Gloria (Avant-Première Exceptionnelle – VOST)

Gloria (Avant-Première Exceptionnelle – VOST)

Film de Sebastián Lelio (Chili - 2013 - 1h45) avec Paulina García, Sergio Hernandez, Diego Fontecilla...


Film proposé en Version originale sous-titrée


Ours d'Argent de la Meilleure actrice au festival de berlin 2013

 

Gloria affiche uneA 58 ans, Gloria se sent toujours jeune. Célibataire, elle fait de sa solitude une fête et passe ses nuits dans les dancings de Santiago. Quand elle rencontre Rodolfo, tout change. Elle tombe amoureuse et s’abandonne totalement à leur passion tumultueuse. Traversée tour à tour par l'espoir et les désillusions, ce qui pourrait la faire sombrer va au contraire lui permettre d'ouvrir un nouveau chapitre de sa vie.

 

Critique "FilmdeCulte.com"


Nouveau long métrage du Chilien Sebastián Lelio, repéré il y a quelques années à la Quinzaine des réalisateur avec Navidad, Gloria est un redoutable crowd-pleaser qui devrait faire exploser le cinéaste sur la scène internationale. Gloria raconte l'histoire d'une femme divorcée, dont les enfants sont grands, qui est active et qui approche de la soixantaine. Gloria sort, danse, saute à l'élastique, chante à tue-tête les chansons sirupeuses qui passent dans sa voiture. Derrière l'entrain et l'enthousiasme, une amertume. Le film pourrait être une fable mièvre ou une recette didactique, mais Lelio se montre particulièrement habile dans les nuances, doué dans les ruptures de ton. Rien n'est jamais tout noir ou rose dans Gloria, les deux se côtoient, et Lelio tient cet art du doux-amer jusqu'au bout.

Exemple: l'une des meilleures scènes du film est à la fois la plus triste et la plus hilarante. Gloria s'y bourre la gueule dans un casino de mauvais goût, échange des smacks avec un dodu moustachu, tournicote à cheval sur un manège à poupons et finit comme une épave sur une plage, échouée telle Baby Jane. Il n'y a aucune cruauté dans la caméra de Lelio, simplement de la bienveillance même lorsque le sort joue des tours. Le cinéaste ne quitte jamais Gloria des yeux, son objectif est toujours centré sur elle, lors d'une discussion, lors d'une séquence musicale. Gloria est toujours en mouvement mais vient le moment où plus rien ne bouge alors que tout, autour d'elle, s'agite. Sa fille qui s'installe à des milliers de kilomètres, une manifestation qui arpente le pavé, des femmes légères qui s'en remettent au hasard au casino. Et Gloria, stoppée net, de croiser une figurine dansante: celle d'un squelette animé par un artiste de rue. La pulsion de vie qui anime le long métrage de Sebastián Lelio le rend assez euphorisant. Il lui manque probablement plus d'inspiration formelle. Mais son cœur est son actrice: Paulina Garcia, de tous les plans, largement à la hauteur de ce personnage extraordinaire dont le générique de fin chante le nom.

Critique "AbusdeCiné.com"


« Gloria », film chilien présenté au Festival de Berlin 2013, a longtemps fait office de favori, boostant par sa générosité et son humanisme, le moral de festivaliers abruvés de films sociaux peu à même de détendre l'atmosphère. Au final, ce joli film passé par la case du « Cine en construcción » du Festival de San Sebastian quelques mois auparavant, a valu un prix d'interprétation mérité à Paulina Garcia, interprète principale qui incarne une quinquagénaire divorcée depuis 10 ou 12 ans (elle ne le sait même plus elle-même...) qui tente de retrouver quelqu'un.

Sebastián Lelio mise tout d'emblée sur le détail, prenant son temps pour dépeindre cette femme au physique plutôt agréable. Elle sait prendre soin d'elle et trompe sa solitude en remplissant sa vie de musique, dans sa voiture (où elle écoute des tubes quelque peu défraîchis, en adéquation avec l'image qu'elle renvoie elle-même), comme lors de ses sorties (dans des bars où l'on danse...). Trompant sa solitude, elle a tendance à envahir gentiment la vie de ses deux enfants, devenus grands, mais fait même pleurer son petit fils, dès qu'elle l'a dans les bras. Saura-t-elle contrer son effet repoussoir, en mettant en sourdine son mal-être et son manque de contact humain ?

Au travers d'une principale histoire d'amour avec un homme divorcé depuis un an, propre à réveiller les passion qui sommeillent en Gloria, l'auteur nous propose un très beau portrait d'une femme en proie aux doutes, et potentielle victime d'hommes peu bienveillants. Soucieuse de retrouver une vie privée, elle est prête à accepter petits arrangements et humiliations passagères. Angoissée par l'idée de se retrouver seule, elle encaisse tant bien que mal le départ annoncé de sa fille pour la Suède, risquant de perdre la complicité qui fait sa fierté lorsqu'elle lui confie ses secrets. À un âge critique, face à la lâcheté avérée des hommes, elle pourrait aussi bien s'écrouler que rester combative.

Mais l'auteur a choisi pour elle une des deux voies, délivrant un tendre message sur la fierté, le fait de savoir rebondir et danser malgré tout. Paulina Garcia compose une Gloria tout en sobriété (même sous influence), qui observe la vie des autres sans broncher, le regard plein d'espérance. Elle est presque une sainte (voir le plan avec le sèche-cheveux, formant une auréole au dessus de sa tête) dans sa capacité à encaisser les coups. Et c'est avec tendresse qu'elle regarde dans la rue une marionnette de squelette souriant, qu'un manipulateur fait danser, reconnaissant une sorte d'image d'elle-même, usée physiquement, mais combative. C'est grâce à ce genre de paraboles cruelles que le scénario de « Gloria » touche, libérant de soudaines pointes d'émotion, lorsqu'il met Gloria face à sa propre condition de femme vieillissante... mais certainement pas morte. Un film aussi bouleversant que stimulant.

Critique "Télérama"


Quand un festival s’endort – ou tarde même à s’éveiller – un bon « feelgood » movie, une comédie un peu profonde semble un don du ciel. C’est ce qui est arrivé à la Berlinale avec la projection du film chilien Gloria, signé Sebastian Lelio, propulsé illico favori de la critique (donc, selon la critique, du jury). Le tableau des étoiles du quotidien Screen International, regroupant quelques pointures de la presse cinéma européenne, l’a immédiatement reflété : Gloria y obtient la note de 3,4 (sur 4), distançant nettement le pâle leader précédent (le film d’Ulrich Seidl, avec 2,1)…

A défaut d’être révolutionnaire, Gloria est effectivement très bien écrit et souvent inspiré : c’est un beau portrait « entre deux âges », comme on aurait dit jadis, cherchant après son divorce, sinon à retrouver l’âme sœur, du moins à profiter des plaisirs de la vie, sexe compris. Pas de bol, l’alter ego qui lui plaît, et qu’elle séduit, n’est pas tout à fait aussi divorcé qu’il voulait le bien dire… Gloria n’est pas un vaudeville pour autant : c’est une chronique énergique – et élégiaque à la fois – sur les pas d’une actrice, Paulina Garcia, qui habite littéralement un personnage et ne quitte quasiment jamais l’écran.

Sebastian Lelio, remarqué pour ses deux premiers films (La Sagrada Familia, en 2006, volontairement provocant, et Navidad, plus subtil, en 2009), montre tout – y compris le sexe entre quinquas – et ne juge rien, laissant son héroïne trébucher puis se relever, au gré de ses déceptions amoureuses, ses embrouilles familiales, voire ses disputes avec son voisin. Le résultat est le portrait, forcément touchant, d’une femme libre, plus libre même qu’elle ne le croit, alors qu’autour d’elle chacun paraît enfermé par ses proches ou ses préjugés. La fluidité du récit est servie par d’excellents choix musicaux (du disco des bals pour deuxième âge et demi à une très belle interprétation des Eaux de Mars, de Tom Jobim), et une écriture joyeuse, volontiers ironique. De la belle ouvrage !
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Les garçons et Guillaume, à table !

Les garçons et Guillaume, à table !

Film de Guillaume Gallienne (France - 2013 - 1h25) avec Guillaume Gallienne, André Marcon, Françoise Fabian...


 

Caméra d'Or au Festival de Cannes 2013

 

les garcons et guillaume affiche uneLe premier souvenir que j’ai de ma mère c’est quand j’avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant : "Les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "Je t’embrasse ma chérie" ; eh bien disons qu’entre ces deux phrases, il y a quelques malentendus.

 

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Ah, le rire ! Aussi subjectif que le goût ou le désir. Il y a quelque chose d’indiscutable et de pulsionnel dans le rire, qui dépasse la réflexion ou les critères esthétiques.

On rit ou on ne rit pas. Ainsi, Gérard Oury n’était sans doute pas un grand cinéaste mais Louis de Funès (qui était peut-être le grand cinéaste secret caché derrière Oury) m’a fait hurler de rire toute mon enfance, et encore aujourd’hui. Chaplin, Wilder, Woody, Jim Carrey me font marrer, pas Laurel & Hardy, Blake Edwards, Francis Veber, Omar Sy ni même Tati (lui, c’est autre chose, il m’émerveille).

Tout ça pour dire qu’après la projection cannoise du premier film de Guillaume Gallienne, certains faisaient la fine bouche, estimant que Les Garçons et Guillaume… n’était qu’une pochade, pas du grand cinéma. Peut-être, mais comme la majorité du public de la Quinzaine des réalisateurs, je venais de vivre une heure et demie d’hilarité.

Quand un film me fait rire à ce point, j’en suis tellement reconnaissant au talent et à la générosité de son auteur que ça prime sur tout. Faire rire sans faire honte, faire rire avec et non contre (ou alors, tout contre), c’est sans doute l’art le plus difficile.

Cela dit, je tiens que Les Garçons…, au-delà de sa vis comica, c’est aussi du bon cinéma. Si le style visuel de Gallienne n’est pas novateur, son écriture, son timing et son jeu sont renversants. Il y a du cinéma dans Les Garçons…, mais c’est dans les personnages, les acteurs, le tempo et le rapport à l’autobiographie qu’il faut le chercher (et qu’on le trouve), comme chez Guitry, Allen ou Moretti.

Guillaume, c’est donc cet ado qui vit avec ses grands bourgeois de parents et ses deux frères. Guillaume possède une petite singularité dans son milieu social ultra normé : il a des manières efféminées, aime jouer à la poupée ou se déguiser en impératrice Sissi. Ses frères se moquent de lui, sa mère le couve avec amour et sévérité, le considèrant comme la fille qu’elle n’a pas eue, et tout le monde est persuadé qu’il est homo.

Pas besoin de ressortir son vieux Bergson pour voir se dérouler ici un florilège de tous les types d’humour, du comique de caractère au comique de situation, du trait d’esprit langagier au comique d’action. Guillaume Gallienne rejouant une version fictionnée de sa propre jeunesse, c’est très drôle. Ça l’est d’autant plus que l’acteur s’est dédoublé pour jouer aussi sa maman, avec la même verve. C’est intéressant aussi, puisque l’acteur-scénariste-réalisateur repasse par son passé en adoptant tous les points de vue : le sien, celui de sa mère, celui des autres. Intérieur, extérieur, en soi et sur soi. C’est par le rire et la prise de distance à soi-même que l’on apprend à vivre avec ses blessures et (petits) drames passés.

Sous ses dehors farcesques, Guillaume… est aussi un film politique, sociétal. Sans commettre de spoiler, on peut dire que la grande révélation tardive du film, c’est que malgré sa forte part féminine, Guillaume aime et désire les femmes. Il serait erroné de voir dans ce retournement un triomphe final de la norme. D’abord, parce que la mère est surprise et presque déçue, elle qui s’était tellement habituée à ce que son fils soit comme sa fille. On convoquera Bergson encore : l’inversion est l’un des processus du rire et de sa portée critique (l’enfant qui fait la leçon aux parents, le prévenu qui fait la morale au juge, etc).

En inversant ici le majoritaire et le minoritaire en matière de genre et de sexe, Gallienne fait valser les repères et renvoie les préjugés dans un néant d’où ils n’auraient jamais dû sortir. En faisant rire d’un coming-out hétéro, il tend un miroir subtil et impitoyable à l’homophobie, à son ridicule et à sa bêtise.

Ce qui compte, c’est l’épanouissement de l’individu libre, pas la conformité à ce que les autres attendent de lui, tel semble être le message de cette brillante fantaisie placée sous le double signe de Cocteau (cultive tes défauts) et d’Almodóvar (une des premières séquences se passe en Espagne). Comme le roi de la movida, Gallienne réussit le mariage du rireet de l’émotion, du progressisme et de l’universel, il rapproche la marge du centre en abordant des questions lourdes de façon légère. L’essence d’une vraie comédie populaire.

 

Critique "Libération"


Les veinards qui eurent la chance d’assister au spectacle de Guillaume Gallienne Guillaume et les garçons, à table ! n’imaginaient pas que tout cela puisse être surpassé. Or, si. Ou plus exactement : Sissi. En l’espèce dans une chambre d’adolescent, un jeune homme s’adonnant, tout en couette ceinturée autour des reins et pull-over sur la tête, à une impeccable évocation de l’impératrice tragique, à la marge de l’immarcescible trilogie cinématographique, avec Romy-qui-vous savez as Sissi.Sur la scène du théâtre, c’était un sommet de rigolade. Au cinéma, c’est l’Annapurna, plus toute la cordillère des Andes. Au théâtre, Gallienne, Fregoli increvable, jouait tour à tour tous les rôles. Au cinéma, ce sont tous les rôles qui se jouent de lui. Ainsi du personnage clé de Maman-la-terrible qui n’est pas joué par la vraie mère de Gallienne, ni par une actrice, mais par Guillaume G., lui-même, mélange optique réussi de Cruella d’enfer et de Josiane Balasko dans le meilleur de ses pires moments. Quant à Gallienne, il n’est pas tout à fait lui puisqu’il interprète, énorme et faramineux, le rôle de Guillaume.Et le film n’est pas tout à fait l’autobiographie d’un garçon-fille s’extirpant de toutes ses gaines, tant sociales que sexuelles, puisque sans cesse la fiction, voire la folie furieuse, s’invite à la table.Et ainsi de suite dans un labyrinthe de faux miroirs et de vrais-faux semblants qui sont la part étourdissante de cette comédie majoritairement hilarante. Mais pas que. Gallienne est travaillé du genre, drôle de genre et genre drôle, qui l’expédie souvent dans de belles zones d’incertitude : une fois à la baille dans une piscine en p’tit pull marine (from Isabelle A. with love) où un de ses frères a tenté de le noyer («pas de quoi en chier une pendule», dirait la maman féroce), une autre fois dans un manège équestre où physiquement libéré de toutes ses pesanteurs, Guillaume se vit enfin planant. Jeu est un(e) autre, figure-toi.

 
 

Critique "L'Humanité"


Guillaume Gallienne n’a pas le physique et encore moins la gueule de l’emploi. Ni Ventura, ni Cary Grant. Disons que s’il fallait lui coller une filiation, ce serait du côté d’un Bourvil ou d’un Bernard Ménez qu’il faudrait lorgner. Car il est de la trempe de ces acteurs au physique passe-partout qui recèlent une force intérieure capable de transcender leur fragilité, de se jouer de l’évidence et de révéler leur part d’ombre et de lumière de façon inattendue.Sociétaire de la Comédie-Française, Guillaume Gallienne a, comme on dit communément, de la bouteille. Il est un acteur aguerri et atypique qui, au fil des ans, a creusé son sillon au théâtre. En portant à l’écran la pièce de théâtre du même nom, il franchit joyeusement le Rubicon, évitant l’adaptation linéaire, partageant le générique avec une sacrée brochette d’acteurs là où, sur les planches, il était seul à incarner tous les rôles, ce qui relevait davantage de la performance qu’autre chose. Pour le cinéma, il a su imaginer un film intime comme une aventure épique et rocambolesque dans lequel il incarne à la fois le fils et la mère dans une relation complexe et directe, tendre et rude, vivante et joyeuse autour de laquelle gravite toute une galaxie de personnages qui participent de ce récit de vie.Les Garçons et Guillaume, à table ! est une comédie décomplexée, vive et intelligente qui aborde de front le sujet de l’identité. Qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quelle étagère ? Guillaume n’est pas un garçon comme les autres. Pas sportif pour deux sous, il passe son temps à se déguiser. En fille, en princesse. À imiter sa mère dont la personnalité le fascine. Pour les figures féminines qui l’entourent, mère, grand-mère et tantes, ce n’est pas un problème. Son sort est quasiment réglé. Guillaume est homosexuel. Point. Alors Guillaume s’essaie à l’homosexualité comme d’autres font du yoga ou de la peinture sur soie. Côté paternel, qui semble porter aux nues et ailleurs la virilité, c’est l’incompréhension totale. Mais tout le monde semble s’accommoder de la situation. Sauf Guillaume, dont les tentatives amoureuses auprès des garçons sont des fiascos.Ce n’est pas tant un film sur l’homosexualité ou l’hétérosexualité mais bien un film qui interroge la virilité. C’est quoi, un homme, un vrai ? La barbe et les biscotos, ou autre chose ? Rares sont les acteurs et les hommes qui s’aventurent sur ce terrain-là. C’est avouer, s’avouer, qu’on est sûr de rien, qu’il n’y a pas d’évidence. Une preuve d’intelligence, d’humilité. Et si ma mère avait raison ?


 

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La Vénus à la fourrure

La Vénus à la fourrure

Film de Roman Polanski (France - 2013 - 1h33) avec Emmanuelle Seigner, Mathieu Amalric...


 

 

VENUS-A-LA-FOURRURE affiche uneSeul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

 


 

Critique "EcranLarge.com"


A 80 ans, Roman Polanski a encore beaucoup de choses à raconter. A commencer par celle qui partage sa vie depuis tant d'années, Emmanuelle Seigner. Et La Vénus à la fourrure, d'être ce cadeau magnifique d'un cinéaste-mari à sa muse (remember The Artist).Déclaration d'amour à la toute puissance des actrices et des femmes en général, le nouveau film de Polanski est un festival de virtuosité dans sa capacité à sans cesse faire tomber le mur des préjugés. Tout n'est qu'apparence nous dit le réalisateur et de la manière la plus ludique qui soit. Dans un jeu de ping pong euphorisant, le metteur en scène et sa comédienne se jaugent, s'affrontent, se titillent, se séduisent. Un combat cérébral, où chaque mot et chaque regard, comptent et se veulent signifiants. Et le spectateur de prendre un plaisir fou devant ces permanents allers-retours entre la pièce qu'ils répètent et la réalité. Et quand la barrière s'estompe et qu'il est alors presque impossible de faire une quelconque distinction, on se rappelle le passé du cinéaste pour se rendre compte que finalement, Polanski ne parle peut être que de lui.

Et pour ce faire, il offre à sa femme l'occasion de se montrer sous son meilleur jour. Si Mathieu Amalric est absolument parfait, c'est effectivement le Seigner show durant tout le film. Investie comme jamais, la comédienne ose tout, cabotine avec un sens du contrôle étonnant, et démontre avec maestria à quel point l'homme n'est rien sans la femme. Grandiose !

 

Critique "La Croix"




Dans un théâtre vide, un dramaturge et metteur en scène vitupère au téléphone. Il vient de perdre sa journée, passée à auditionner des comédiennes sans talent pour la pièce, inspirée du livre de Sacher-Masoch, qu’il doit mettre en scène. Surgit en retard, trempée de pluie, une ultime candidate. Thomas veut s’en débarrasser. Vulgaire, inculte, mâchant du chewing-gum, tout en elle lui déplaît.

Vanda, qui porte le même prénom que l’héroïne de la pièce, l’oblige à lui donner sa chance. Elle se change, troque ses vêtements de jeune femme délurée et tatouée pour apparaître, sous un jour nouveau, en aristocrate du XVIIIe siècle. Intrigante, vive et secrètement subtile, elle révèle, par petites touches ironiques et insolentes, qu’elle connaît la pièce par cœur et discerne des intentions que le metteur en scène qui la toise n’a pas vues.

Vanda commence à jouer au chat et à la souris avec cet intellectuel rogue et prétentieux. Peu à peu, elle prend l’ascendant sur lui et le dirige, inversant les rôles. Dans le huis-clos de ce théâtre désert, l’audition devient un étrange et sulfureux ballet sur un fil tendu où alternent le trouble et la complicité, la distance et le désir, la confrontation de deux esprits et l’attirance charnelle. Le texte de la pièce sert de paravent à ce pas de deux périlleux.

Roman Polanski signe un film brillant et jubilatoire, astucieux et vénéneux, autour du rapport dominant-dominé, en poussant l’argument metteur en scène-actrice, filmant sa propre femme (Emmanuelle Seigner) et un comédien (Mathieu Almaric) qui lui ressemble.

Mécanique de précision, enveloppée par la musique d’Alexandre Desplat, La Vénus à la fourrure brasse les thèmes habituels du cinéaste (enfermement diabolique, manipulation, travestissement, humour, érotisme, basculement vers la folie). Emmanuelle Seigner est fabuleuse dans ses changements incessants de registre. Face à elle, Mathieu Amalric se glisse avec délectation dans la peau d’un metteur en scène qui se décompose face à l’effet de révélation intime produit par cet affrontement pervers.

 

Critique "aVoir-aLire.com"


La présentation en toute fin de Festival de Cannes du dernier Polanski aurait pu s’avérer celle du film de trop dans une compétition de qualité, la fatigue gagnant généralement les festivaliers l’avant-dernier jour du marathon... Il n’en a rien été et l’équipe de La Vénus en fourrure a connu une ovation largement méritée, les rires et l’émotion dans la salle pendant la projection témoignant d’une adhésion complète du public. Après Carnage, le cinéaste continue dans la veine de la comédie au vitriol en proposant une variation autour d’un matériau littéraire, ici un roman érotique de Sacher-Masoch, à l’origine d’une pièce de David Ives. On retrouve d’ailleurs des similitudes avec l’adaptation de Yasmina Reza, à commencer par un prologue et un épilogue montrant des plans d’extérieur, avant de filmer un huis-clos entre personnages. Mêmes rapports policés et tendus de protagonistes quittant progressivement leur carapace sociale pour entrer dans un jeu destructeur de manipulation et domination. La comédienne supposée vulgaire et inculte s’avère une lettrée critique et subtile, le metteur en scène intellectuel et égocentrique se révèle cynique et fragile. Les deux s’affrontent via des dialogues d’une verve jubilatoire, qui montrent un Polanski de plus en plus détaché et léger, en dépit de la noirceur progressive des situations. En vieillissant, le réalisateur semble donc afficher une sérénité et une simplicité, tout en épurant ses films, à l’instar du Resnais de Smoking et No smoking qui rompait avec le drame et s’amusait, lui aussi, à tenir le pari d’une confrontation entre deux seuls acteurs.

Jamais le récit ne tombe dans les pièges d’un certain « théâtre filmé » : de l’entrée de Vanda s’incrustant sur la scène au moment où Thomas s’apprête à quitter le théâtre, au jeu sado-maso, menottes en mains, au cours duquel elle semble prendre définitivement le pouvoir, la narration suit un suspense authentiquement cinématographique, digne du Limier de Mankiewicz, mais il ne faudrait pas non plus réduire cette Vénus à un simple exercice de style brillant et bavard, culturel et vain. Derrière sa joliesse, les zones d’ombre de l’univers (artistique et privé) de Polanski sont tout à fait présentes et il est permis de penser que Mathieu Amalric incarne ici un double de l’auteur. L’acteur est remarquable d’élégance et d’intelligence, loin du cabotinage manifesté dans Jimmy P., également en compétition cette année à Cannes. Mais c’est Emmanuelle Seigner qui nous bluffe littéralement et crève l’écran par une composition toute de sensualité et un jeu d’un incontestable métier. Elle casse son image d’interprète lisse et superficielle, ce qui a aussi été le cas de Léa Seydoux dans La vie d’Adèle. N’était la concurrence dans cette catégorie, Emmanuelle Seigner aurait pu mériter le prix d’interprétation féminine.

 


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Capitaine Phillips (VF et VOST)

Capitaine Phillips (VF et VOST)

Film de Paul Greengrass (Etats-Unis - 2013 - 2h14) avec Tom Hanks, Catherine Keener, Barkhad Abdi...


Film proposé en Version française ou en Version originale sous-titrée selon les séances


 

Capitaine Philips-Affiche uneCapitaine Phillips retrace l’histoire vraie de la prise d’otages du navire de marine marchande américain Maersk Alabama, menée en 2009 par des pirates somaliens. La relation qui s’instaure entre le capitaine Richard Phillips, commandant du bateau, et Muse, le chef des pirates somaliens qui le prend en otage, est au cœur du récit. Les deux hommes sont inévitablement amenés à s’affronter lorsque Muse et son équipe s’attaquent au navire désarmé de Phillips. À plus de 230 kilomètres des côtes somaliennes, les deux camps vont se retrouver à la merci de forces qui les dépassent…

 

 

Critique "LePoint.fr"


A l'image de son personnage dans Seul au monde, on l'avait perdu de vue, le croyant naufragé à bord de superproductions à la Da Vinci Code ou échoué pour de bon dans ses propres réalisations naïves (Il n'est jamais trop tard). Et de fait, Tom Hanks n'a plus été nominé aux oscars depuis douze ans, une éternité pour un acteur qui, de Philadelphia à Vous avez un mess@ge-, incarnait à lui seul les années 90.

Mais le voici redressant la barre avec Captain Phillips, tenant le bon cap dans la course à la statuette. Ce n'est sans doute pas un hasard s'il y réendosse son costume préféré : celui de l'Américain moyen, héros ordinaire aux prises avec des événements extraordinaires. Au début, Richard Phillips embrasse sa femme, lui dit qu'il l'aime et lui assure que "tout ira bien". Tout n'ira cependant pas bien. Capitaine du navire marchand "Maersk Alabama", Phillips et son équipage sont pris en otages par des pirates au large de la Somalie. Le thriller maritime, basé sur une histoire vraie, aurait pu tourner à un affrontement manichéen entre le bon père de famille et des flibustiers sans foi ni loi. C'était compter sans la vigilance de Paul Greengrass, réalisateur britannique qui, avec des films d'inspiration documentaire (United 93, Green Zone) comme de purs divertissements (la série des Jason Bourne), insuffle depuis une décennie de l'intelligence et du réalisme dans le cinéma d'action."Quand j'ai vu Bloody Sunday, (du même Paul Greengrass ndlr) je me suis dit : "Qui que soit ce type, il a découvert une nouvelle façon de faire un film sur un événement réel"", confie Hanks, 57 ans, dont la sveltesse de jeune homme s'explique par un diabète l'obligeant à contrôler son poids.

La star est ici le visage de l'Amérique face à quatre acteurs débutants incarnant des Somaliens qui réclament leur part du gâteau. "Ils viennent d'un endroit désespérant, corrompu, chaotique. Quoi de plus dangereux qu'un jeune homme avec un fusil et qui n'a rien à perdre ?". Haletant, musclé, complexe, le film dépeint moins un choc des civilisations qu'une lutte des classes à l'échelle planétaire."It's just business", affirme ainsi Muse, le leader des pirates."J'ai fait des films post-11 Septembre. Mais je pense que nous sommes en train d'évoluer vers un autre monde, où le grand problème sera les gagnants et les perdants de l'économie globalisée. Un nouveau système qui crée un nombre gigantesque de gens se sentant exclus", assure Greengrass.

Pour dépeindre ce nouveau monde, il peut compter sur un Tom Hanks magistral qui n'a pas hésité à braver des conditions de tournage éprouvantes en mer. D'abord maître de soi, son personnage bascule peu à peu vers le seul instinct de survie, avant une dernière scène, totalement improvisée, inoubliable d'intensité émotionnelle. " Tom a construit sa carrière là-dessus, explique Greengrass. Dans une époque cinématographique dominée par les superhéros, il a joué l'homme ordinaire. En acceptant ces restrictions, il a créé des personnages immortels."

 

Critique "Libération"




La production d’adrénaline est une spécialité de Paul Greengrass, qui n’en finit pas d’explorer les ressources de la caméra à l’épaule, coursant des personnages stressés dans des situations que personne ne souhaite particulièrement vivre. Dans Vol 93, il nous permettait de ressentir le genre d’émotions qui percutent le passager découvrant que des terroristes d’Al-Qaeda sont en train de détourner l’avion pour une mission suicide un certain 11 septembre. Capitaine Phillips est à nouveau un récit de prise d’otages, ici en haute mer, dans la zone de l’océan Indien où sévissent les pirates somaliens. Le scénario s’inspire du récit du capitaine Richard Phillips, dont le navire en avril 2009 fut coursé et abordé par quatre Somaliens en armes qui, au terme d’une razzia ratée, prirent la fuite dans un canot de sauvetage et le gardèrent prisonnier dans l’espoir d’en tirer une rançon.

Tom Hanks interprète le rôle-titre, et il est devenu imbattable dans la capacité à interpréter l’Américain moyen qui fait le job et réserve, derrière sa façade de banalité grisonnante, des ressources d’héroïsme calme et de compréhension de l’autre stupéfiante. Greengrass est anglais, ex-journaliste, il a la culture du direct et du reportage coup-de-poing. Il fait toujours mine de saupoudrer ses films d’un peu de gauchisme géopolitique, c’est-à-dire que l’assaillant, qu’il soit un arabe islamiste (Vol 93), un afghan occupé (Green Zone) ou un pêcheur africain devenu hors la loi mafieux (Capitaine Phillips), est traité avec quelques nuances que, peut-être, d’autres cinéastes plus à droite ne prendraient pas la peine d’avoir. C’est, en tout cas, ce que l’on se raconte, même si les films de Greengrass démontrent une fascination pour le pouvoir américain, pour son armée, pour ses forces d’intervention et son matériel logistique ultrasophistiqué. La représentation des Somaliens, roulant des yeux féroces et habillés de vêtements en haillons et crasseux d’un côté, et celle du staff du navire, propre et bien nourri, mais visiblement terrifié, ne cache pas de quel côté se situent ceux qui pensent, écrivent, financent et mettent en scène une telle reconstitution de faits divers. Alors, bien sûr, on est scotché à son siège pendant plus de deux heures, et Hanks tente de toute évidence de décrocher un oscar pour la grande scène du type sain et sauf, mais en profond état de choc.

Reste que Greengrass a été obligé de répondre aux critiques qui ont surgi à la faveur de la sortie du film aux Etats-Unis. Une dizaine de membres de l’équipage du Maersk Alabama poursuivent en effet le véritable capitaine Phillips pour des manquements graves aux consignes de sécurité. Sous couvert d’anonymat, ils décrivent un homme arrogant qui n’avait pris aucune disposition particulière. Dans la même période, 16 porte-conteneurs avaient été abordés dans la zone et 8 avaient fait l’objet de prises d’otages. Greengrass et son scénariste affirment avoir fait une grosse enquête de terrain pour être au plus près de la vérité. Le seul pirate ayant survécu à l’attaque militaire pour libérer Phillips, Abduwali Muse, purge aux Etats-Unis une peine de trente-trois ans de prison.


 

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Cartel

Cartel

Film de Ridley Scott (Etats-Unis - 2013 - 1h51) avec Michael Fassbender, Brad Pitt, Cameron Diaz, Penelope Cruz, Javier Bardem...


 

 

cartel_affiche uneLa descente aux enfers d’un avocat pénal, attiré par l’excitation, le danger et l’argent facile du trafic de drogues à la frontière américano-mexicaine. Il découvre qu’une décision trop vite prise peut le faire plonger dans une spirale infernale, aux conséquences fatales.

 



 

Critique "EcranLarge.com"


Réalisé alors que décédait Tony Scott, écrit par Cormac McCarthy, Cartel fait d'emblée figure d'œuvre à part dans la filmographie de Ridley Scott, qui n'avait pas cherché à mêler si ouvertement littérature et image depuis Blade Runner. Précédé d'un contexte terrible, nanti d'un casting prestigieux et hétéroclite, le long-métrage arrive sur les écrans quelques semaines après le grand final de Breaking Bad, avec lequel il entretient d'évidentes similarités thématiques. Pour autant, la comparaison s'arrête là, tant le film tranche radicalement avec les poncifs ou figures actuelles des genres qu'il convoque.

De Méridien de sang, en passant par No country for old man ou La Route, les travaux de McCarthy cartographient une Amérique, et à travers elle un Occident, dépassée, déclassée, que sa soif de pouvoir, son instinct de survie et son goût pour le sang entretiennent dans l'illusion d'une domination depuis longtemps révolue. Elle est la révélation blafarde d'une histoire viciée, de mythes corrompues et de fondations lézardées. Cartel ne fait pas exception à la règle, expédiant très vite son prétexte gangstériste. En effet, on ne saura rien ou presque de ce fameux deal qui tourne mal, on sera bien en peine d'en distinguer les tenants et aboutissants. Grâce à des dialogues, parfois trop étirés mais diaboliquement bien écrits, dont la propension littéraire n'embarrasse jamais le découpage du film, le spectateur est immédiatement plongé au cœur d'une intrigue qui lui échappera constamment.

D'où un profond sentiment de désorientation, de malaise, alors que le metteur en scène laisse glisser sa caméra le long des piscines ou bars à cocktails, entre glaciale fluidité et sensualité de pacotille. Impossible de se raccrocher aux branches. Les dialogues demeurent cryptiques, mystérieux, chacun craignant d'être espionné ou sur écoute, on ne discute qu'à demi-mots, par métaphores. Et le film de nous asséner de manière quasi-hypnotique que le fond est la forme, qu'ici il n'est pas de réalité, de premier degré qui tienne, le seul sens est le sens caché, celui que nos héros ne peuvent voir. Car les personnages dépeints par Scott et McCarthy échouent à appréhender véritablement le sort qui est le leur, incarné à merveille dans une dés-errance sexuelle de tous les plans. Qu'il s'agisse d'un anonyme impuissant (Michael Fassbender), d'un amoureux transi (Javier Bardem) ou d'un cowboy trop sûr de lui (Brad Pitt), chacun incarne une facette d'un même specimen dont le monde peut désormais se passer, qui confond ses aspirations avec une réalité qui ne fait pas de prisonniers.

L'absolue noirceur du film réside dans cet équilibre instable, dans cet instant suspendu que Ridley Scott parvient à étirer deux heures durant : la seconde d'absolu néant précédant chaque catastrophe. Obsédés par leur sexualité, fascinés et terrifiés par une Cameron Diaz insatiable et carnivores, les pantins imaginés par McCarthy dansent sous nos yeux, improvisent un ballet pathétique dont ils sont les seuls à ignorer l'issue. En résulte une œuvre souvent volontairement bancale et arythmique, qui réserve dans ses séquences les plus fortes, celles ou se révèlent les paradoxes et failles des personnages, des morceaux de bravoure d'une cruauté et d'une noirceur inhabituelles chez le réalisateur. Quand un Javier Bardem ahuri livre à un Fassbender non moins interdit le souvenir d'une escapade bien particulière en compagnie de Cameron Diaz (on y cause grand écart et poisson chat), le spectateur demeure sidéré par l'admirable passe d'armes entre un scénariste-dialoguiste qui frise le génie et un metteur en scène qui retourne diaboliquement la situation énoncée. Et Javier Bardem de décrire complaisamment sa compagne comme un ovni sexuel, tandis que l'image l'enferme petit à petit dans une prison de plexiglas et le consacre en tant que pur objet, spectateur passif de la catastrophe en devenir.

Dans la moiteur ouatée du milieu qu'il décrit, dans ses accès de violence implacable, dans la confrontation sous-jacente mais toujours palpable entre un nord de stuc et de paillettes et un sud de crasse et de sang, Cartel orchestre et témoigne de la déréliction d'un Occident bercé d'illusions, se rêvant encore au-dessus de la chaîne alimentaire, mû par un appétit priapique et obscène. Les questions de châtiment n'ont pas lieu d'être ici, balayées qu'elles seront par l'ampleur du cataclysme qui vient. « Le massacre à venir dépasse notre imagination », susurre Cameron Diaz, entre deux sourires carnassiers que le spectateur n'est pas prêt d'oublier.


 

Critique "aVoir-aLire.com"


La commission de classification française est toujours bienveillante à l’égard des exploitants et des distributeurs. Aussi, elle ne s’est pas mouillée en taguant Cartel, le nouveau Ridley Scott, d’un simple avertissement ("des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs"). Le film est tous publics ! No comment, le business avant tout. Ce n’est pas la première fois que le CNC voit sa crédibilité remise en doute (on se souvient de l’affaire Only God forgives en mai dernier).



Cartel est en effet un OVNI dans le ciel balisé du cinéma hollywoodien, fait de suites, de reboots et de projets épiques qui n’intéressent que les adolescents. Remercions la Fox d’avoir eu le courage de s’impliquer dans cette œuvre sombre et originale, profondément violente et effroyable que l’on ne saurait proposer à un mineur de moins de 12 ans ! Sous les mains de Ridley Scott, cette production a priori canonique quand on regarde de près son affiche, devient un véritable objet de perversion et de monstruosité humaine.
L’imaginaire tordu de Cormac McCarthy (La Route, No country for old men) à l’écriture y est évidemment pour beaucoup. La surprise ne vient pas de son sujet, des séries B font très bien le job sur des scripts semblables, mais plutôt des noms plus glamour les uns les autres que l’auteur et le réalisateur traînent dans la fange d’un scénario aussi nauséabond qu’amoral, et qui va donner des suées aux amateurs de contes moraux où le bien l’emporte toujours.



Ridley Scott, qui sort d’une production de science-fiction consensuelle (Prometheus), se fait donc le marionnettiste de Michael Fassebender, Penélope Cruz, Cameron Diaz, Javier Bardem et Brad Pitt dans une histoire de "Cartel". Le titre commercial nous détourne des réelles ambitions nihilistes du film, puisque celui-ci ne sera jamais un ersatz mafieux d’un Martin Scorsese ou d’un Steven Soderbergh où l’on pratique le trafic de stupéfiant pour la cupidité et l’envie de dominer de façon primitive une ville ou un quartier (ici le Mexique rongé par la corruption). Dieu soit loué. Enfin, Dieu... le divin est loin d’être loué ici, il semble même que le film blasphème contre lui dans cette quête du morbide où le plaisir est sulfureux, malaisé, indicible, et où les bonnes âmes, à commencer par les plus catholiques, finissent rongées par des décisions irréversibles. Oui, encore une fois, ce n’est pas une œuvre pour les moins de 12 ans, n’en déplaise au CNC.
Réflexion radicale sur le libre arbitre qui inflige les châtiments les plus ignobles à ceux qui fricotent avec les âmes perdues, Cartel est époustouflant de maîtrise, un style loin d’être tape-à-l’œil où Scott contrôle la virtuosité de sa caméra pour ne pas trop en faire. Il s’intéresse à l’humain et à ses monstres, avec une classe éloquente, des monstres qui peuvent parfois se revêtir d’un apparat des plus désirables...



Cartel a été un flop total aux USA, pouvait-il en être autrement ? Il fera probablement l’objet d’un culte cinéphilique, ce qui, au final, est beaucoup mieux qu’un succès éphémère promis aux produits jetables vite vus et vite oubliés. La Fox distribue donc une œuvre insoupçonnée qui saura s’installer avec le temps dans les esprits et qui donnera de l’éclat au répertoire du studio, à l’image des classiques mâtures des années 70, ces Voyage au bout de l’enfer, Taxi Driver, Apocalypse Now & co, qui ne courraient pas après le strass et la lumière, et qui, trente ans après nous fascinent encore !


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La sorcière dans les airs

La sorcière dans les airs

h3>Film d'animation de Max Lang et Jan Lachauer (Angleterre - 2012 - 0h50)

Cycle "Ciné-Mômes" - Tarif unique : 3 euros


 

Sorciere-dans-les-airs affiche uneEmbarquement immédiat pour un programme familial et ensorcelant !
Par les créateurs du Gruffalo.

Une sympathique sorcière, son chat et son chaudron s'envolent sur un balai. Quel bonheur de voler ! Mais le vent se met à souffler très fort, et un dragon affamé vient de se réveiller...
Une nouvelle adaptation d'un album de Julia Donaldson et Axel Scheffler, les auteurs favoris de la littérature jeunesse.

 



Critique "Télérama"


La prochaine livraison des studios Aardman (à l'origine de la série des Wallace et Gromit) n'étant annoncée que pour 2015, l'amateur d'animation en pâte à modeler ne peut que se précipiter chez les Londoniens de Magic Light Pictures. On leur doit déjà Le Gruffalo et sa suite, subtils récits d'apprentissage, devenus, très vite, des classiques du cinéphile en maternelle (3-5 ans). On prédit le même succès à cette histoire de sorcière au balai magique, adaptée d'un livre pour enfants de Julia Donaldson et d'Axel Scheffler. Une place sur le manche du balai, voilà ce que réclament tous les animaux (grenouille, chien, oiseau) qui croisent la route de la sorcière. Au grand dam de son chat soupe au lait, symbole éclatant de la jalousie infantile. Synthèse de Wallace et Gromit pour l'esthétique tout en rondeurs acidulées et de La Fontaine pour la morale anthropomorphique, ce nouveau conte fait, en filigrane, l'éloge de la ruse et de la solidarité. Les enfants, et leurs parents, seront aux anges.



 

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