Belle et Sébastien

Belle et Sébastien

Film de Nicolas Vanier (France - 2013 - 1h35) avec Félix Bossuet, Tchéky Karyo, Margaux Chatelier, Dimitri Storoge, Urbain Cancelier, Mehdi...


 

BelleEtSebastien affiche uneÇa se passe là-haut, dans les Alpes.
Ça se passe là où la neige est immaculée, là où les chamois coursent les marmottes, là où les sommets tutoient les nuages.
Ça se passe dans un village paisible jusqu’à l’arrivée des Allemands.
C’est la rencontre d’un enfant solitaire et d’un chien sauvage.
C’est l’histoire de Sébastien qui apprivoise Belle.
C’est l’aventure d’une amitié indéfectible.
C’est le récit extraordinaire d’un enfant débrouillard et attendrissant au cœur de la Seconde Guerre Mondiale.
C’est l’odyssée d’un petit garçon à la recherche de sa mère, d’un vieil homme à la recherche de son passé, d’un résistant à la recherche de l’amour, d’une jeune femme en quête d’aventures, d’un lieutenant allemand à la recherche du pardon.
C’est la vie de Belle et Sébastien…

 

 

Entretien avec Nicolas Vannier (CommeauCinema.com)


Comment est né Belle et Sébastien ?

Contrairement à tous les projets que j’ai menés jusqu’ici, ce n’est pas moi qui suis à l’origine de Belle et Sébastien. Au départ, l’idée vient du producteur Clément Miserez, de mes coscénaristes Fabien Suarez et Juliette Sales, et des gens de la Gaumont. Or, lorsqu’ils se sont interrogés sur un nom de metteur en scène, il se trouve que j’étais leur premier choix. C’est tombé au bon moment pour moi car je venais justement de reporter le projet sur lequel je travaillais pour des raisons de financement !

Quel souvenir gardez-vous du feuilleton télévisé ?

Quand j’étais petit, j’étais complètement accro à cette série ! Il faut dire que j’étais déjà passionné par les animaux, la nature et la montagne et que j’en ai gardé un souvenir profondément ancré en moi. ce n’est pas anodin puisqu’à l’âge adulte je me suis entière- ment consacré aux chiens et à la nature. Du coup, quand on m’a proposé ce projet, j’étais presque intimidé par rapport au souvenir que j’en avais gardé : pour moi, il ne s’agissait pas d’une banale série télé mais d’une longue suite d’épisodes plus extraordinaires les uns que les autres. C’était donc un véritable défi à relever, ce qui n’était pas pour me déplaire, même si c’était un peu angoissant. J’étais tellement marqué par les sensations fortes que Belle et Sébastien avait éveillées en moi que je me sentais un vrai devoir de réussite. Dès lors, il fallait réaliser un film pour le cinéma, forcément différent de la série télé, tout en restant fidèle aux fondamentaux de l’histoire, c’est-à-dire à ses personnages et à son univers.

Dans quelle direction avez-vous cherché à orienter la transposition ?

Dès le premier rendez-vous avec Gaumont, j’ai expliqué que j’étais prêt à tourner le film sous certaines conditions. D’abord, il fallait trouver un enfant exceptionnel tant par la force du regard que par la personnalité. ensuite, je tenais à tourner sur trois saisons. Enfin, je souhaitais transposer le film à l’époque de la seconde Guerre mondiale. C’était un parti-pris esthétique car je ne voulais pas montrer la montagne telle qu’elle est devenue aujourd’hui : je souhaitais retrouver un paysage montagnard de chalets et de villages en lauze, dont l’harmonie de couleurs et de matières fait écho au cuir, au chanvre et au bois des vêtements et des objets de l’époque. C’est donc cette volonté esthétique qui a servi la dramaturgie et qui m’a permis de renouer avec une dimension essentielle de la série : l’aventure, le voyage et la notion de passage. la guerre et la fuite des Juifs vers la suisse s’inscrivaient parfaitement dans cette continuité.

Comment s’est passée la collaboration avec vos coscénaristes ?

C’était une jolie rencontre, tant sur le plan professionnel qu’amical. Ce n’est pas évident car il m’est arrivé de travailler avec de formidables scénaristes et de buter sur des problèmes de rythme. Ici, l’alchimie a très bien pris entre nous, ce qui nous a permis d’avancer très vite et d’être réactifs, sans qu’on ait besoin de s’attribuer de rôles. on fonctionnait surtout par l’échange : parfois, mes coscénaristes avaient leurs propres idées qu’ils me communiquaient et, à d’autres moments, c’est en discutant tous les trois que certaines pistes ont émergé. C’était un véritable travail collégial.

Avez-vous souhaité rester fidèle aux personnages de la série ?

J’ai revu la série une seule fois, chez moi, muni d’un petit carnet et d’un crayon, et dès qu’un élément m’apparaissait important, qu’il s’agisse d’un personnage ou d’un lieu, je le notais. Cela m’a permis de garder en mémoire ce qui me semblait nécessaire de retrouver dans l’adaptation. J’ai préféré ne voir les épisodes qu’une seule fois pour pouvoir ensuite m’en affranchir et prendre de la distance par rapport à l’histoire originale. Puis, j’ai repris point par point la trentaine d’éléments qui devaient absolument figurer dans le film.

Belle et Sébastien est aussi un récit d’apprentissage.

Oui, car au-delà du sujet qui me plaisait beaucoup, ce qui m’intéressait, c’était de construire une véritable fiction, d’autant que ce n’était pas le cas de mes deux précédents films qui se rapprochaient davantage du documentaire. De même que je suis passé du récit de voyage au roman, j’ai profondément envie aujourd’hui de raconter des histoires fictionnelles avec des personnages qui suivent des trajectoires et qui évoluent. Je souhaite aussi parler de mon pays, la France, car c’est une terre que j’adore, même si j’ai passé beaucoup d’années à l’étranger. C’est pour toutes ces raisons que je me suis autant investi dans ce projet en attachant beaucoup d’importance à l’écriture et à la mise en scène afin qu’on ne soit jamais dans la caricature.

Vous brossez un très beau portrait de ces savoyards qui sont des taiseux...

Je voulais montrer un monde que je connais bien puisque j’ai passé une grande partie de ma vie auprès de montagnards qui ressemblent beaucoup aux habitants du Grand nord. Ce sont des gens qui parlent peu mais qui agissent. Je me souviens d’un vieux chasseur de chamois – un amoureux fou de la montagne qui m’a initié à son univers quand j’avais 17 ou 18 ans – qui ne prononçait presque jamais un mot. en apparence, il pouvait sembler un peu autiste car il était incapable de dire «bonjour» ou «Au revoir». et pourtant, il savait glisser un morceau de pain dans la gibecière d’un voyageur qui avait trois heures de route devant lui. J’aime ces gens qui agissent davantage qu’ils ne causent : je suis effaré par l’importance que prend aujourd’hui la communication. De même, je tenais à montrer que les rapports entre un humain et un chien peuvent échapper aux dérives actuelles, où les gens se retrouvent complètement gâteux face à leur animal et les traitent comme des enfants ! Il me paraissait essentiel de mettre en avant un rapport sain entre homme et animal, où chacun reste à sa place.

Les producteurs n’ont pas hésité à vous laisser tourner sur trois saisons ?

Pas du tout, et il faut bien avouer que c’était courageux de leur part. Non seulement en raison de la présence d’un enfant et d’un chien, mais aussi des difficultés logistiques. C’était donc un pari coûteux et risqué. Mais je n’aurais pas pu montrer la montagne uniquement en été ou en hiver : j’éprouvais un réel besoin de dévoiler ses différentes couleurs au fil des saisons. Tout comme Sébastien, la montagne constitue un personnage à part entière.

Comment se sont déroulés les repérages ?

C’est un poste sur lequel la production a réalisé d’énormes économies ! Car, si j’ose dire, j’ai effectué les repérages au cours des trente années que j’ai passées à sillonner la montagne. Du coup, je savais exactement à quel endroit je souhaitais tourner : la vallée de la Haute Maurienne Vanoise. d’ailleurs, dès l’écriture du scénario, je notais dans la marge les lieux auxquels je pensais pour les différentes scènes. Certains noms viennent de la série, d’autres sont imaginaires et d’autres encore font référence à des souvenirs d’enfance.

Quels étaient les plus grands défis sur le tournage ?

Rien ne me paraissait insurmontable, ni le tournage en montagne, ni la présence du chien. Le plus difficile, c’était de diriger un enfant car une grande partie du film reposait sur sa capacité à vivre cette aventure de bout en bout. Même si, dès le départ, j’étais confiant, je suis resté prudent parce que je suis conscient qu’à 7 ans et demi, tout peut arriver ... La vraie grande surprise a été la faculté de Félix à comprendre ce que j’attendais, à ne jamais sur-jouer, à émettre des propositions de jeu pertinentes et à être constamment dans la finesse. C’est ce qui a donné une énergie formidable à tout le monde sur le plateau. Car au-delà des qualités d’écriture et de mise en scène du film, c’est vraiment Félix qui porte le projet.

Comment avez-vous trouvé le petit Félix ?

Nous avons reçu près de 2400 candidatures pour le rôle de Sébastien. La directrice de casting n’avait jamais vu un tel engouement : alors qu’en général les gens veulent lire le scénario, la célébrité de la série et mon nom attaché au projet ont suffi à rassurer et à susciter l’enthousiasme de nombreux parents qui ont envoyé les photos de leurs enfants. 200 d’entre eux ont été présélectionnés, puis à partir de visionnages et d’essais, j’en ai retenu une douzaine que j’ai emmenés dans le Vercors, où j’ai des chiens de traineau. Pendant ces quelques jours, j’ai vécu avec ces enfants, je les ai observés et j’ai appris à les connaître. et même s’il ne restait plus que trois candidats possibles, j’ai très vite su qui je voulais et j’ai imposé Félix, envers et contre tout, bien que d’autres aient pu sembler plus mignons au premier abord. peu m’importait qu’ils aient déjà une expérience de tournage ou pas. J’ai aimé la personnalité de Félix, qui est un enfant intelligent et courageux, mais qui peut rapidement se fermer comme une huître si on ne prend pas le temps de se faire accepter par lui. Il a quelque chose de déconcertant et d’étrange mais dans lequel je décelais une finesse qui n’appartient qu’à lui.

Autour de Félix, les autres comédiens sont épatants...

Tchéky Karyo s’est imposé d’emblée dans le rôle de césar. Alors qu’il tient souvent des rôles antipathiques, j’avais envie qu’il évolue progressivement vers la lumière, même si on n’a pas une sympathie immédiate pour lui. C’était donc un changement intéressant par rapport à son image auprès du grand public. Très vite, je lui ai expliqué qu’il ne fallait pas qu’il y ait la moindre ambiguïté sur ses rapports avec les autres personnages : Angélina n’est pas sa maîtresse et Sébastien est son «petit-fils» d’adoption. Même si je n’ai pas beaucoup d’expérience en matière de direction d’acteur, je crois que mon besoin de précision l’a rassuré.
Quant à Margaux Chatelier, tout comme Félix, je l’ai imposée par rapport à des actrices plus connues, car elle incarnait exactement le personnage que je souhaitais. dès que je l’ai vue pendant les essais, elle a été une évidence !
On a eu énormément de chance pour le rôle du lieutenant Peter. en effet, après pas mal de recherches infructueuses, j’ai dû prendre une décision de dernière minute, en visionnant une vidéo d’Andreas Pietschmann sur mon portable : je l’ai trouvé formidable et quand je l’ai rencontré, mon impression s’est largement confirmée.

On retrouve Mehdi, emblématique de la série, dans le rôle d’André…

Au début du projet, j’ai considéré qu’il s’agissait d’une contrainte qui s’imposait d’elle-même : il me paraissait impossible de monter ce film, sachant qu’il était acteur, sans lui proposer un rôle. très vite, j’ai envisagé de lui confier celui d’André, le chasseur auprès duquel Sébastien tente d’obtenir des informations sur la «bête». Lors de notre première rencontre, nous étions un peu sur nos gardes tous les deux et je me suis même demandé, au départ, si je n’aurais pas préféré qu’il refuse ma proposition car j’avais le sentiment qu’il était un peu «l’œil de moscou» sur le film... On ne s’est pas revu dans les semaines qui ont précédé le tournage mais lorsqu’on a commencé à travailler ensemble, il m’a beaucoup ému. Il avait de grandes bouffées de nostalgie en replongeant dans cet univers et un jour il m’a fait le plus beau des compliments en me disant «maman serait fière». La sincérité avec laquelle il s’est exprimé m’a permis de sentir toute sa sensibilité et on est tombé dans les bras l’un de l’autre : dès cet instant, on est devenus amis. Autant dire que sa présence a été un vrai moteur et m’a donné une énergie nouvelle. C’est aussi à ce moment que j’ai perçu son appréhension : il tenait à ce que le film reste fidèle à l’image qu’il avait gardée de cette histoire imaginée par sa mère.

Avez-vous eu du mal à trouver les «interprètes» de Belle ?

À partir d’un certain nombre de critères de poids et de taille, une centaine de chiens ont été repérés. ils ont été longuement observés par Andrew Simpson, qui a dressé les animaux pour Le Dernier Trappeur et Loup et en qui j’ai toute confiance. Il en a retenu 7 ou 8, qu’il a fait travailler, puis il en a gardé trois au final : Garfield, la chienne vedette, et deux autres qui ont servi de doublures. elles avaient chacune des caractères spécifiques pour jouer dans des scènes plus ou moins dynamiques ou calmes. En revanche, quand on voit un gros plan du chien, c’est toujours Garfield.

Quels ont été vos choix de mise en scène ?

Si on doit les résumer en un mot, je dirais la sobriété. Une sobriété calculée, recherchée et assumée. Ce qui n’est pas synonyme de facilité. en l’occurrence, j’ai été formidablement bien assisté par Luc Drion, opérateur qui a un sens du cadre d’une précision extrême, et par Eric Guichard, directeur de la photo d’une grande justesse en termes de lumière. Collaborer avec ces deux professionnels était une chance : on s’est très vite trouvé tous les trois car nous partagions la même volonté de construire le film en le rythmant par l’alternance de phases descriptives et de phases d’action. du coup, au niveau du découpage, on essayait dans la mesure du possible d’avoir en un plan ce que d’autres obtiennent en deux.

Parlez-moi de la musique.

C’est Gilles Legrand d’épithète, coproducteur du film, qui m’a permis de rencontrer Armand Amar. Au-delà de la qualité de son travail, ce qui est formidable avec lui, c’est qu’on peut être franc et lui dire «je n’aime pas». Il n’argumente pas une seconde, même s’il est convaincu par ce qu’il vient de faire : il jette le morceau à la poubelle et il propose autre chose. Au départ, nous n’étions pas vraiment sur la même longueur d’onde, ce qui est logique car il faut du temps pour trouver ses marques entre un réalisateur et un musicien. puis, il y a eu une sorte de déclic entre nous et à partir de là, Armand s’est pour ainsi dire envolé ! c’était un vrai bonheur de l’appeler pour lui dire que j’avais été ému aux larmes par certaines de ses compositions.

On retrouve la mélodie de la série dans la bande-originale du film.

Cela me paraissait fondamental. Armand en était, lui aussi, convaincu, même si c’était plus difficile de travailler à partir de cette contrainte : cela aurait pu constituer un carcan dont il aurait pu ne pas se libérer mais il a formidablement relevé le défi.

Et les voix ?

Armand a eu l’idée de Zaz, dont la voix un peu grave tranche agréablement avec le timbre plus doux de Félix : je trouve qu’elle apporte énormément d’émotion au film. Quant à la voix enfantine, c’est celle de Félix ! en effet, j’ai découvert presque par hasard qu’il avait aussi des capacités vocales : alors que nous étions partis main dans la main en repérages pour voir le refuge, il s’est mis à chantonner et je me suis aperçu qu’il se débrouillait très bien. J’en ai parlé à Armand, qui était un peu surpris au départ, puis qui a constaté que Félix avait une voix merveilleuse.

 

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Le Hobbit : La désolation de Smaug (2D et 3D)

Le Hobbit : La désolation de Smaug (2D et 3D)

Film de Peter Jackson (Etats-Unis - 2013 - 2h41) avec Martin Freeman, Ian Mckellen, Orlando Bloom, Cate Blanchett, Benedict Cumberbatch...


 

 

Hobbit 2 affiche epee uneLe Hobbit : La désolation de Smaug raconte la suite des aventures de Bilbon Sacquet, parti reconquérir le Mont Solitaire et le Royaume perdu des Nains d'Erebor, en compagnie du magicien Gandalf le Gris et des 13 nains, dont le chef n'est autre que Thorin Écu-de-Chêne.
Après avoir survécu à un périple inattendu, la petite bande s'enfonce vers l'Est, où elle croise Beorn, le Changeur de Peau, et une nuée d'araignées géantes au cœur de la Forêt Noire qui réserve bien des dangers. Alors qu'ils ont failli être capturés par les redoutables Elfes Sylvestres, les Nains arrivent à Esgaroth, puis au Mont Solitaire, où ils doivent affronter le danger le plus terrible – autrement dit, la créature la plus terrifiante de tous les temps qui mettra à l'épreuve le courage de nos héros, mais aussi leur amitié et le sens même de leur voyage : le Dragon Smaug.

 

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Il y a plusieurs clans : les bergmaniens et les frigides esthétiques, qui ne voient en Peter Jackson qu’un maître-confiseur, et ressortent des salles les yeux ballonnés ; les comptables clairvoyants ou les indépendantistes aux lèvres humides, qui lui taillent une réputation d’escroc à la rente facile ; les nolaniens convaincus ou les handicapés de l’imaginaire, qui rêvent d’un hobbit sous xanax dans les rues de Gotham-Guldur ; les réformateurs militants, qui exigent, en piaillant devant Hunger Games, qu’on boucle Tolkien au musée ; les paranoïaques antifa, qui voient des svastikas à tous ses coins de chapitres ; vos grands-parents, qui vous mettent la main devant la bouche quand vous l’ouvrez pour dire « hobbit » ; tous ceux qui ont de bonnes raisons de ne pas aimer JRR ou Saint-Peter, mais pourraient faire l’effort de rentrer dans nos cases, et enfin nous, des enfultes persuadés que des émissaires de Jackson viennent sonder chaque nuit nos imageries intérieures pour faire de son hexalogie l’adaptation de Tolkien la plus classe – et le plus exacte – possible.



Pourtant, dieu sait que la Team Jackson ne donne pas dans le fondamentalisme. Pour se débarrasser des gentillesses nécessaires du premier volet, donner de l’ampleur à leur trilogie et noircir un tableau qu’ils voulaient plus grand que celui du premier livre saint, Philippa Boyens, Fran Walsh et big Pete accélèrent les cadences ici (la traversée de la forêt noire de Mirkwood réduite à l’essentiel), injectent des frissons là (le long apprivoisement de Beorn l’ours-garou transformé en course-poursuite), multiplient les orques comme des fournées de pain noir, et placent généralement l’ensemble de ce deuxième volet sous le signe de la nuit gangréneuse (cf, entres autres choses, les prophéties anxieuses de Gandalf ou sa visite de Dol Guldur, les fréquentes irruptions de Sauron - le mantra du mal - l’ambivalence de Thorin, ou la lumière lunaire qui remplace celle du soleil à rayon nommé pour dévoiler la serrure d’Erebor). Non, on ne baigne évidemment pas dans un sous-texte pétrifiant de subtilité, mais ce n’est pas l’objet ici, puisque le boulot est fait, et bien fait : d’une extrémité à l’autre de ce second volet, Peter et ses ouailles tendent une passerelle entre les deux trilogies, sur- impriment leur œuvre sur celle du maitre sans jamais trahir son esprit, maintiennent les cohérences parallèles des deux récits, offrent à leurs adeptes un fan-service plutôt légitime, et soufflent dans les bronches de la Désolation de Smaug des envies de fresque tranche-cynisme.



Seulement, une fresque, ça ne se pond pas les ailes croisées, et pour Jackson, le meilleur moyen de passer du point A au point E (comme émerveillement, ce gros mot qu’on ne prononce plus) reste encore une bonne traversée de son bac à sable CGI. Parce que l’animal est généreux, la séquence de la fuite en tonneaux, chorégraphiée au poil de nain près, relève du miracle et plane d’emblée un ton au-dessus des autres. Découpage assassin, fluidité rare, exploitation surdouée de l’espace, points de vue subjectifs, travellings à raz de torrent ou à fleur d’orque, bastons exponentielles mais abouties, sens du détail quasi-déviant : PJ et ses équipes se la jouent grands princes, donnent beaucoup, et on prend ce que l’on peut. Un principe qui vaut d’ailleurs pour les autres séquences d’action, dont la colère de Smaug et l’attaque de Laketown façon Assaut par des orques chasseurs de prime ne sont pas les exemples les moins probants. Tabassés de bonheur plastique, on irradie, mais il faudra revoir tout ça, et si possible en HFR (High Frame Rate), pour en saisir tous les mérites.



Cette Désolation de Smaug n’est pourtant pas qu’artillerie totale et spectacle lourd. Au-delà des belles lumières froides de Laketown –venise hivernale- et du travail de fond, dans tous les sens du terme, qui fait littéralement pousser des citadelles ou des bois maudits dans vos lunettes 3D, PJ adosse à l’intelligence méticuleuse de ses temps-forts la contre-danse souvent pertinente - mais pas toujours reconnue - de ses temps supposés faibles, et fait briller sur les séquences les plus anodines, comme celle qui voit l’égarement psychique des visiteurs de la forêt noire se déclarer en un seul plan, l’évidente clarté d’une mise en scène qui fonctionne en toute circonstance, que l’on remarque ou non ses rouages. Oui, c’est de l’anti-esbroufe, et oui, on parle toujours de Peter Jackson, un homme qui continue, breloque après breloque, trilogie après trilogie, de servir à genoux une certaine idée du divertissement prestige, et le monde d’un autre, sur lequel il laissera pourtant l’empreinte immortelle de sa grosse patte kiwi. Rendez-vous l’année prochaine Peter, parce qu’on a faim, et Smaug aussi, mais pas de la même chose.

 

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Avant l’hiver

Avant l’hiver

Film de Philippe Claudel (France - 2012 - 1h42) avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas, Leïla Bekhti, Richard Berry...


 

Avant l'hiver affiche unePaul est un neurochirurgien de soixante ans. Quand on est marié à Lucie, le bonheur ne connait jamais d'ombre. Mais un jour, des bouquets de roses commencent à être livrés anonymement chez eux au même moment où Lou, une jeune fille de vingt ans, ne cesse de croiser le chemin de Paul.

Alors commencent à tomber les masques : les uns et les autres sont-ils vraiment ce qu'ils prétendent être ? La vie de Paul et Lucie est-elle celle dont ils avaient rêvé ? Qui ment et qui est vrai ? Est-il encore temps, juste avant l'hiver de la vie, d'oser révéler les non-dits et les secrets ? Où sont les monstres et qui sont les anges ?

 

 

Critique "La Croix"


Après Tous les soleils, comédie qui sonnait parfois faux, Philippe Claudel, le romancier des Âmes grises et du Rapport de Brodeck, renoue avec la veine du superbe Il y a longtemps que je t’aime . Comme son premier film, Avant l’hiver dessine à petites touches ses personnages, sans se soucier de séduire dès le premier abord. On retrouve avec bonheur la lumineuse Kristin Scott Thomas, forte et fragile, aux côtés de Daniel Auteuil, en chirurgien solide et taiseux. Richard Berry confère à Gérard une humanité et une densité qui lui épargnent un pathétique de soupirant éconduit. En contrepoint de ces acteurs matures, Leïla Bekhti apporte une jeunesse plus trouble que troublante. En Lou, Paul croit reconnaître les années d’innocence où tous les avenirs, tous les chemins semblaient encore possibles.

Car le vrai sujet de ce film, qui marie élégamment drame intime et thriller, c’est l’inquiétude d’être passé à côté de sa vie. Une préoccupation dont Philippe Claudel ne cache pas qu’elle est sienne. Paul avoue volontiers que la vie lui a tout donné – métier, femme, enfant – avant même qu’il ait eu le temps de désirer. S’il avait décidé, aurait-il voulu une existence identique ? Exaspéré, Gérard estime que son ami ne méritait pas Lucie qui s’étiole à l’attendre. À sa bru, elle lance : « Victor est mon fils, mais si tu es malheureuse avec lui, il faut le quitter vite. On ne le dit jamais. » Au fil du récit, les personnages s’étoffent, révèlent des failles, laissent deviner des parts d’ombre.

Avant l’hiver subjugue par son atmosphère délicate qui distille en demi-teintes le sentiment du temps qui passe, enfermant les uns et les autres dans une prison d’habitudes et de conforts auxquels ils ne parviennent plus à s’arracher. Quand, contraint par une déviation routière, Paul s’extrait de ses perpétuels allers-retours entre son domicile et son lieu de travail, il a des difficultés à distinguer réalité et faux-semblants. Lucie se partage entre sa demeure contemporaine aux cloisons transparentes (« ton cercueil de verre », lui jette sa sœur) et son parc, qu’elle soigne avec le talent d’une paysagiste professionnelle. Dans une ambiance d’automne mélancolique, surgissent déjà les froids de la saison hivernale, tandis que l’intrigue avance vers un dénouement annoncé à demi-mot dès l’ouverture du film.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


Avec ce troisième film en tant que réalisateur, Philippe Claudel éprouve l’étendue désertique de notre capacité à appréhender les relations humaines. Après l’excellent Il y a longtemps que je t’aime et l’incursion strasbourgeoise Tous les soleils, le scénariste et romancier met en scène le vertige que provoque l’insoutenable légèreté de l’être. La morsure du froid se révèle mortelle. Il ne s’agit pas ici de quelconques fluctuations météorologiques mais bien de l’aigreur glacée qui isole les âmes.


La première fissure dans le cercueil de verre où vivent Paul et Lucie prend la forme de la reine de fleurs : la rose. Chaque pétale qui effleure ce mausolée de cristal est une lézarde dans un amour conventionnel et sans chaleur. Alors que des dizaines de bouquets sont livrés anonymement au domicile conjugal, le mari se prend à fantasmer une autre vie tandis que son épouse s’enlise dans la terre meuble d’un jardin à l’immensité morbide. Excités par ce remue-ménage, les secrets de famille se fraient peu à peu un chemin sinueux vers la surface tandis que le couple détourne le regard avec dégoût.
Avec la minutie chirurgicale de son personnage principal, Philippe Claudel se livre une nouvelle fois à l’exercice d’équilibriste qu’est l’étude de moeurs. Attelé à la dissection de l’existence bourgeoise et de ses corollaires putréfiées, le cinéaste injecte cette fois-ci une pointe de mystère à son oeuvre. L’analyse sociologique tend presque à se confondre avec une intrigue parfois sordide. Même lorsque le soleil est à son zénith, il peine à échauffer les passions des personnages qui ne dévoilent leurs mystères qu’à leur corps défendant.


La composition rigoriste des cadres conjuguée au travail mathématique des couleurs compose une atmosphère ténébreuse où la froideur hivernale s’annonce avec la même indolence que celle dont les Parques faisaient preuve. La représentation de l’immuabilité entre la vie et la mort, exposée sans artifices, saisit le spectateur d’une terreur innommable. A quoi bon vivre puisque nous ne le pouvons pas ?
La talentueuse Kristin Scott Thomas incarne avec maestria cette mater dolorosa qui a abdiqué tout contrôle aux hommes de sa vie. Spectre esseulé, elle ère d’une âme à l’autre dans le but un peu vain de maintenir un simulacre de bonheur. Sans la tendresse de Philippe Claudel, l’on sortirait de la salle rompu, mais la douce indulgence du cinéaste concourt à une remise en question congrue et fondamentale.

 


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La reine des neiges

La reine des neiges

Film d'animation de Chris Buck et Jennifer Lee (Etats-Unis - 2013 - 1h48)


 

reine des neiges affiche uneAnna, une jeune fille aussi audacieuse qu’optimiste, se lance dans un incroyable voyage en compagnie de Kristoff, un montagnard expérimenté, et de son fidèle renne, Sven à la recherche de sa sœur, Elsa, la Reine des Neiges qui a plongé le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel… En chemin, ils vont rencontrer de mystérieux trolls et un drôle de bonhomme de neige nommé Olaf, braver les conditions extrêmes des sommets escarpés et glacés, et affronter la magie qui les guette à chaque pas…
Anna et Kristoff vont devoir rivaliser de courage et d’inventivité pour survivre et sauver le royaume du chaos...

 


 

Critique "Le Parisien"


C’est une vieille partition : dès les premiers courts-métrages animés produits sous sa houlette — « Oswald le lapin chanceux » (1927) ou « Steamboat Willie » (1928) —, Walt Disney insista pour que la musique ait une valeur aussi importante que les images. Un principe qui fut également de mise avec « Blanche-Neige » (1937), premier long-métrage animé du studio, et les suivants.

Pourtant, au fil des années, le studio a eu tendance à lever le pied sur les ritournelles dans ses films, jusqu’à parfois faire carrément l’impasse. Mais « la Reine des neiges », qui sort aujourd’hui en France, marque un retour au dessin animé musical, avec pas moins de huit chansons interprétées par les personnages principaux et secondaires du film. Et quelles chansons! Enlevées, entraînantes et jouées plein pot lors des projections, elles contribuent pleinement à faire de cette histoire de princesses venues du froid un très grand Disney.

« La Reine des neiges » conte le destin d’Elsa, princesse d’un fjord du Nord frappée par une terrible malédiction : tout ce qu’elle touche se transforme en glace. Elle refuse donc tout contact physique avec ses proches, au risque de leur geler le cœur de façon irrémédiable, mais elle va tout de même finir par plonger son royaume dans un hiver éternel. Sa jeune sœur, Anna, va alors entreprendre un périlleux voyage dans les montagnes en compagnie d’un bûcheron, d’un renne et d’un bonhomme de neige facétieux pour tenter de mettre fin à la malédiction.

Adapté d’un conte d’Andersen et de légendes nordiques, le film bénéficie d’un graphisme extrêmement soigné qui colle magnifiquement à son histoire, pour lequel les animateurs du studio se sont rendus en Norvège afin de s’inspirer des costumes folkloriques locaux, des paysages somptueux (fjords, montagnes, lacs…) et des arts décoratifs du pays. Le tout au service d’un scénario qui, s’il est ancré dans le conte traditionnel, s’avère d’une grande modernité grâce à ces deux princesses de choc, aussi impétueuses que têtes brûlées.

Et puis, il y a les fameuses chansons, qui rythment cette histoire sur un tempo endiablé. Le studio a fait appel au duo américain montant de la comédie musicale, Robert Lopez et son épouse, Kristen Anderson-Lopez, compositeurs du musical « The Book of Mormon » qui cartonne actuellement à New York et Londres. De même, pour l’adaptation française du film, le studio a préféré recruter — à l’exception notable de Dany Boon qui interprète le bonhomme de neige Olaf — des chanteurs issus de comédies musicales plutôt que des comédiens pour doubler les personnages. De bonnes idées, qui concourent à faire de « la Reine des neiges » un remarquable dessin animé musical, que Walt Disney aurait entièrement approuvé. Ce qui tombe bien : Walt avait déjà eu lui-même le projet d’adapter le conte d’Andersen à l’écran.


 

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L’apprenti Père Noël et le flocon magique

L’apprenti Père Noël et le flocon magique

Film d'animation de Luc Vinciguerra (France - 2013 - 1h30)


 

apprenti pere noel flocon affiche uneCette fois, c’est officiel : Nicolas est le nouveau père Noël. Sacrée responsabilité pour un petit garçon de 7 ans !…
Mais à deux jours de sa première tournée, Nicolas doit faire face à une terrible crise : Aux quatre coins du monde, la magie de Noël est en train de disparaître, et c’est lui qui en est la cause !
Car Nicolas a contracté la maladie des enfants qui veulent grandir trop vite : La grande-Personnelose ! Le conseil des anciens pères Noël est contraint de le démettre de ses fonctions de toute urgence. Pour regagner sa place et sauver Noël, Nicolas va devoir retrouver l’innocence, la fraîcheur et l’insouciance de son enfance. Heureusement, « L’esprit de Noël » veille sur le petit garçon et place sur son chemin un calendrier magique ! C’est, pour Nicolas, le début d’un voyage plein de surprises au travers des 24 portes du calendrier.

 


 

Critique "20 minutes"


L’apprenti Père Noël et le flocon magique fait suite à L’apprenti Père Noël qui a réuni plus de 580 000 spectateurs dans les salles françaises en 2010. Luc Vinciguerra y retrouve le jeune Nicolas alors qu’il s’apprête à prendre en charge la fabrication et la livraison des jouets, une besogne phénoménale que le gamin n’est pas encore tout à fait prêt à assumer.

Epaulé par ses coscénaristes Alexandre Révérend et David Freedman, le réalisateur a dû composer avec des contraintes budgétaires comme s’il travaillait en prises de vues réelles. Chaque dessin compte surtout quand on travaille en 2D, méthode d’animation traditionnelle. «Les scènes qui comportent de nombreux personnages sont plus onéreuses que les autres. Comme nous disposions de moins d’argent que pour le premier volet, il a fallu concentrer certaines actions sur un seul décor ou limiter le nombre d’apparitions des elfes du père Noël ce qui nous a obligés à nous nous montrer plus créatifs.»

Toute la partie créative et la postproduction ont été effectuées en France, tandis que décors et animation étaient sous-traités aux Philippines. «Tout faire en France aurait doublé le budget du film. Depuis le début des années 1990, il est courant de travailler avec l’Asie. Internet permettait de communiquer en temps presque réel avec nos collaborateurs philippins». L’esthétique de ce charmant conte de Noël n’a pas souffert de ces paramètres. C’est avec un plaisir égal que toute la famille plongera dans le monde enchanté de Nicolas, de ses elfes taquins et de ses pères Noël retraités tous plus rigolos les uns que les autres.


 

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The immigrant (VOST)

The immigrant (VOST)

Film de James Gray (Etats-Unis - 2013 - 1h57) avec Joaquin Phoenix, Marion Cotillard, Jeremy Renner...


Film proposé en Version originale sous-titrée


 

immigrant affiche une1921. Ewa et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules. Pour sauver sa soeur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, résignée, à la prostitution.

L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance et l'espoir des jours meilleurs. Mais c'est sans compter sur la jalousie de Bruno...

 


Critique "Les Inrockuptibles"


Une fois encore cette année, c’est avec une forme d’indifférence polie qu’a été accueilli un film de James Gray en compétition officielle du Festival de Cannes. Le cinéaste américain a l’habitude : ni The Yards, ni La nuit nous appartient, ni même son chef-d’œuvre Two Lovers n’auront en leur temps suscité l’enthousiasme de la presse ou du jury, confirmant que l’auteur est, dans sa génération (celle des David Fincher et Paul Thomas Anderson), l’un des plus sous-estimés.

Dans le cas de The Immigrant, la raison de ce dédain est sûrement à chercher du côté de l’époque : le film est trop classique, trop mélodramatique, trop premier degré pour se conformer à l’imaginaire contemporain, qui n’accorde plus vraiment de crédit au lyrisme ni aux grands sentiments. Peut-être aussi n’est-il pas assez immédiatement séduisant : sa beauté paraît enfouie, son émotion diffuse, si bien que l’on a pu parler ici où là de film mineur à son propos.

Or c’est justement sa première qualité : The Immigrant, malgré ses allures d’épopée en costumes, malgré tout son symbolisme religieux, ne vise et n’atteint jamais la grandiloquence ; il lui préfère le murmure délicat d’une tragédie austère mais pas moins déchirante. Même dans sa reconstitution historique, il fait le choix de la sobriété : les années 20, où s’ancre le récit, sont figurées dans un dépouillement extrême par des images d’un New York en lambeaux, grouillant et boueux, à peine entré dans sa période moderne.

Le film s’ouvre sur une journée ordinaire dans le centre de réception des immigrés à Ellis Island, où l’on découvre Ewa Cybulski (Marion Cotillard) et sa sœur Magda, deux Polonaises qui, fuyant la misère en Europe, viennent tenter leur chance aux Etats-Unis.

Parce qu’on lui diagnostique une tuberculose, Magda est placée en quarantaine dans l’attente de son expulsion tandis qu’Ewa parvient à passer la douane grâce à un homme mystérieux, Bruno (Joaquin Phoenix), directeur d’une troupe de danseuses prostituées dans un tripot minable de Manhattan.

Sous sa protection, virant très vite à la domination, la catholique Ewa devra aller contre ses convictions profondes et se soumettre à faire le tapin pour libérer sa sœur, le film déroulant le suspense de leurs retrouvailles sur le modèle des Deux Orphelines de Griffith.

Tout ce qui s’ensuit alors, le portrait d’une femme pieuse confrontée au vice, ses tourments existentiels, le déferlement arbitraire du destin, l’emballement soudain des cœurs, tout pourrait se résumer par cette question que pose Ewa à la fin de son calvaire : “Est-ce un péché de vouloir être heureuse ?” Il y aura certes sur le chemin de son odyssée quelques promesses de salut, dont un beau prétendant magicien (Jeremy Renner), mais rien qui puisse freiner le déclin de cette héroïne dostoïevskienne : il faudra qu’elle aille au bout de sa peine, au bout de sa souillure, pour entrevoir enfin la possibilité du bonheur.

A partir de cette grande fresque tragique, empreinte de religiosité (Marion Cotillard y est filmée en mère de douleur constamment entourée d’un halo de lumière), James Gray déploie un mélodrame minéral, d’une simplicité absolue, tant dans sa mise en scène au classicisme racé, saisie dans l’envoûtante photographie mordorée du chef opérateur Darius Khondji, que dans sa direction d’acteurs ou la conduite de ses émotions. Il y a quelque chose d’à la fois très doux et tourmenté dans ce récit de rédemption qui se cristallise autour du rapport ambigu noué entre Ewa la pute et Bruno le maquereau, deux figures naïves du bien et du mal qui se rencontrent, se heurtent et se pardonnent.

Jusqu’à quel point l’innocence peut-elle résister à la corruption des hommes au cœur de poison, à leur désir de pouvoir ? Doit-on sacrifier ses premiers idéaux pour survivre ? Ce sont les questions, infiniment contemporaines, qui hantent le film jusqu’à son terme : un brillant faux split-screen qui déchire le plan, renvoie la bête à son obscurité puis élance la belle vers un horizon apaisé. Et nous laisse terrassé par la majesté si tranquille d’un cinéaste au sommet.

 

Critique "Télérama"


«Le visage d'une femme. Dans cette église où elle s'est réfugiée pour s'abandonner, enfin, au chagrin, James Gray filme Marion Cotillard comme une héroïne de tragédie, accueillant soudain en elle une grâce qu'elle n'espère plus. Comme une star du cinéma muet, aussi : on dirait Lillian Gish dans certains mélos de Griffith. La beauté à l'état pur... Durant le long temps que dure ce plan magnifique, on contemple cette femme en détresse, éclairée par la lumière des cierges et un choeur de voix qui semblent, un instant, l'apaiser...

Les Deux Orphelines, de Griffith : on y pense, bien sûr, en voyant débarquer ces deux jeunes Polonaises, au début des années 1920, dans une Amérique que les immigrés rêvent encore en Terre promise. Magda, la cadette, soupçonnée d'être tuberculeuse, est aussitôt mise en quarantaine. Ewa (Marion Cotillard) veut la délivrer avant leur expulsion et devient vite la victime d'un proxénète qui exhibe ses filles dans un boui-boui que dirige une vieille Russe grassouillette (Elena Soloveï, interprète, jadis, d'Esclave de l'amour, de Nikita Mikhalkov)... La Russie imprègne tous les films de James Gray. Telle une veilleuse, elle éclaire les personnages de Little Odessa, les décors de The Yards, la psychologie de Two Lovers. Ici, Bruno le proxo (Joaquin Phoenix, plus sobre qu'à l'ordinaire, hormis dans la dernière séquence) semble sortir d'un de ces grands romans du xixe siècle, fondé sur la faute et le remords. C'est ce qu'il éprouve devant celle qu'il détruit. Sans y réussir, d'ailleurs : plus Ewa s'abaisse, plus elle se purifie, plus elle s'élève. Et plus elle s'éloigne de lui, le laissant inconsolable et fou de jalou­sie, quand un rival — un magicien ! — surgit dans leur vie. Comment supporter que la femme aimée en regarde un autre, qu'elle lui sourie, qu'elle songe à fuir avec lui... Chacun de ces deux êtres fait donc le malheur de l'autre. Mais, comme chez Dostoïevski, provo­que ainsi sa rédemption. Par la déché­ance qu'il lui impose, elle atteint son but. Dans la passion qu'il lui voue, il découvre le sacrifice et le don de soi...

Avec l'aide de son chef opérateur, Darius Khondji, James Gray transforme New York en décor d'opéra ocre et sombre. Ellis Island, lieu d'espoir des immigrés, devient un château maléfique à la Dumas ; l'appartement tassé, asphyxiant, de Bruno semble inspiré par La Vie de bohème, de Puccini, alors que les ruelles grouillantes de la ville évoquent le réalisme poétique de L'Opéra de quat'sous...

Toute cette noirceur est bousculée, niée, annihilée par celle dont James Gray fait son héroïne, au sens le plus noble du terme. Son porte-parole. Et une source d'espoir : celle qui, par sa douceur sans limites, résiste à l'infamie. Une guerrière. Et une lumière devant laquelle le Mal s'efface, interloqué.

 

Critique "EcranLarge.com"


Les films de James Gray s'enchaînent sur les mêmes thématiques et pourtant leurs qualités ne faiblissent pas. The Immigrant vient donc poser une pierre de plus à l'œuvre déjà magnifique du réalisateur américain, ce qui ne cesse d'impressionner.

Au début du XXe siècle, Ewa (Marion Cotillard) émigre de Pologne avec sa sœur. À son arrivée sur le territoire américain, elle échappe de justesse à l'expulsion. Bruno (Joaquin Phoenix), un souteneur ambigu, lui propose son aide. Ewa est alors utilisée comme divertissement pour les plus riches et finit bientôt par se prostituer, sur les bons conseils de Bruno. Le cousin de ce dernier va tenter de la sortir de là.

C'est avec ce principe de départ relativement simple que Gray développe toutes ses obsessions personnelles. Issu lui-même de l'immigration ukrainienne, le metteur en scène raconte la survie de son héroïne immigrée au sein d'un théâtre érotique du Lower East Side - et à travers ça, l'histoire de sa propre famille. À cette époque, le quartier est misérable. Les flics y sont corrompus et la désespérance pousse chacun à se servir de l'autre.

La manipulation et la trahison ont déjà fait le cœur des sujets de The Yards et de La nuit nous appartient : au sein d'une même famille, le frère dénonce le frère, la mère écrase le fils, le père est tué par le fils... On retrouve dans The Immigrant des idées bibliques similaires, bien que pour la première fois le sujet se focalise autour d'une femme déchirée entre plusieurs univers et qui n'arrive pas à faire ses choix. Gray réutilise les mythes anciens et construit une nouvelle fois son film comme un opéra. Influencé cette fois-ci par Puccini, le mélodrame déroule une fable qui va lorgner vers le cinéma américain des années 30 dans lequel Greta Garbo et Bette Davis campaient des femmes bien solides, mais au fond qui se révélaient brisées par un système social machiste et dévastateur.

Marion Cotillard incarne avec talent et précision son personnage, jouant notamment avec son grand regard qui rappelle l'utilisation que les comédiennes en faisaient dans le cinéma muet. La froideur et la distance entretenues par son rôle contraste avec la violence et la couardise des autres personnages. Joaquin Phoenix et Jeremy Renner composent effectivement une parfaite fratrie symbolique qui se déchaine autour de la belle. L'un est macro, l'autre est magicien. Chacun a donc ses artifices. On y devine les deux versants complémentaires de l'Amérique du mensonge, à savoir l'illusion et la réalité.

D'une facture classique, la mise en scène est d'une élégante sobriété proche de celle de The Yards, d'autant plus que la photo signée Darius Khondji nous rappelle ce film-là. Jouant sur un expressionnisme ocre pour ne pas dire sépia, Gray nous offre une atmosphère pesante, picturale et infernale, chargée en ombres et en décors lourds de sens. De la prison au théâtre, de l'appartement aux rues étroites, tout vient écraser les différents protagonistes de cette histoire. Aucune échappatoire ne semble se proposer à eux, seuls des couloirs rigides et des pièces minuscules accueillent les drames qui se jouent autour de la jalousie et de l'envie.

James Gray reste l'un des conteurs modernes les plus talentueux, un auteur qui entretient le classicisme plutôt que le combattre. Avec son cinquième film il suit donc la ligne droite de son cinéma. Il est évident qu'avec The Immigrant il risque d'agacer par la narration et le style que l'on connait par cœur chez lui. Manque de renouvellement peut-être, « défaut » très visible au sein d'une sélection cannoise 2013 originale et de haut vol, il faut surtout y voir la continuité d'un travail de maître logique et soutenu, initialement entamé avec Little Odessa.

 

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L’enfant qui voulait être un ours

L’enfant qui voulait être un ours

Film d'animation de Jannik Hastrup (Danemark - 2002 - 1h14)


Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 3 euros


 

ENFANT QUI VOULAIT ETRE UN OURS affiche unePoursuivi par une meute de loups, un couple d'ours blancs court à perdre haleine sur la banquise. Ils échappent de justesse à leurs poursuivants, mais l'ourse perd le petit qu'elle s'apprêtait à mettre au monde.
Comme l'ourse est inconsolable, le mâle s'introduit dans une maison et enlève un nourrisson.
Il ramène ce petit à sa compagne, qui fait d'abord mine de l'ignorer, puis ne peut s'empêcher de le prendre contre elle pour le réchauffer.
Le nourrisson a trouvé une nouvelle mère…
Durant de longues années, il sera élevé en tous points comme un petit ours, jusqu'à ce que son père naturel finisse par le retrouver.
De retour parmi les hommes, l'enfant est malheureux. Incapable de s'adapter à sa nouvelle vie, il se prend à souhaiter l'impossible : devenir un ours !

 

 

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