressée, qui en a profité pour camper l’héroïne en question.La belle brune explique : "May est une trentenaire américaine et orientale qui essaie de se détacher de son passé, de lâcher prise, de couper le cordon ombilical et d’être libre d’assumer ses choix." Un peu comme elle-même, éduquée entre tradition et modernisme et prisonnière de cet entre-deux. Fière d’être américaine et palestinienne, Cherien Dabis, également scénariste réputée pour la télé (The L Word), avoue que ses combats premiers sont de "rassembler ses identités et de changer le regard des Occidentaux sur la femme arabe". Tout à son honneur.
La réalisatrice Cherien Dabis se met en scène dans ce second film doux-amer dont l’écriture scanne justement les contradictions du monde arabe. Un univers dans lequel l’héroïne qu’elle incarne évolue comme une funambule sur un fil fragile


 

Critique "20 minutes"


On avait remarqué la réalisatrice américano-palestinienne Cherien Dabis en 2009 avec Amerrika où elle décrivait l’adaptation difficile d’une Palestinienne aux Etats-Unis. May in the Summer, son deuxième long-métrage poursuit son étude sur le multiculturalisme.

Elle y incarne le personnage principal: une chrétienne, Américaine d’adoption, venue passer l’été à Amman, en Jordanie, pour préparer son mariage en famille. Entre sa mère qui désapprouve ses noces avec un musulman et ses sœurs aux caractères bien trempés, les rapports sont vite explosifs… La sincérité affleure dans cette chronique au féminin riche en scènes touchantes. Si l’ensemble souffre de légères baisses de régime, l’énergie des actrices (notamment Hiam Abbass, toujours exceptionnelle dans le rôle de la maman) emporte le morceau. Une scène épatante filmée au bord de la Mer Noire confirme que la cinéaste s’y entend pour capter la complicité féminine.

La découverte de la Jordanie actuelle se révèle également passionnante pour le spectateur guidé cette observatrice fine qui pointe du doigt la difficulté de concilier tradition et modernité. «Tourner là-bas sonnait donc comme une évidence car mon film ambitionne de montrer précisément la contradiction entre ce mépris pour la politique étrangère américaine et cette fascination pour sa culture», déclare Cherien Dabis. Les regards concupiscents dont les messieurs entourent la belle quand elle fait innocemment son jogging témoignent d'un choc de civilisations que la réalisatrice dépeint avec acuité.



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Conversation animée avec Noam Chomsky (VOST)

Conversation animée avec Noam Chomsky (VOST)

Film de Michel Gondry (France - 2013 - 1h28)avec Noam Chomsky et Michel Gondry


 

CONVERSATION+ANIMEE+AVEC+NOAM+CHOMSKY affiche une- Version Originale Sous-Titrée


A travers une série d'entretiens, Michel Gondry illustre, au sens propre comme au figuré, les théories de Noam Chomsky, ainsi que les moments personnels que Chomsky révèle, dans un film d'animation, où la créativité et l'imagination de Gondry se mettent au service de la rigueur intellectuelle de Chomsky.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"



Encore une fois, ce n’est pas exactement là qu’on attendait Michel Gondry. Et pourtant, il y a quelques années, le cinéaste bricoleur avait déjà préparé le terrain : début 2010, entre Soyez sympas, rembobinez (2008) et The Green Hornet (2011), la planète cinéma voyait arriver en salles avec surprise un documentaire minimaliste signé Gondry, portrait poignant de sa tante Suzette intitulé L’Épine dans le cœur. Or, c’est précisément sous cet angle – art du dévoilement qui ne dit pas son nom - qu’il traite Conversation animée avec Noam Chomsky. Ainsi, même si le but du documentaire est bien de présenter Noam Chomsky, à l’automne de sa vie, et de lui rendre hommage, c’est aussi l’occasion pour le réalisateur de dévoiler au spectateur une part de son intimité, de se révéler à travers l’interprétation de l’œuvre du philosophe. De ses autres œuvres, on retrouve avec plaisir la marque de fabrique : l’appétence pour une construction a priori chaotique mais dont la logique en réalité imparable se révèle sur la longueur. Une composition arty qui n’a vraiment rien de la coquetterie et qui montre que Gondry n’est pas un documentariste ordinaire. D’ailleurs, il faut interpréter le titre Conversation animée avec Noam Chomsky de façon littérale : d’un bout à l’autre, le cinéaste se joue du classique champ-contre-champ parsemé d’images d’archives et rompt avec la standardisation. À contre courant, l’ensemble s’apparente à une succession de séquences animées au milieu desquelles émerge de temps à autre en médaillon le visage du linguiste-philosophe.


L’intérêt de Conversation animée avec Noam Chomsky est de tisser une sorte de work in progress via la réflexion du cinéaste sur l’œuvre du philosophe, avec tout ce que cela implique de ratures et de digressions plus ou moins pertinentes. À mesure que le film avance, Michel Gondry décode avec nous les circonvolutions de la pensée de Chomsky, tantôt en forçant un peu les portes, tantôt en mettant le point sur un angle inédit. Or, la force de ce procédé est que même les personnes ne connaissant que très vaguement la trajectoire du penseur ne sont pas désarçonnées, ou à de très rares exceptions. En somme, Gondry parvient à donner un véritable aperçu, personnel et stylisé, de l’un des plus brillants cerveaux de notre époque, à rappeler que l’influence de cet homme ne se limite pas seulement aux bancs de l’université mais s’étend bien au-delà. Quel que soit le sujet abordé, d’Aristote à l’holocauste en passant par Galilée, Newton, l’origine du langage ou Descartes, les illustrations animées du réalisateur ne trahissent ni ne vulgarisent jamais en rien la complexité de sa pensée. Mieux : ces dernières font parfois volontairement faire fausse route au spectateur afin qu’il se heurte empiriquement à la difficulté et à la sophistication des concepts évoqués, souvent loin d’être aussi évidents qu’ils y paraissent. Des cheminements alambiqués révélant par là même, en filigrane, le rapport de Gondry à la créativité, sa façon de caractériser les tréfonds du langage. En superposant ses dessins à la parole du penseur, il s’adonne consciemment ou non au making of de son propre travail, comme s’il s’agissait de divulguer la matière parlée dont sont faites ses expérimentations plastiques, le point zéro de son écriture. À la différence près que le matériau initial utilisé pour donner forme aux animations n’est pas le sien. À ce propos, hormis le fait que Gondry ait toujours eu un penchant pour l’art brut et les formes minimalistes, les dessins enfantins ne sont pas un hasard. Car pour Chomsky, si les enfants intègrent aussi facilement les opérations complexes du langage, c’est parce qu’ils possèdent déjà de façon innée les principes les guidant dans la construction de la grammaire de leur langue. De fait, nos cerveaux seraient selon lui prédisposés à des structures particulières de langage, des principes syntaxiques – comme une grammaire universelle - que l’on retrouverait dans les 5 000 ou 6 000 langues de la planète. Grammaire universelle que Gondry illustre avec brio par le biais de ses dessins enfantins.
Des difficultés, malgré tout, pour comprendre certaines allusions abordées par Chomsky ? Pas d’inquiétude, c’est la même chose pour Gondry, archéologue parfois à la peine. Heureusement, l’animation, moyen de communication hors pair, est là pour rattraper le coche. Au fil de l’échange, l’américain ne manque d’ailleurs pas de prendre le crayon du réalisateur pour expliciter ses interventions. Une technique en laquelle le français, lorsqu’il s’adresse au spectateur, est passé maître puisqu’à aucun moment son regard ne vient cloisonner la réflexion sinon suggérer quelques pistes poétiques, notamment au sujet des mécanismes obscurs de l’imagination. Une dimension onirique qui trouve son point d’orgue au moment où Noam Chomsky parle de sa femme défunte, séquence qui n’est pas sans rappeler les plus beaux instants de la carrière de Gondry. Dense, étonnant, fascinant, amusant : Conversation animée avec Noam Chomsky est un exercice de style comme on en fait peu, une nouvelle pièce maîtresse à classer parmi les œuvres les plus extraordinaires de la filmographie de bric et de broc de son créateur.



Critique "Les Inrockuptibles"


Conversation animée avec Noam Chomsky appartient à la lignée buissonnière – la plus réjouissante – de Michel Gondry, celle qu’il s’autorise à emprunter régulièrement entre deux “gros films”. Après l’exténuant Ecume des jours et avant, espère-t-on, l’adaptation du monumental Ubik, le cinéaste s’est ainsi “offert” – c’est vraiment le terme – une conversation avec Noam Chomsky, le linguiste le plus important du XXe siècle.

Pour Gondry, petit film n’est pas synonyme de moindre ambition : quatre années durant, il a illustré deux longues séances d’entretien de ses propres dessins, animés patiemment, feuille par feuille, dans la solitude de son atelier. Un travail de titan, qui frappe d’abord par son aboutissement plastique : à condition d’être sensible à ce type d’animation artisanale, le film est une splendeur visuelle, d’une densité parfois intimidante (il faut le voir en salle), mais à la hauteur de la complexité du discours de son interlocuteur – peut être trop d’ailleurs, on y revient.

Le savant, de sa voix grave et monocorde (pour tout dire envoûtante), répond ainsi aux questions candides du novice à l’accent frenchy, qui avoue à plusieurs reprises se sentir idiot, ou du moins incompris, du fait de la barrière de la langue… Gondry aurait pu enlever ces ratures, ne laisser entendre que les passages fluides. Or, non seulement il les garde – comme il laissait, par souci de sincérité, les faux raccords et les “erreurs” dans The We and the I –, mais il y revient sans cesse par la voix off : “Voici ce que j’ai voulu dire, voilà ce que je pense.” Si le film est animé, en outre, c’est que le procédé lui paraît moins manipulateur que la simple continuité dialoguée, du fait que le spectateur, selon lui, aurait ainsi conscience d’être devant la vision d’un créateur.

Profession de foi naïve – l’animation finit elle aussi par créer un effet de réel trompeur, ni plus ni moins que les prises de vues –, mais qui dit bien l’ambition de Gondry, la même que dans tous ses films : donner à voir l’intérieur de son propre cerveau. Dans l’opération, la pensée de l’éminent professeur y perd en clarté et finit hélas un peu cannibalisée par le flot d’images.

On peut s’en agacer, regretter que le cinéaste refuse de s’effacer devant son sujet, mais il a au moins la sincérité de ne pas avancer masqué : c’est une conversation, pas un éloge. Surtout, il offre à Chomsky, par des questions personnelles (sur son enfance, sur sa femme) auxquelles ce dernier répond pudiquement, ce qu’il sait le mieux faire : une communion miraculeuse.

 

Critique "Libération"




Michel Gondry est-il un petit, un bon, un grand, un génial cinéaste ? Il est sans doute trop tôt pour trancher. Et, au fond, la question est assez peu intéressante. Ce qui est sûr, c’est que c’est l’un des plus grands modernes dont dispose l’actuel cheptel du cinéma français. Moderne, dans son cas, n’est pas une pose esthétique. Ce n’est pas non plus une obsession de l’avenir, une futurologie. C’est, au contraire, une manière d’empoigner le présent dans l’extraordinaire variété des formes, des occasions et des moyens qu’il a à lui offrir.

La modernité de l’artiste Gondry est de ce point de vue luxuriante. Pas simplement parce qu’elle virevolte d’un clip pour les Daft Punk à une adaptation de Boris Vian, du premier film expérimental de Jim Carrey (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) à un documentaire cévenol sur sa tante institutrice, d’une expo-atelier à Beaubourg à l’adaptation d’un comics pour Hollywood , mais surtout parce que Gondry déploie un talent incomparable pour débusquer sans cesse des solutions contextuelles à chacun de ses projets. Certes, il y a une patte Gondry, un style souvent reconnaissable, mais c’est un style très extensif, souple, adapté aux situations et toujours en quête d’invention, de renouvellement, voire de contradiction.

La modernité de Gondry s’accommode par exemple très bien d’une forme de rusticité, telle que le cinéaste en a pris l’option pour Conversation animée avec Noam Chomsky. Gondry a consacré plus de quatre ans à ce projet, mené en parallèle à ses activités plus mainstream, l’entamant durant le montage du Frelon vert et l’achevant pendant l’écriture de l’Ecume des jours.

Filmé avec une caméra Bolex 16 mm, et au son de son ronronnement peu discret, ce documentaire animé à la main, sans trucage autre que les techniques traditionnelles de l’image par image, est l’une des plus excitantes expériences de cinéma scientifique menées ces dernières années. Les moyens manifestement très modestes de cette production ne sont pas une servitude mais une option libre et personnelle, qui devient le levier même dont le film se sert pour nous propulser, et lui avec, dans un monde presque enfantin de bulles et de gribouillis, de croquis aux couleurs primaires et de dessins tracés d’un trait. Sommaires mais efficaces, ces animations donnent toute sa forme, humble et ludique, au projet. Cette forme, fatalement placée au premier plan de l’image, nous saute aux yeux, mais elle est pourtant tout à fait secondaire au propos, qu’elle ne dévore jamais. Elle vient appuyer, illustrer, exemplifier et parfois chatouiller la parole de Noam Chomsky, fameux électron du MIT, linguiste et logicien, spécialiste en sciences cognitives et militant notoirement engagé à gauche, philosophe se définissant comme «anarchiste pacifiste» et forgeron d’innombrables concepts, dont celui de «grammaire générative», qui donne son morceau de bravoure à ladite conversation.

Que celle-ci soit intellectuelle ne doit pas faire fuir : Gondry est un Candide sincère, qui expose ses fragilités, accusées par son anglais imprécis - et l’accent de Maurice Chevalier… Il bafouille, s’égare, se trompe parfois, empourpré par la timidité (il se figure alors en petit bonhomme tout rouge). On met quelque temps à s’apercevoir qu’il maintient quand même, envers et contre tout, un fil curieux et têtu à cette discussion. Un fil qui veut donner une plateforme aux idées du penseur, les mettre en scène avec fraîcheur pédagogique, et qui cherche en même temps à tracer un profil humain. Chomsky confie ainsi une foule d’informations personnelles et parfois intimes, racontant ses premiers souvenirs, son enfance, sa vie familiale ou ses débuts d’universitaire. Placée sous le signe des premières fois (impressions, émotions, idées ou contacts), la série d’entretiens conduit finalement le cinéaste et son éminent sujet vers une proximité, parfois une émotion, qui, dans les premières minutes, ne semblaient pas du tout gagnées.

Si Gondry reste un créateur si imprévisible et intéressant, c’est peut-être parce qu’il ne développe ni les complexes ni l’arrogance si souvent constatés dans le paysage du cinéma français. Cela n’exclut pas le doute, comme le cinéaste l’exprime lui-même à plusieurs reprises dans Conversation… ajoutant encore une dimension à son singulier travail d’animation documentaire. Gondry estime que cette petite aventure aura au total coûté environ 100 000 euros, prélevés sur sa cassette personnelle. Film bricolé, fauché, intello ? Peut-être, mais quand on lit une connerie aussi énorme et assumée que «la politique, je suis contre», émise par Lisa Azuelos, l’une des meilleures gagneuses du cinéma français (Libération du 22 avril), on se dit qu’il est temps de choisir son camp, et on se rue dans le cabanon de Gondry.




 

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