Quai d’Orsay

Quai d’Orsay

Film de Bertrand Tavernier (France - 2012 - 1h53) avec Thierry Lhermitte, Raphaël Personnaz, Niels Arestrup...


 

Prix du Jury du meilleur scénario au Festival de San Sebastian 2013

Notre coup de cœur de la semaine

 

Quai-d-Orsay affiche uneAlexandre Taillard de Worms est grand, magnifique, un homme plein de panache qui plait aux femmes et est accessoirement ministre des Affaires Étrangères du pays des Lumières : la France. Sa crinière argentée posée sur son corps d’athlète légèrement halé est partout, de la tribune des Nations Unies à New-York jusque dans la poudrière de l’Oubanga. Là, il y apostrophe les puissants et invoque les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les nerveux de la gâchette et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix cosmique. Alexandre Taillard de Vorms est un esprit puissant, guerroyant avec l’appui de la Sainte Trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité et efficacité. Il y pourfend les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, jeune diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares... Alors qu’il entrevoit le destin du monde, il est menacé par l’inertie des technocrates.

 

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Adapté de la célèbre bande dessinée d’Antonin Baudry et Christophe Blain, Quai d’Orsay s’appuie sur l’expérience vécue par l’auteur, la plume de Dominique de Villepin entre 2002 et 2004. Fidèle à l’esprit de la BD, le film s’offre une grande liberté de ton et des dialogues percutants à souhait pour le plus grand bonheur des comédiens qui s’en sont visiblement donnés à cœur joie. Bertrand Tavernier -le génial réalisateur de Que la fête commence, Coup de torchon et La Princesse de Montpensier-, s’il ne manque pas d’humour, nous avait jusque là plutôt habitués aux drames. Il surprend donc en livrant une comédie jubilatoire qui sous ses allures de farce nous parle aussi de choses plus graves. Hawks disait qu’une bonne comédie pouvait se transformer en drame en changeant seulement quelques éléments. Tavernier, fan du maître et cinéphile hors-pair, a judicieusement choisi de suivre cette maxime en n’évacuant pas l’aspect tragique de son histoire. Certains diront sans aucun doute du film qu’il édulcore le traitement des crises internationales. Il n’empêche qu’elles sont bel et bien présentes. Le ministre, tout zozo qu’il est, est aussi un homme de conviction, courageux et droit dans ses bottes qui n’hésite pas à sortir de sa voiture pour calmer une foule en colère et prononce le seul discours jamais applaudi à l’ONU. Il serait alors dommage que le film soit assimilé à ce qu’il n’est pas, soit une satire de la classe politique. Le scénario, écrit par Tavernier avec le concours d’Antonin Baudry, est un petit bijou de finesse et d’intelligence, d’une fluidité confondante malgré une grande densité d’informations. Si nombre d’aspects de Quai d’Orsay évoquent le vaudeville, le film ne cède jamais à la facilité et ne tombe pas dans l’écueil de la suite de sketchs vendus comme autant de morceaux choisis. La caméra semble se balader dans les moindres recoins du ministère, captant ça et là des moments d’échanges ou de fous rires entre les différents protagonistes. Car si les gens peuplant ce microcosme présenté comme en perpétuel mouvement ont la lourde tâche de s’attaquer aux problèmes du monde entier tout en tâchant de préserver un fragile équilibre géopolitique, ils sont avant tout des hommes et des femmes comme vous et moi. Le film est en ce sens particulièrement intéressant dans sa volonté de désacraliser la classe politique -ce qui n’est pas nécessairement à prendre dans une acception négative.

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Tavernier observe sans juger, et présente une galerie de personnages si complexes qu’ils ne peuvent justement être réduits à une caricature. En faisant du spectateur un locataire temporaire du Quai d’Orsay, le réalisateur nous permet de voir par nous-mêmes comment fonctionnent les rouages de cette machine politique dont beaucoup se sentent coupés. Et si le ministre est focalisé sur une vision du monde qui ne souffre aucun compromis, il dirige son « armée » d’une main de fer pour donner à cette même vision une application concrète. Dans le rôle d’Alexandre Taillard de Worms, un Thierry Lhermitte ressuscité qui, après une longue traversée du désert de presque dix ans, se voit enfin confier un rôle à la mesure de son immense talent. C’est bien simple, on ne lui avait pas connu un tel aplomb depuis Le dîner de cons. Omniprésent, foutraque, exubérant, vociférant, claquant les portes à presque tous ses passages (on nous a assurés qu’aucun mobilier n’avait subi de dommages irréversibles), il donne à son personnage un charisme éblouissant, qui se transforme vite en véritable aura. Homérique serait l’adjectif idéal, mais le ministre nourrit une véritable passion pour Héraclite (dont les sages paroles rythment le film), si bien que sa « plume » doit sans cesse composer avec les citations du philosophe. On vous laisse découvrir. A ses côtés, Niels Arestrup (lui aussi impeccable dans un rôle pourtant à contre-emploi), le directeur de cabinet qui tempère les ardeurs trop enflammées du ministre, permet un contrepoint des plus judicieux qui renforce la crédibilité de l’ensemble. Quant à Raphaël Personnaz (découvert par le même Bertrand Tavernier), parfait en jeune premier tout droit débarqué de l’ENA, il confirme qu’il a déjà tout d’un grand. En bref, Quai d’Orsay, servi par un montage nerveux qui nous maintient dans un état de veille permanent et une grande inventivité dans la réalisation (split screen, caméra mouvante) vibre, trépigne, éclabousse même, le tout pour notre plus grand plaisir. Un authentique coup de maître qui vient faire le ménage dans une comédie française globalement ultra formatée.

 

 

Critique "Ecran Large"




À l'origine, en 2009, Quai d'Orsay est une bande dessinée créée par Christophe Blain et Abel Lanzac (de son vrai nom Antonin Baudry, diplomate de son état) qui retrace l'expérience de ce dernier au ministère des Affaires étrangères quand Dominique de Villepin en était le sociétaire entre mai 2002 et mars 2004. Tant au cinéma qu'au sein du 9ème Art, les coulisses du pouvoir à la française sont très peu abordées de front et encore moins avec si peu de recul. Il n'y a que L'Exercice de l'État récemment pour s'en être brillamment approché. Alors certes, Quai d'Orsay change les noms et brouille quelque peu les cartes au sens littéral du terme puisque l'Irak est par exemple le Lousdem, que l'Oubanga est la Côte d'Ivoire et qu'Alexandre Taillard de Worms est donc Dominique de Villepin. Mais au lieu d'affadir le propos, cette mascarade formelle censée donner le change vis-à-vis de nos lois très strictes en matière du droit à l'image et des personnes, le renforce avec une acuité perverse vraiment jouissive. Et Bertrand Tavernier d'avoir très vite saisi la portée d'un tel matériau d'origine pour relancer une filmographie au point mort depuis 1998 et son extraordinaire Ça commence aujourd'hui.

Formidable naturaliste et sondeur de l'âme humaine en société, Tavernier peinait en effet à retrouver l'inspiration géniale qui lui a valu de réaliser des films définitifs comme Capitaine Conan, L'appât et autre L.627. Mais il faut en fait remonter à la fameuse trilogie L'Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence... et Le Juge et l'assassin pour bien mesurer la portée de son dernier film. Entre pamphlet rigoriste mais point à charge, vision incarnée d'une diplomatie sans cesse en mouvement, critique drolatique mais lucide (ou plutôt drolatique car lucide) d'une administration loin des clichés habituels, Quai d'Orsay semble en effet réunir les deux âges d'or d'une carrière de cinéma dont le curseur se ballade entre une curiosité obsessionnelle et un savoir encyclopédique compulsif. Bertrand Tavernier est un érudit et son cinéma s'en ressent pour le pire et ici le meilleur. À commencer par l'adaptation. Jamais (ou alors très, très rarement), une BD aura su trouver sa voie vers le médium cinéma sans perdre une once de ce qui en a fait son légitime succès artistique. La folie des cases et des bulles, le trait entre caricature et formalisme acéré, l'énergie du récit... Rien n'est laissé dans l'ombre. Au contraire ! La caméra de Tavernier respecte, affine et viole ces mêmes cases pour leur donner toute la vitalité cinématographique nécessaire.

L'histoire est ainsi magnifiée et on adore retrouver ce personnage du jeune Arthur Vlaminck (Antonin Baudry donc) sous les traits d'un Raphaël Personnaz enfin à son aise, jeune diplômé de l'ENA qui est embauché en tant que chargé du « langage » au ministère des Affaires Étrangères. En clair, il doit écrire les discours du ministre interprété par un Thierry Lhermitte que l'on n'avait plus vu aussi inspiré depuis Une affaire privée de Guillaume Nicloux. Dans la jungle d'un ministère bardé de conseillers qu'il faut amadouer, le parcours du combattant est incessant, vicieux et très rarement gratifiant. Tavernier, qui n'en revient pas lui aussi de pouvoir découvrir et montrer l'envers du pouvoir, capte tout cela à la façon d'un puceau en première année de Sciences Po. Quai d'Orsay en deviendrait presque un bain de jouvence récréatif, cinéphile, ludique et à la maîtrise d'ensemble que l'on espérait plus. Comme si, au sein d'une carrière déjà très riche, le meilleur restait à venir.

 

Critique "Télérama"




ll aura donc fallu quarante ans pour que Bertrand Tavernier, 72 ans, réalise sa première comédie. Il y avait tout dans la bande dessinée à succès de Blain et Lanzac (de son vrai nom Antonin Baudry, « plume » de Dominique de Villepin entre 2002 et 2004) pour inspirer ce cinéaste passionné de politique et d'histoire, et qui a toujours aimé filmer les gens au travail (L.627, Ça commence aujourd'hui). Le ministère des Affaires étrangères, cette ruche avec ses couloirs sans fin, ses codes, son jargon diplomatique — ou pas —, ses conseillers qui bossent jour et nuit pour préserver l'équilibre du monde : dans ce huis clos en or (de la République), Tavernier orchestre un vaudeville malicieux, juvénile, incroyablement rythmé, où monsieur le ministre fait claquer les portes comme personne.

Ce n'est pas Occupe-toi d'Amélie !, mais « occupons-nous d'Alexandre ! » : Alexandre Taillard de Worms, bel homme à la crinière argentée, bouillonne, brasse du vent et souligne au Stabilo jaune les grands auteurs qui lui semblent signifiants. Dans la peau de ce Villepin pour rire, Thierry Lhermitte, bluffant, rappelle les meilleurs comédiens burlesques de l'âge d'or hollywoodien. Pendant qu'il gesticule, les membres de son cabinet s'occupent vraiment des dossiers. Quitte à louper le déjeuner, au grand dam du conseiller pour le Moyen-Orient (savoureux Bruno Raffaelli), ou à faire de surprenantes microsiestes, comme Maupas, le chef de cabinet. Dans le registre doux du gros chat épuisé qui en a vu d'autres, Niels Arestrup, à contre-emploi total de ses rôles habituels, est hilarant. De quoi ébahir le jeune Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz, parfait ingénu de comédie), fraîchement enrôlé par le ministre pour faire « du langage » : écrire ses discours et apprendre à caser des citations d'Héraclite dans une intervention sur... la guerre du hareng ! Un ministère, nous souffle le cinéaste, moqueur mais jamais méprisant, ce devrait être comme une bonne troupe d'acteurs : beaucoup de talents conjugués, même si, au final, c'est la vedette qu'on applaudit à l'ONU. Le ministre, en effet, finit par prouver sa grandeur dans un discours éclatant. Pour Tavernier, le jeu politique en vaut toujours la chandelle.



 

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Un château en Italie

Un château en Italie

Film de Valeria Bruni Tedeschi (France - 2013 - 1h43) avec Valeria Bruni Tedeschi, Louis Garrel, Filippo Timi...


 

 

Chateau Italie affiche uneLouise rencontre Nathan, ses rêves ressurgissent. C’est aussi l’histoire de son frère malade et de leur mère, d’un destin : celui d’une grande famille de la bourgeoisie industrielle italienne. L’histoire d’une famille qui se désagrège, d’un monde qui se termine et d’un amour qui commence.

 

 

Critique "Les Inrockuptibles"


Au moment de sa présentation à Cannes en mai, le nouveau film de Valeria Bruni Tedeschi avait été accueilli avec une tiédeur printanière. On lui reprochait vaguement d’être à la fois trop méchant et trop autobiographique (la famille aisée de l’héroïne, sa liaison avec un jeune acteur fils d’un cinéaste célèbre et interprété par le jeune acteur lui-même, son frère qui meurt du sida).

Comme si l’apparence d’autofiction (terme que récuse d’ailleurs Valeria Bruni Tedeschi) créait une gêne chez le spectateur, convaincu d’avoir été convoqué pour assister au spectacle impudique d’un lavage de linge sale en famille. Or le projet de l’actrice-réalisatrice n’est de toute évidence pas celui-là. Il vaut mieux regarder son film pour ce qu’il est : une fiction qui reprend des éléments sans doute intimes, mais qui n’ont guère d’intérêt en tant que tels. Quoi de neuf au cinéma ou en littérature ? Rien. D’autant que Valeria Bruni Tedeschi est coutumière du fait.

Pour son troisième film en tant que réalisatrice – après Il est plus facile pour un chameau… (2003) et Actrices (2007) –, elle tire toujours sur le même fil, creuse le même sillon avec une lame de plus en plus affûtée (de remarquable directrice d’acteurs, elle est devenue peu à peu cinéaste). Encore une fois, Un château en Italie raconte en gros l’histoire d’une actrice complètement flippée, issue d’une richissime famille turinoise un peu dégénérée, décalée avec les réalités de la vie moderne, où le snobisme et la folie font bon ménage. Elle a seulement vieilli, et se trouve confrontée à des problèmes de son âge : faire le deuil de son enfance (le château familial qu’il faudrait vendre), être mère.

S’il faut chercher une source d’inspiration à Bruni Tedeschi, c’est du côté de Woody Allen ou de Nanni Moretti (dans leurs films les plus personnels) qu’il faut aller la chercher. Et personne n’a jamais cru qu’ils racontaient leur vraie vie. Si le récit d’Un château en Italie exprime, encore plus et mieux que dans ses films précédents, une cruauté et une certaine agressivité vis-à-vis de certains personnages, il est absolument impossible de négliger qu’il s’en prend avant tout à son personnage principal, Louise, interprétée par Valeria Bruni Tedeschi en personne. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’épargne pas son double de cinéma, le décrivant comme une personne égoïste, capricieuse, hautaine, paresseuse, manifestant assez fréquemment une forme très désagréable de mépris social à l’égard de ceux qui travaillent à son service ou qui ne lui semblent pas faire partie du même monde qu’elle. Il n’y a aucune gentillesse dans ce regard-là.

Valeria Bruni Tedeschi affronte ses fantômes ou ceux de sa classe d’origine sans mollesse aucune. Le personnage d’ancien ami de la famille, aujourd’hui banni pour avoir trop profité d’eux et les avoir trahis (interprété par Xavier Beauvois), est à ce titre l’un des plus beaux du film. De plus, comme son personnage d’actrice ayant ab8andonné le métier, Valeria Bruni Tedeschi a su prendre de la distance avec le monde de la scène, qui plombait beaucoup Actrices d’un discours un peu convenu et très théâtreux alors que l’intérêt du film résidait déjà dans ses aspects familiaux. Si là encore, elle fait appel à Tchekhov pour inspirer son récit et attendrir son ton de touches mélancoliques, elle n’en fait pas une référence culturelle pesante, elle l’intègre merveilleusement à son propre univers.

Enfin, la réalisatrice n’a rien perdu de son humour. Un humour certes vache, extrêmement destructeur, mais qui surprend toujours par sa douce folie. Qui raille la mère radine comme la belle-mère désinhibée (la merveilleuse Marie Rivière), le beau-père don juan ou l’amoureux qui veut bien lui faire un enfant mais pas devenir père… Ce film extrêmement tenu, malgré ses multiples fils narratifs, mérite tous les éloges. La gêne qu’il a pu occasionner à Cannes ne s’explique peut-être que par sa violence et sa lucidité.

 

Critique "Télérama"




Il est une leçon que l’on se plaît à répéter dans les écoles de journalisme aux Etats-Unis, «ne raconte pas : montre», qui vient étrangement à l’esprit à la vision du dernier film de Valeria Bruni-Tedeschi, Un château en Italie. Dans ce troisième volet de ses aventures autofictionnelles, après Il est plus facile pour un chameau… (2003) et Actrices (2007), on la retrouve une nouvelle fois incarnant un personnage qui lui ressemble, une comédienne nommée Louise, dont la vie se rapproche de ce qu’on a pu lire, çà et là, de celle de la réalisatrice à l’illustre patronyme, et dont les péripéties nous arrivent ici en escadrilles et brutes de décoffrage. Il est question d’un père mort, d’un frère qui meurt du sida, de la vente d’un château, du solde d’un héritage symbolique, de secrets de famille plus ou moins assumés, d’horloge biologique qui n’en finit pas de tourner, d’argent et de culpabilité, de grande bourgeoisie qui suffoque et se meurt (mais pas en silence, ces gens sont italiens), et d’amour empêché et empêtré.

C’est un tourbillon, rendu avec une justesse de sentiments, et une habileté à manier l’hystérie, qui font de ce film le plus maîtrisé de son auteure. Et comme tout, mais vraiment tout, porte à croire que Louise est Valeria, et Valeria est Louise, de sa vraie mère jouant sa mère de cinéma (Marisa Borini, impeccable) à son ex-amant-dans-la-vraie-vie jouant l’amoureux indécis et immature (Louis Garrel, à gifler), le plaisir que prend le spectateur à ces effets de réel ne peut être dissocié de celui, plus voyeur, d’en apprendre de belles sur cette aristocratie financière et cinématographique.

Louise, quant à elle, semble traverser ce maelström, les scènes de comédie (notamment un épisode d’anthologie dans une clinique de fécondation in vitro) comme celles de tragédie (le pendant de la précédente : une mère qui voit son fils s’étioler et mourir) avec une sorte de naïveté un peu hébétée, la vie semblant se résumer, pour elle, à cette série d’événements qui lui arrivent. Le procédé n’est d’ailleurs pas entièrement honnête, puisque la réalisatrice, elle, s’est de fait chargée de tout mettre en forme.

Pourquoi, le récit progressant, se prend-on à regretter la légèreté d’Actrices ? Peut-être car ce projet-là, par une mise en abyme réussie de la vie du personnage joué par Valeria Bruni-Tedeschi avec le destin de la Natalia Petrovna de Tourgueniev, accédait à une grâce, une poésie qui lui conféraient une ampleur universelle. Et démontait aussi, parade salvatrice, les ressorts narcissiques qui sous-tendent le métier d’actrice comme celui de réalisatrice autobiographe. C’est ce qui manque à ce film-ci, une médiation qui en aurait fait plus que le compte rendu de tourments familiaux, si fascinants soient-ils. Avant même que la grande essoreuse ait fini de tourner, et malgré tout l’humour vengeur que Valeria Bruni-Tedeschi retourne contre elle-même, on se sent surtout venir beaucoup d’empathie pour Gérard, le fidèle majordome, qui assiste, imperturbable mais effaré, à des scènes dont il aurait peut-être mieux valu qu’il ne soit pas spectateur.


 

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